Déplacés en RDC : « Si Ebola arrive, nous serons exterminés »

03 - Juin - 2026

« Si Ebola arrive ici, nous serons exterminés » : dans l’est de la RDC, en proie à une 17e épidémie de maladie à virus Ebola, des millions de déplacés ayant fui les conflits s’entassent dans des camps de fortune, où l’inquiétude d’une contamination massive monte.

En République démocratique du Congo (RDC), pays parmi les plus pauvres au monde et déchiré par les violences de groupes armés, le virus se propage rapidement depuis la déclaration de l’épidémie le 15 mai : plus de 1.000 cas suspects, dont 246 décès, ont été enregistrés par les autorités sanitaires.

Près d’un million de déplacés vivent en Ituri (nord-est), foyer de l’épidémie et région parmi les plus troublées du pays.

« Si Ebola arrive, on sera exterminés car on est entassés », s’alarme Dorcas Mapenzi, déplacée interrogée par l’AFP à Kigonze, un camp de bâches et de tentes situé en périphérie de Bunia, capitale de l’Ituri.

L’est de la RDC « est désormais confronté à un choc catastrophique entre maladie et conflit », l’épidémie « prenant de vitesse la riposte » sanitaire dans l’Ituri, a alerté fin mai le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, attendu à Bunia vendredi.

– Promiscuité –
Plus de 25.000 déplacés occupent le site de Kigonze, construit en 2018. Pour l’heure, aucun cas d’Ebola n’y a été recensé. Mais les conditions de vie dans le camp font craindre le pire.

« J’ai déjà entendu parler d’Ebola et c’est une maladie qui me fait très peur », s’alarme Dorcas Mapenzi, en faisant sa lessive dans une bassine à même le sol.

« Nous, les déplacés ici, n’avons pas d’hygiène, nos enfants jouent à côté des toilettes sales et font même leurs besoins par terre, au milieu des bâches qui nous servent de maison », raconte la jeune femme.

Déborah Nzale, veuve et mère de famille, vit avec neuf personnes dans un petit abri en bâche d’à peine trois mètres carrés.

« Avec ces conditions, comment allons-nous nous protéger contre cette maladie, alors qu’on nous parle de distanciation pour lutter contre Ebola ? » demande-t-elle.

Il n’existe ni traitement spécifique ni vaccin contre le virus Bundibugyo, à l’origine de la flambée épidémique actuelle.

Les mesures pour tenter d’endiguer la propagation du virus reposent essentiellement sur le respect des mesures barrières et la détection rapide des cas.

« On dort les uns sur les autres et avec les transpirations du corps », et « si une seule personne est contaminée ici dans ce camp, tout le monde va mourir », estime Déborah Nzale.

– « Ebola tue réellement » –
Les déplacés de Kigonze n’ont reçu aucun matériel de protection à ce stade. Une simple affiche posée à l’entrée prévient les occupants : « Ebola tue réellement ».

« Des sensibilisateurs passent ici avec des messages mais, étonnamment, nous n’avons pas les kits nécessaires pour nous protéger », tempête Budjo Amos.

« Je n’ai même pas de savon pour me laver les mains », ajoute ce déplacé qui a fui les violences communautaires dans la province.

Pour lui, « le plus urgent, c’est de nous donner de l’eau propre ».

À Kigonze, il n’existe qu’un seul forage devant lequel s’entassent des bidons vides. L’eau n’y coule que pendant quelques heures par jour, le matin et le soir.

« Il faut une intervention urgente de l’État », plaide Budjo Amos.

L’Ituri compte 61 sites de déplacés hébergeant plus de 970.000 personnes, selon le gouverneur militaire de la province, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama.

« Il faut le déploiement, le plus rapidement possible, du matériel ainsi que du personnel soignant qualifié et spécialisé », a-t-il souligné jeudi auprès de l’AFP, « pour épargner à cette province une catastrophe ».

Jeudi matin, le ministre de la Santé a atterri à l’aéroport de Bunia, fermé depuis samedi, sauf dérogation pour les vols humanitaires.

Les déplacements sont « un facteur de risque important dont nous tenons compte dans toute notre stratégie », a expliqué Samuel Roger Kamba.

Les autorités congolaises sont critiquées pour leur réaction tardive afin de tenter d’endiguer l’épidémie, déclarée plusieurs semaines après l’apparition des premiers cas.

Nombre d’hôpitaux de la région sont encore dépourvus de matériel essentiel, notamment de tentes d’isolement des malades.

AFP

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

18 - Juillet - 2026

DECISION DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL DU 9 JUILLET : LA CONSTITUTION CONFISQUEE (PAR SARA NDAO)

Certaines décisions de justice dépassent le litige qu'elles tranchent et affectent l'équilibre même des institutions. Celle rendue par le Conseil constitutionnel le 9...

17 - Juillet - 2026

Affaire de la Cité Fayçal : La vérité sur la « maison » d’Ousmane Diagne !

Depuis quelques jours, des rumeurs persistantes tentent de lier le nom de l’ancien ministre de la Justice et actuel président du Conseil constitutionnel, Ousmane Diagne, à une...

17 - Juillet - 2026

Tentative de corruption : l’ex-Garde des Sceaux Ismaïla Madior Fall face à la Haute cour de justice mardi prochain

Le Professeur Ismaïla Madior Fall, ancien Garde des Sceaux sous le magistère de Macky Sall, comparaîtra mardi prochain devant la Haute cour de justice pour « tentative de...

17 - Juillet - 2026

Les Associations des Victimes de la répression s'opposent à la candidature de Macky Sall à l'Onu et exigent justice

Les associations de victimes des graves violations des droits humains commises sous le régime de Macky Sall dénoncent les lenteurs dans l’exécution des enquêtes...

17 - Juillet - 2026

Célébration du Magal : Serigne Mountakha Mbacké rappelle les recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba

À l’occasion de l’entrée dans le mois lunaire de Safar, le khalife général des mourides a lancé son traditionnel appel en prélude à la...