France: un « testing » met en évidence les discriminations à la location

02 - Mars - 2017

Selon une étude publiée jeudi 2 mars, un candidat à la location à Paris a un tiers de chance en moins d’avoir une réponse à une demande de visite d’appartement quand il a un patronyme maghrébin. Et il reste défavorisé même quand il indique des revenus stables.

On se doutait que les locataires n’étaient pas tous égaux dans l’accès à un logement mais une très sérieuse enquête publiée jeudi 2 mars par le CNRS vient démontrer à quel point. Selon cette étude, qui concerne le parc privé à Paris, un candidat d’origine maghrébine « a un tiers de chance en moins de recevoir une issue favorable à sa demande de visite ».Pire : même si le candidat maghrébin donne des indications sur la stabilité de ses revenus, son taux de réponse reste inférieur au candidat d’origine française qui ne fait pas mention de sa situation.
Discrimination réelle ou statistique ?

Pour parvenir à cette conclusion, les quatre chercheurs qui ont mené l’enquête, Mathieu Bunel, Yannick L’Horty, Loïc du Parquet et Pascale Petit ont procédé à un « testing », une méthode souvent utilisée en France dans le domaine de l’emploi mais peu dans le logement, qui consiste à vérifier en situation réelle l’existence ou non d’une discrimination.

Surtout, ils ont cherché à savoir si le refus donné à un candidat d’origine maghrébine pouvait résulter d’une « discrimination statistique », basée par exemple sur le risque supposé de loyers impayés, du fait d’une situation financière moyenne plus précaire des personnes d’origine immigrée, ou d’une « aversion individuelle pour telle ou telle caractéristique démographique des candidats ».
Quatre profils de candidats fictifs

En l’occurrence, entre début avril et fin mai 2016, les chercheurs ont envoyé 2016 demandes de visite, émanant de quatre candidats fictifs, en réponse à 504 annonces émanant de particuliers ou d‘agences pour différents types d’appartement et de loyers à Paris.

Deux de ces candidats, Julien Leroy et Thomas Moreau, ont des patronymes d’origine française. Les deux autres, Ahmed Kaidi et Karim Khalis, indiquent des prénoms et noms de famille à consonance maghrébine. Thomas Moreau et Karim Khalis, ne mentionnent pas de détail concernant leur situation financière, tandis que deux autres, Julien Leroy et Ahmed Kaidi, donnent un indice de stabilité financière en mentionnant qu’ils sont fonctionnaires.

Résultat : Thomas Moreau « a un taux de réponse de 18,7 % à ses demandes de visites de logement » tandis que pour le candidat similaire d’origine maghrébine, Karim Khalis, le taux tombe à 12,9 %, soit « un tiers de chance en moins ». Dans le cas de Ahmed Kaidi, le candidat maghrébin qui précise qu’il est fonctionnaire, le taux remonte à 15,5 % « ce qui reste inférieur au candidat d’origine française » sans signe de stabilité financière. En revanche, quand c’est Julien Leroy qui indique qu’il est fonctionnaire, le taux de réponse grimpe spectaculairement à 42,9 %.
Un « comportement discriminatoire »

Bref, concluent les chercheurs, les propriétaires particuliers comme les agences, qui reçoivent un très grand nombre de demandes, sélectionnent les personnes à qui ils répondent et cette sélection « n’est pas aléatoire et correspond à un comportement discriminatoire ». De plus, « un signal de stabilité professionnelle et financière n’augmente fortement les chances d’accès au logement que pour les candidats d’origine française, ce qui suggère une forte discrimination (…) à l’encontre des candidats d’origine maghrébine ».

Ce résultat, précisent-ils, « est vérifié qu’il émane d’un particulier ou d’une agence immobilière ».
Nathalie Birchem (La Croix)

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