LE JUGE LAMOTTE A BOUDÉ, EN AVAIT-IL LE DROIT ?

22 - Février - 2018

Si nos médecins en salle d’opération étaient comme ce juge en salle d’audience, nos hôpitaux seraient des mouroirs. Le tribunal sénégalais n’est-il pas en train de devenir un abattoir pour opposants au régime du président Macky Sall, alors qu’il devrait être l’endroit où notre justice se soigne. Le rôle du juge est d’interpréter la loi, d’évaluer la preuve dont il est saisi, de contrôler le déroulement de l’instruction, des audiences et du procès qui doit se dérouler devant lui et ceci l’oblige à assister durant tout le processus. La loi lui permet de suspendre à tout moment le timing d’un procès, mais il doit le signifier aux parties prenantes et fixer un nouveau rendez-vous pour la poursuite des débats. Il ne peut jamais bouder le procès sans respecter la procédure, quel que soit l’attaque à laquelle il peut être l’objet, de la part d’un avocat qui est aussi un auxiliaire de justice. La tâche essentielle du juge est de résoudre les conflits qui peuvent exister entre différentes parties, ceci signifie qu’il doit lui-même être à la hauteur devant un conflit qu’il pourrait avoir dans la vie comme dans l’exercice des ses fonctions. Le Juge est avant tout un décideur impartial recherchant la justice en conformité avec les textes et règlements, codifiés par le Peuple au nom duquel il rend la loi.
Le professeur Aharon Barack, président de la Cour suprême d’Israël a écrit : « Lorsque je dis « rôle » du juge, je n’entends pas suggérer que le juge a un agenda politique. En tant que juge, je n’ai pas d’agenda politique. Je ne m’engage dans aucune politique partisane, ni dans la politique quelle qu’elle soit. Mon souci est celui de la politique judiciaire, c’est-à-dire de la formulation d’une approche systématique, fondée sur des principes, pour exercer mon pouvoir d’appréciation ».
Le juge doit être indépendant et impartial, il doit dire le droit au bout d’un procès équitable dans le respect des droits de la défense et le rétablissement de ceux de ou des victimes. Mais ce procès de la caisse d’avance de la mairie de Dakar se déroule dans une ambiance plutôt délétère avec un soubassement politique, où règlement de compte, chantage et pression se mélangent. J’ai lu des articles qui parlaient d’une connivence entre le Juge Lamotte, l’ex ministre de la justice Sidiky Kaba et le procureur de la République qui dans une vie antérieure auraient été de très proches collaborateurs. Ce procès va laisser des séquelles graves dans notre justice, voire même dans notre République. Il y a eu des tensions énormes entre les magistrats et les avocats sénégalais ainsi que ceux venus d’autre pays d’Afrique et de la France. Cette internationalisation fait que de partout à travers le monde, notre justice est scrutée, avec le risque de perdre notre réputation d’Etat de droit qu’on nous enviait au sud du Sahara. Le grand perdant dans ce procès sera le Sénégal ; si Khalifa Sall et compagnie seront condamnés, l’écrasement d’un adversaire politique voulu par la majorité aurait triomphé et la justice y perdrait son indépendance et sa crédibilité ; s’il y a non-lieu, il faudrait nous expliquer tous ces manquements dans la procédure, ces violations des droits à la présomption d’innocence. Rappelons que Khalifa Sall a été élu député alors qu’il était en prison. Pour certains juristes ce nouveau statut devrait lui permettre d’être libéré car bénéficiant de l’immunité parlementaire. Le ministre de la justice de l’époque lui avait refusait cette immunité, avant d’introduire une demande de levée de l’immunité du député à l’Assemblée Nationale. Les avocats de Mbaye Touré ont démontré devant la juge que leur client n’a jamais profité des 30 millions qu’il encaissait au nom de la commune de Dakar et les remettait directement au maire. Et tous ces autres dont on ne parle jamais ou très peu, qui sont en prisons depuis plus de onze mois, et leur unique faute, être des collaborateurs du maire de Dakar. Souvenez-vous, un des collaborateurs du maire de Dakar inquiété au débute de l’affaire a regagné l’APR et depuis il est sorti du procès et récompensé par une nomination. Et au passage nos deniers auront été mal utilisés encore une fois, combien ce procès aurait-il coûté à l’Etat du Sénégal et aux différents inculpés en frais d’avocat ?
La suite du procès qui ne pourra plus se tenir dans une ambiance sereine avec ces bouderies du juge risque de faire du Sénégal la risée du monde qui nous observe.
Ibrahima Wade, secrétaire général Un Autre Avenir

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