Le mémorial des martyrs du mouvement des étudiants ! (par Dr Babacar Diop)

15 - Mai - 2019

Les étudiants Omar Blodin Diop (1946-1973),
Idrissa Sagna ( décédé en 1980),
Balla Gaye (1978-2001), Mamadou Diop (1980-2012), Bassirou Faye (1992-2014) et Mouhamadou Fallou Sène (1993-2018), partis à la fleur de l’âge, ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ce serait impardonnable. Leur mort doit renforcer la conscience de refus d’une jeunesse estudiantine en quête d’un monde nouveau, d’une société nouvelle, mais qui a fini par comprendre que son salut ne dépend que d’elle-même. Les étudiants qui sont tombés dans les campus universitaires au nom de la justice, de l’égalité et de la dignité sont devenus des héros immortels ; ils appartiennent à l’éternité. Ils devront vivre dans l’esprit de chaque étudiant tant qu’il existera des universités dans notre pays. C’est maintenant à leurs camarades vivants de se consacrer à la grande tâche pour laquelle ils ont donné leur vie. L’avènement d’un monde nouveau rempli de justice et d’égalité doit être accéléré. Écoutons la voix émouvante et éloquente de Pablo Neruda, le poète des peuples opprimés de l’Amérique du Sud, Prix Nobel de Littérature en 1971. Nous lui empruntons ces mots extraits de son recueil Chant général pour rendre hommage aux martyrs de nos universités :
«- Les pas peuvent fouler ce lieu durant mille ans, ils n’effaceront pas le sang de ceux qui y tombèrent.

Des voix par milliers peuvent troubler ce silence, elles n’étoufferont pas l’heure où vous êtes tombés.
La pluie ruissellera sur la place et ses pierres, pourtant elle n’éteindra pas vos noms de feu.
-Mille nuits s’abattront avec leurs ailes noires sans détruire le jour attendu par ces morts.
Le jour attendu par tant d’entre nous à travers le monde, l’ultime jour de la souffrance.
Un jour de justice conquise dans la lutte.
Et vous, mes frères tombés, en silence, vous serez près de nous durant ce vaste jour, ce jour immense, oui, de la lutte finale ».
Le mouvement étudiant a besoin d’« arsenal symbolique » pour développer un nouveau projet qui lui permettra de demeurer un pôle cristallisateur des luttes sociales afin de défendre « Ce que l’argent ne saurait acheter », pour reprendre le beau titre du livre du philosophe américain Michael Sandel. Il doit continuer de représenter les aspirations des milliers d’étudiants sans perspectives pédagogiques et sociales, broyés par un système inégalitaire.
Désormais, le mouvement étudiant a ses leaders historiques, ses dates mémorables, ses mythes, ses pénates, ses chansons, son hymne, sa littérature et ses martyrs. Il ne peut plus mourir, il est devenu un patrimoine national. Tous les martyrs sont d’égale dignité. Aucun d’eux ne doit tomber dans l’oubli. Certains ne doivent pas être plus considérés que les autres dans les commémorations annuelles que leur consacrent leurs camarades vivants. Par conséquent, nous demandons la construction d’un Mémorial sur lequel seront inscrits les noms de tous ceux qui sont tombés pour défendre la cause de la dignité d’être étudiant. Il faudra la contribution des meilleurs historiens du pays pour aider à établir une liste exhaustive afin d’éviter des omissions qui seraient cruelles. Ensuite, les étudiants pourront s’accorder sur une seule date qui sera consacrée « Journée nationale des martyrs du mouvement étudiant » afin d’éviter le danger de la dispersion.
Nous jurons sur les noms de tous ceux qui sont tombés dans nos campus que notre jeunesse verra la justice sur terre. Et ce jour là, nous nous souviendrons de leurs sacrifices splendides. Car, ceux qui ont donné leur vie pour une cause noble et juste méritent de vivre dans nos cœurs et nos esprits. Nous nous inclinons pieusement devant la mémoire de ces morts, désormais entrés dans le martyrologe de nos universités.
En conclusion, Les étudiants doivent dépasser la situation de simples révoltés afin de transformer leur indignation en une révolution démocratique, parce que radicale et non-violente.
L’immense voix de Jacques Brel, monument de la musique universelle nous rappelle sans cesse dans La Bastille : « L’avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés ».
Dr Babacar DIOP
Ancien leader du mouvement étudiant,
Secrétaire général des Forces démocratiques du Sénégal (FDS)

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