Affaire des téléphones saisis : un garde pénitentiaire arrêté, Farba Ngom entendu à la SR

14 - Janvier - 2026

L’affaire Farba Ngom connaît de nouveaux développements avec le placement en garde à vue d’un garde pénitentiaire, soupçonné d’avoir introduit frauduleusement deux téléphones portables dans le pavillon spécial de l’établissement pénitentiaire où est détenu l’ancien responsable politique. Cette mesure judiciaire s’inscrit dans le cadre d’une enquête approfondie ouverte par les autorités judiciaires, à la suite de révélations jugées particulièrement graves par le ministère de la Justice.

Selon les informations officielles, une fouille menée le 28 décembre 2024 dans la cellule du pavillon spécial a permis de découvrir deux téléphones portables en possession du détenu, en violation manifeste de la loi n° 87-15 ainsi que du règlement intérieur des établissements pénitentiaires. Ces appareils, introduits en toute illégalité, ont été immédiatement saisis par l’administration pénitentiaire avant d’être confiés aux services d’enquête.

Une activité intense et structurée révélée par l’analyse des téléphones
L’exploitation technique des téléphones a mis en évidence une activité de communication dense, régulière et structurée, selon les termes du ministre de la Justice. Les enquêteurs ont relevé des communications internationales avec plusieurs pays, notamment le Maroc, le Mali, l’Autriche, le Bangladesh et les États-Unis, ainsi que des opérations financières nationales et internationales. Les appareils auraient également servi au suivi de chantiers en construction, laissant apparaître une gestion d’activités extérieures depuis la détention.

Les investigations ont surtout révélé l’existence d’un réseau d’échanges particulièrement étoffé avec des personnalités influentes du paysage politique et médiatique sénégalais. D’après les chiffres communiqués par le ministère, les téléphones ont enregistré 65 interactions avec un acteur politique actuellement en liberté provisoire, ainsi que plus de 400 échanges (appels et messages WhatsApp) avec un autre homme politique. Les communications avec ses avocats sont également documentées, dont trois anciens ministres, avec notamment 259 minutes de conversation avec l’un d’entre eux.

Journalistes, documents confidentiels et contenus sensibles
Le volet médiatique de l’affaire est tout aussi sensible. Les enquêteurs ont recensé 275 interactions avec une journaliste, patronne de presse, 60 échanges avec un journaliste de presse en ligne, ainsi que 158 communications avec un directeur de publication d’un groupe de presse connu.

Plus troublant encore, selon le ministre Yassine Fall, les téléphones auraient servi à recevoir et diffuser des procès-verbaux judiciaires confidentiels concernant un co-détenu. Les autorités évoquent également des échanges de contenus à caractère pornographique, dont certains auraient été partagés « avec l’un de ses avocats », en violation flagrante des règles carcérales et des principes déontologiques.

Soupçons de manœuvres politiques et refus de coopérer
Le ministère de la Justice indique par ailleurs que des échanges relatifs à « des manœuvres et complots à caractère politique susceptibles de troubler l’ordre public » ont été identifiés dans les conversations analysées. Ces éléments expliquent, selon les autorités, la décision d’approfondir les investigations et d’élargir le champ des responsabilités éventuelles.

D'après Libération quotidien, extrait du pavillon spécial dans le cadre de la procédure, Farba Ngom a refusé de répondre aux questions des enquêteurs de la Section de recherches (Sr), usant de son droit au silence. De son côté, le garde pénitentiaire mis en cause est soupçonné d’avoir « livré » les deux téléphones au détenu et fait désormais face à des poursuites susceptibles d’entraîner de lourdes sanctions disciplinaires et pénales.

Prenant la parole sur ce dossier, Yassine Fall a mis en cause des responsables politiques, des avocats et trois journalistes, tout en annonçant l’ouverture « d’enquêtes approfondies » afin de situer toutes les responsabilités. L’affaire Farba Ngom, loin de livrer tous ses secrets, s’impose désormais comme un dossier aux ramifications multiples, mêlant justice, politique, médias et sécurité pénitentiaire.
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