France: «La discrimination, c’est notre quotidien»: les jeunes d’origine étrangère sont «surexposés» à la «ségrégation», alerte la Défenseure des droits

26 - Février - 2026

«Malheureusement, la discrimination c'est notre quotidien», témoigne Camille, d'origine ivoirienne: comme elle, les jeunes d'origine étrangère sont «surexposés» à la «ségrégation», alerte jeudi dans un rapport la Défenseure des droits qui appelle à faire du sujet une «priorité politique».

Environ un quart des jeunes immigrés, descendants d'immigrés ou nés en outre-mer font état d'une discrimination liée à la couleur de peau, aux origines ou à la nationalité au cours des cinq dernières années, souligne en préambule le rapport, en s'appuyant sur une étude de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire.

AFP

Un «cumul de discriminations»
Pour Camille, 35 ans, qui a grandi à Amiens, cela a commencé en primaire quand on se moquait de ses cheveux crépus ou quand son maître lui a confié la lecture d'un livre sur l'esclavage car «forcément» elle connaissait le sujet. Plus tard, c'est un courtier qui sans même regarder ses revenus avec son compagnon lui a dit que son dossier serait «difficile» à défendre auprès des banques pour obtenir un prêt immobilier.

Au lycée puis à l'université, lors de la recherche d'un stage, d'un emploi ou d'un appartement, mais aussi pour l'accès aux soins ou au cours des contrôles policiers, les jeunes d'origine étrangère ou perçus comme tels sont confrontés à un «cumul de discriminations», liste la Défenseure des droits Claire Hédon. «Cet effet boule de neige est délétère et a des conséquences sur la trajectoire de ces personnes, leur confiance dans la société et les institutions», souligne-t-elle auprès de l'AFP, estimant que le sujet «n'est pas suffisamment une priorité politique».

À l'école les inégalités de traitement sont «souvent inconscientes» et pour partie «systémiques», estime le rapport. Cela s'illustre par le manque de mixité sociale dans certains établissements, les choix d'orientation, les propos stigmatisants ou les violences physiques directement liés à leurs origines, relève le document.

Pour remédier à cette «ségrégation», la Défenseure des droits recommande notamment de «rendre obligatoires» les formations traitant les «préjugés raciaux» pour les enseignants et les personnels et appelle à réévaluer les modalités d'affectation en lycée. L'enseignement supérieur n'est pas plus épargné. Le rapport regrette par exemple que le lycée d'origine des futurs étudiants soit utilisé comme «critère implicite» (en raison d'algorithmes locaux) pour être admis à certaines formations, en particulier les plus sélectives.

«Cohésion sociale»
Même constat côté logement: que ce soit à travers la demande de caution pour louer un appartement - ce qui constitue un frein pour les jeunes les plus modestes- ou avec le rejet de la part des loueurs des dossiers des personnes perçues comme étrangères ou résidant dans des quartiers prioritaires, pointe-t-elle.

Concernant l'insertion professionnelle, le rapport rappelle que selon le dernier Baromètre sur la perception des discriminations dans l'emploi publié en décembre dernier, 41% des jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins déclarent avoir été discriminés dans la recherche d'emploi au cours des cinq dernières années, ainsi que 33% dans le déroulé de carrière, contre respectivement 18% et 27% des jeunes perçus comme blancs. Enfin, la Défenseure des droits réitère sa demande d'encadrer les pratiques des contrôles d'identité par la police et d'évaluer l'efficacité de ces contrôles et leur impact sur leurs relations avec la population.

Elle cite à l'appui son enquête de juin, selon laquelle les jeunes hommes perçus comme étant d'origine étrangère ont en effet quatre fois plus de risques d'être contrôlés que le reste de la population, douze fois plus de faire l'objet d'un contrôle +poussé+ (fouille, palpation, conduite au poste, injonction à quitter les lieux) et deux fois plus de faire l'objet d'un comportement inapproprié des forces de l'ordre (tutoiement principalement mais aussi insultes, provocations, brutalité). «Le respect effectif des droits fondamentaux est une condition essentielle de la cohésion sociale», insiste en conclusion Claire Hédon.

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

25 - Juin - 2026

TGI de Pikine-Guédiawaye : Diodio de la série « Baabel » condamnée

Placés sous mandat de dépôt par le procureur Saliou Dicko le vendredi 19 juin 2026, l'actrice Mame Diarra Diop, alias "Diodio", âgée de 22 ans, le taximan Talla...

24 - Juin - 2026

Affaire du vol présumé des 100 millions FCFA : quatre suspects, placés sous mandat de dépôt, seront jugés jeudi

Depuis plusieurs jours, le Sénégal est secoué par une affaire présumée de vol portant sur 100 millions FCFA. Quatre personnes, dont le fils d’un magistrat,...

24 - Juin - 2026

Demande de liberté provisoire : Pape Malick Ndour fixé sur son sort ce mercredi

La Chambre d'accusation doit rendre ce mercredi 24 juin sa décision sur la demande de liberté provisoire déposée par les avocats de Pape Malick Ndour, rapporte Les...

24 - Juin - 2026

Non déclaration de patrimoine : Moustapha Kâ fixe un ultimatum aux récalcitrants

En mai 2026, au Sénégal, le président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), Moustapha Kâ, a fait état d'un bilan...

24 - Juin - 2026

Sûreté urbaine : Un journaliste de Seneweb placé en garde à vue

L’affaire connaît un nouveau développement. Après plusieurs heures d’audition à la Sûreté urbaine de Dakar, le journaliste de Seneweb, Mor Mbaye...