Immigration : Gérard Collomb va-t-il plus loin que ses prédécesseurs?

19 - Décembre - 2017

Alors que le JDD a révélé la tonalité du futur projet de loi "immigration - asile" que portera le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb l'an prochain, certains spécialistes de la politique migratoire observent une "radicalisation" dans les mesures prises par rapport aux quinquennats précédents.

Jacques Toubon peine à retenir sa colère. Le Défenseur des droits a beaucoup à redire de la politique migratoire menée par le gouvernement. Saisie par les associations sur le recensement des migrants placés en hébergement d'urgence, il s'en prend également au projet de loi "immigration - asile" que portera le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb l'an prochain et dont le JDD a révélé la tonalité dimanche. Lundi matin sur France Inter, Jacques Toubon a ainsi estimé que "les instructions [de l'exécutif] vont plus loin" que tous les gouvernements précédents dans sa "vision sécuritaire" de l'immigration.

Dimanche, le JDD révélait que le gouvernement souhaite expulser davantage et mieux. Pour ce faire, Gérard Collomb propose, entre autres, de réduire les délais de traitement des demandes d'asile ou encore d'allonger la durée légale de rétention dans les centres de rétention administrative (CRA), passant celle-ci de 45 jours actuellement à 90 jours. Autre mesure : redéfinir et établir une liste des pays tiers sûrs (les migrants passant par ces pays devront d'abord y faire leur demande d'asile avant de venir en France).

Collomb fait-il passer les expulsions avant le droit d'asile?
"Ces trois mesures me paraissent ahurissantes, inefficaces et produisent de la radicalisation dans un domaine qui n'en a pas besoin", résume le président de l'association France terre d'asile, Pierre Henry contacté par le JDD. "Tout cela est d'une grande maladresse, d'une infinie brutalité à l'égard des migrants", déplore encore ce responsable.

Les gouvernements se succèdent et ne proposent que des solutions plus ou moins sécuritaires
Jacques Toubon s'inquiète, lui, de la mise en place d'une politique de traitement des demandes d'asile trop "expéditive", empêchant les personnes déboutées de pouvoir déposer un éventuel recours. Gérard Collomb estime toutefois "défendre une politique équilibrée". "Si nous accueillons tout le monde, nous ne pourrions pas le faire dans de bonnes conditions", a-t-il argumenté lundi matin sur RTL, évoquant, entre autres, "la situation explosive" à Paris.

"Il y a une inversion des priorités", analyse Pierre Henry : "L'Etat s'attache d'abord à déterminer qui entre et qui sort de son territoire - et c'est son droit. Mais il a aussi le devoir de respecter ses engagements internationaux. A ce titre, quand une personne arrive sur le territoire national, elle doit être accueillie en dignité. Aujourd'hui, de nombreux demandeurs d'asile sont privés de l'accès à leurs droits. Ce doit être ça la priorité, pas à la course aux statistiques."

Macron et Collomb comme leurs prédécesseurs?
En quoi "les instructions" de Gérard Collomb "vont plus loin" que celle de ses prédécesseurs? L'historien Yvan Gastaut, interrogé par le JDD, nuance l'affirmation de Jacques Toubon : "Depuis la fermeture provisoire des frontières en 1974, les gouvernements se succèdent et ne proposent que des solutions plus ou moins sécuritaires au problème de la gestion des flux migratoires. Emmanuel Macron et Gérard Collomb sont en fait dans la continuité de ce qui a été fait avant."

Et d'insister sur l'absence d'un clivage droite-gauche dans ce domaine : "La gauche n'est pas plus ouverte ou généreuse et la droite n'est pas plus dure sur le sujet. Chaque gouvernement a tenté de trouver des mesures plus ou moins sécuritaires, souvent des effets d'annonces à visée électorales qui ne répondent pas au réel."

Pierre Henry, lui, estime que l'Etat français s'est toujours "trouver en situation de traiter l'urgence". "La haute fonction publique et les politiques suivent deux axiomes : 1) ça ira mieux demain, inutile donc de faire quelque chose aujourd'hui. 2) si on fait quelque chose, ça va faire appel d'air. Résultat : on se retrouve à courir après les événements." "En 2015, quand des bateaux chargés de réfugiés syriens sont arrivés de Turquie, les pays européens ont traité le problème de manière rationnelle dans l'urgence", abonde Yvan Gastaut, pour qui le vrai blocage est d'ordre communautaire : "L'Europe aurait dû mener un débat qui n'a pas eu lieu. L'UE peut davantage trouver des solutions en matière de gestion des flux migratoires que chaque pays dans son petit périmètre."

 

Lendemain

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

09 - Juin - 2026

es Pastefiens de France soupçonnent l'ancien ministre de la Communication Aliou Sall d'être une taupe de Diomaye dans le cercle de Sonko

Il n’a pas été reconduit au gouvernement et il était apparu au premier rang lors du point de presse animé par le président de Pastef, Ousmane Sonko, au...

08 - Juin - 2026

Ousmane Sonko avertit ses militants : « Ils vont recruter des insulteurs pour vous provoquer et vous envoyer en prison » :

Face à ses militants réunis à Dakar Arena, Ousmane Sonko a choisi de replacer la jeunesse au cœur de son combat politique, tout en dénonçant ce qu'il...

08 - Juin - 2026

Dakar Arena, Ousmane Sonko rassure sa base : « Je ne trahirai jamais les militants que vous êtes »

Devant les militants réunis en nombre à la Dakar Arena, le leader de PASTEF, Ousmane Sonko, a livré un discours centré sur la fidélité, la reconnaissance...

08 - Juin - 2026

Ousmane Sonko exclut toute crise institutionnelle au Sénégal

Devant des milliers de militants survoltés, l’ancien chef du gouvernement a qualifié la situation politique actuelle de « configuration traditionnelle », rappelant...

08 - Juin - 2026

Meeting de Dakar Arena : Pastef vise 100 000 cellules fonctionnelles et le million de militants

Ousmane Sonko à la tête du parti pour les six prochaines années, Pastef a organisé ce dimanche un grand meeting d’investiture au Dakar Arena. À cette...