Pour la poursuite du Dialogue national au Sénégal après les Législatives 2017 (par Dr Sidy TOUNKARA)

12 - Août - 2017

Le Sénégal vient de sortir des élections législatives au soir du 30 juillet 2017. Cette échéance électorale a permis de renouveler l’Assemblée nationale et la majorité parlementaire de la mouvance présidentielle, Benno Bokk Yaakaar (BBY), avec 125 sièges de député sur un total de 165 même si les résultats restent encore à confirmer par le Conseil constitutionnel. Cependant, beaucoup de questions ont été soulevées à l’occasion de ce scrutin tant scruté au point d’imposer la nécessité d’un Dialogue national pour apaiser davantage le climat politique dans l’intérêt de la Nation. Le but de cette contribution est de montrer la bonne disposition d’esprit du Gouvernement pour faire du Dialogue national un instrument de gouvernance au Sénégal.

D’abord, pour rappel, il faut dire qu’après le Référendum du 20 mars 2016, le Président de la République, Monsieur Macky SALL, a lancé l’ouverture d’un Dialogue national. C’est dans ce cadre qu’il a reçu, le 28 mai 2016, les partis politiques, la société civile, le patronat, les syndicats, les autorités religieuses et coutumières, de 16 heures à minuit dans la salle des banquets du Palais pour discuter des intérêts de la Nation sénégalaise. Cependant, il faut rappeler que les partis Rewmi et Bokk Guiss Guiss avaient refusé de répondre à l’appel. Le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) avait fait de même avant de s’asseoir finalement à la table du dialogue sous l’arbre à palabres. Aucours de cette rencontre, le Président a montré sa totale disponibilité à dialoguer avec tous les acteurs. En effet, il a dit ceci :« j’ai souhaité engager un dialogue national pour discuter avec toutes les forces vives des questions majeures qui interpellent notre pays. Au-delà de nos divergences, nous avons en commun le Sénégal. La compétition pour l’accès au pouvoir n’est pas incompatible avec la concertation ». Cette rencontre était d’autant nécessaire que la nouvelle Constitution prévoit de donner un statut au chef de file de l’opposition, de moderniser le rôle des partis politiques, entre autres. Je ne vois pas comment est-ce possible sans dialogue avec l’opposition !

Ensuite, avant l’adoption du Projet de loi sur la refonte partielle du fichier électoral le 11 août 2016, le Président de la République a reçu les leaders de l’opposition, le 1er décembre 2016, pour discuter du processus de refonte à suivre. A l’issue de cette rencontre, le pouvoir a accédé à toutes les revendications de l’opposition sauf les questions concernant l’autorité qui doit organiser les élections et l’adoption du bulletin unique. En effet, il a décidé de soumettre à l’étude après 2017 la question du bulletin unique qui a, certes, des avantages mais aussi des inconvénients. Par contre, l’organisation des élections est restée du domaine du Ministère de l’Intérieur. Il a été convenu que si le nouveau fichier atteint 4 millions en avril 2017 (date de clôture des inscriptions), il remplace l’ancien fichier. Dans le cas contraire, on va aux élections avec l’ancien fichier. Fort heureusement, 6 millions 250 milles Sénégalais se sont inscrits en 10 mois si on compte du début de lancement de la confection des cartes biométriques CEDEAO (octobre 2016) à la date des élections législatives (30 juillet 2017).

Mais, à mon avis, cela fait partie des sources du retard dans la production et la distribution des cartes avant le jour du vote même si 80% des cartes ont été distribuées. Sur ce point, comparée à la refonte du fichier à la veille des Législatives de 2007 sur une durée de 17 mois où seulement 4 millions 900 mille Sénégalais s’étaient inscrits dont uniquement 34% avaient eu leur carte, la refonte de 2017 est bien meilleure. Donc, le Président de la République a bien fait d’accepter les propositions de l’opposition, lors de la rencontre du 1er décembre 2016, qui consistaient, entre autres, à augmenter le nombre de Commissions administratives pour les besoins de ce travail de refonte du fichier électoral. Il a également accédé à la requête de l’opposition consistant à ne pas demander au citoyen s’il veut ou non être et/ou demeurer électeur. Ce dépassement de l’objectif en termes d’inscrits, fixé de commun accord avec l’opposition, a nécessité l’installation de nouveaux équipements, des travaux de réhabilitation de Préfectures, de Sous-préfectures, de Commissariats, etc., donc la suspension de la production des cartes qui se situait déjà à 120 000 alors que les dépôts continuaient. En clair, je pense qu’il y a eu une sous-estimation de la volonté du peuple sénégalais à participer à la vie démocratique du pays. Cette volonté s’est traduite d’ailleurs malgré les insuffisances notées par un taux de participation de 52,73%, bien meilleur que ceux de 2007 (34%) et de 2012 (36%) pour les mêmes types d’élections (législatives).

Enfin, je crois que la volonté du Président Macky SALL de poursuivre le Dialogue national que lui-même a initié ne souffre d’aucun doute. Il est tout de même utile, par ailleurs, de rappeler que c’est lui encore qui a créé par le décret 2014-1299 du 13 octobre 2014 le Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS) qui traduit sa volonté, « d’une part, d’approfondir la démocratie sociale et, d’autre part, de procéder à une rénovation du dialogue social ». Avant cela, grâce aux efforts du pouvoir et des acteurs concernés, la signature du Pacte national de stabilité sociale et d’émergence économique a eu lieu le 15 avril 2014. Ce Pacte est le fruit d’un dialogue intense, franc et sincère avec le monde économique sénégalais. Il a, par ailleurs, permis d’observer une trêve sociale de 3 ans. Cette volonté permanente de promouvoir le Dialogue comme outil de gouvernance a été saluée et encouragée par le lancement officiel, le 13 décembre 2016 à Genève, du « Prix Macky SALL pour le Dialogue en Afrique » par le Centre Indépendant de Recherches et d’Initiatives pour le Dialogue (CIRID) qui « est une organisation non gouvernementale africaine et internationale, à but non lucratif, apolitique et non confessionnelle, fondée à Genève en 1996. Le CIRID est bénéficiaire d’un statut consultatif spécial auprès du Conseil Economique et Social (ECOSOC) des Nations Unies ». Donc, vu cette bonne disposition d’esprit du Président Macky SALL, compte tenu du déroulement des élections législatives de 2017, il est évident que le Pouvoir reste ouvert au Dialogue national nécessaire pour l’avenir. Ceci étant dit, un dialogue sincère commence d’abord par se remettre en question, du côté du Gouvernement comme de l’opposition, pour aborder sereinement l’échéance présidentielle de 2019.

 

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Sidy TOUNKARA
Docteur en Sociologie

Mob. : +33 (0) 7 53 81 76 18
Fax :   +33 (0) 5 61 50 49 63
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