LA FIN D'UNE JUSTICE ... SOUMISE ?

02 - Mai - 2025

« Ô vous qui croyez ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Dieu et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l'équité: cela est plus proche de la piété. […] »
(Sourate Al-Mâ’ida, verset 8)
« Les peuples d’avant vous ont été détruits parce que lorsqu’une personne noble parmi eux volait, ils la laissaient tranquille, et lorsqu’un faible volait, ils lui appliquaient la peine. Par Allah, si Fatima, fille de Muhammad, avait volé, je lui aurais coupé la main. »
(Rapporté par Al-Bukhari et Muslim)
Pendant trop longtemps, au Sénégal, nous avons vécu avec l’amertume d’une justice sous tutelle. Une justice dont la boussole semblait constamment orientée par la volonté du pouvoir exécutif. Une justice à deux vitesses, prompte à frapper les faibles et les opposants, mais muette face aux dérives des puissants. Nous avons crié, dénoncé, protesté… jusqu’à l’alternance.
Mais aujourd’hui, quelque chose change. Un vent nouveau souffle sur notre système judiciaire, et il serait malhonnête – voire aveugle – de ne pas le reconnaître.

Deux faits majeurs viennent, en effet, bousculer l’histoire institutionnelle récente de notre pays :

1. Février 2024 : alors que le Président Macky Sall, acculé, tente de reporter les élections présidentielles dans une manœuvre à la fois illégitime et injuste, le Conseil constitutionnel oppose un refus catégorique. Un “non” clair, ferme, historique. Pour la première fois dans l’histoire républicaine du Sénégal, la plus haute juridiction du pays impose la primauté de la Constitution face aux jeux politiciens d’un Président en exercice.

2. Avril 2025 : cette même institution rejette une loi d’interprétation soumise par la nouvelle majorité, jugeant qu’elle viole la Constitution. Une nouvelle démonstration d’indépendance, un rappel fort : la loi n'est pas une marionnette dont les partis tireraient les ficelles.

Ces décisions ne sont pas de simples actes juridiques. Ce sont des affirmations de souveraineté judiciaire. Des gestes forts, courageux, qui raniment l’espoir. Et si cela dérange aussi bien l’opposition que certains militants du pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye semble résolu à s’en tenir strictement à son rôle dans l’exécutif, respectant pleinement le principe de séparation des pouvoirs. Cela explique d’ailleurs son appel public au peuple — seul souverain, au nom duquel la justice est rendue — à “faire pression” sur la justice. Un geste symbolique qui témoigne d’une justice dont la balance commence enfin à pencher du côté de l’impartialité.

Au-delà des clivages politiques, il est encourageant de constater l’émergence d’une justice de plus en plus affranchie des influences du pouvoir. Rarement elle n’a semblé aussi équidistante. C’est la justice que nous appelions de nos vœux : une justice qui ne tremble ni devant le Président, ni devant le Peuple, ni devant le Parlement. Une justice qui dit le droit. Une justice qui ose dire non.

« La justice n’est pas la servante du pouvoir, elle en est le contrepoids. » — Inspiré de Montesquieu

L’histoire le prouve : les grandes puissances comme la France ou les États-Unis ne se sont construites qu’en érigeant une justice forte, perçue comme un rempart d’impartialité. Une institution garante des droits, rassurant les citoyens et consolidant la légitimité de l’État.

Nombre d’expatriés sénégalais hésitent à revenir, non par manque d’amour pour leur pays, mais face à une réalité implacable : sans sécurité juridique, sans institutions crédibles, sans justice indépendante, tout projet d’avenir devient incertain.

Ce renouveau n’est donc pas un échec du régime actuel, comme certains le clament. Il constitue, au contraire, l’un des signes les plus prometteurs de maturité institutionnelle sous la présidence de Diomaye Faye. C’est une rupture assumée avec l’héritage d’une justice longtemps perçue comme inféodée au pouvoir sous Macky Sall. C’est un pas décisif vers un véritable État de droit, où les pouvoirs s’équilibrent et où la justice, jadis dans l’ombre du pouvoir exécutif, se dresse désormais en vigile contre ses excès.

Ce moment, bien qu’imparfait, reste historique. Il ouvre une brèche vers l’espoir, et pose les fondements d’une justice digne de ce nom – une justice comparable à celle des grandes puissances.

À nous désormais de préserver cette flamme :
- En réformant en profondeur le mode de désignation et les attributions du Conseil supérieur de la magistrature, pour garantir une plus grande autonomie aux juges ;

- En assurant des moyens réels et durables au fonctionnement de la justice ;

- En inculquant à chaque citoyen que le rôle de la justice n’est pas de punir par esprit de revanche ni de servir des intérêts politiques, mais de préserver l’équilibre social.

« Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. » — Martin Luther King

L’égalité devant la loi n’est plus seulement une promesse, elle devient de plus en plus une réalité. Cette justice en pleine “renaissance”, qui traite chaque dossier avec la même rigueur, quel que soit le statut du justiciable, restaure peu à peu la confiance. Elle jette les bases d’une société plus harmonieuse. Le chemin est encore long, mais l’orientation est claire : vers plus d’équité pour plus de stabilité.

Que cet élan ne faiblisse pas. Qu’il soit entretenu, transmis aux générations futures, enseigné comme un devoir civique. Que les dirigeants y soient tenus. Car sans justice indépendante, la République n’est qu’un mot vide. Il ne reste alors que l’arbitraire.

Aboubakr KA

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