Crash de Sénégalair en 2015 : le parquet requiert 2 ans fermes contre quatre prévenus

02 - Mai - 2025

Après plusieurs renvois, l’audience spéciale relative au crash de l’avion médical de la compagnie aérienne Sénégalair, survenu le 5 septembre 2015, s’est finalement tenue mercredi dernier au Palais de justice Lat Dior. À l’issue des débats, le parquet a requis une peine de deux ans de prison ferme, une amende de 12 millions de FCFA, et a demandé au tribunal de décerner un mandat de dépôt à l’encontre des quatre prévenus.

Ce procès, attendu depuis des années par les familles des victimes, porte sur un accident qui avait causé la mort de sept personnes. L’aéronef, un appareil de type Hawker 125-700 immatriculé 6V-AIM, avait décollé de Ouagadougou à 16h36, avec à son bord deux pilotes algériens (Mohamed Addad et Hichem Berkani), un mécanicien congolais (Arsène Kongolo), un médecin et deux infirmiers sénégalais (Dr Yahya Diop, Cheikh Tidiane Niang et Youssoupha Diédhiou), ainsi qu’une patiente française, Céline Pirat. L’avion était attendu à Dakar à 18h30.

À 18h58, l’appareil a été localisé par radar alors qu’il s’éloignait de Dakar en direction de l’ouest. À 19h07, l’opérateur de service a constaté la perte totale de contact avec l’aéronef, déclenchant les opérations de recherche du Centre de coordination des sauvetages. Malheureusement, la catastrophe avait déjà eu lieu.

L’enquête conjointe de la police et de la gendarmerie a révélé de nombreuses défaillances techniques. Quatre responsables de l’ANACIM (Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie) ont été désignés comme responsables présumés du drame. Il s’agit de Magueye Marame Ndao (ancien directeur général), Mohamed Mansour Sy (directeur des transports aériens à l’époque), El Hadji Mactar Daff (inspecteur de la navigabilité) et Mamadou Sy (inspecteur de la sécurité de l’aviation civile), tous poursuivis pour homicide involontaire.

À la barre, les prévenus ont plaidé non coupables et ont reporté la responsabilité sur Sénégalair et l’ASECNA. Selon eux, l’agence de navigation aérienne n’a pas alerté à temps sur la trajectoire irrégulière de l’avion, et la compagnie aérienne aurait caché des informations cruciales concernant la maintenance de ses appareils. Ils ont également suggéré que la boîte noire aurait été trafiquée.

Le principal témoin, Al Hassane Hanne, expert aéronautique et ancien chef de maintenance de Sénégalair, a contredit ces affirmations. Il a déclaré avoir alerté les autorités par un rapport circonstancié, préconisant la suspension des activités de la compagnie après inspection. Il s’est étonné que, malgré ce rapport accablant, un certificat de navigabilité ait été délivré à Sénégalair en juillet, dans un délai qu’il qualifie de « célérité incompréhensible ». Selon lui, deux alertes avaient déjà été émises avant le crash.

Le parquet a reproché aux prévenus leur laxisme, leur manque de réactivité face aux alertes répétées, et l’inaptitude de la compagnie à assurer les normes minimales d’exploitation aérienne. À ce moment-là, selon El Hadj Amadou Sall, Sénégalair n’occupait même plus ses locaux.

En défense, les avocats ont plaidé la relaxe, contestant notamment la légitimité du témoin principal. Seul Me Youssoupha Camara, avocat de la famille du copilote décédé, a réclamé 650 millions de FCFA de dommages et intérêts. Les autres parties civiles ont demandé que leurs intérêts soient réservés.

Le jugement est attendu pour le 24 juillet prochain.

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