Sida : la prévention au Sénégal

30 - Novembre - 2016

A l'occasion de la journée mondiale contre le sida, France inter, une radio du service public français, est allée  au Sénégal, le pays d'Afrique de l'Ouest sans doute le plus organisé face au virus.

C'est l'un des premiers dans la région qui ait proposé des traitements antirétroviraux. Depuis peu, le Sénégal va plus loin et mène une vraie campagne de réduction des risques auprès des toxicomanes.
Sevrer et dépister

Un centre de prise en charge a ouvert il y a 15 mois à Dakar pour tenter de sevrer et dépister une population forcément très exposée. Il existe en Afrique de l'Ouest, une forme de déni vis à vis des toxicomanes où le sujet est tabou. Ils sont souvent marginalisés, ignorés donc pas soignés. Au Sénégal, une enquête récente a changé la donne et favorisé la prise de conscience.

Les femmes encore plus que les hommes
Financée par l'agence française de recherche contre le sida, elle a montré que les consommateurs de drogues avaient 7 à 13 fois plus de risque d'être infectés par le VIH et les femmes encore plus que les hommes du fait en particulier de la prostitution qui va souvent de pair avec la consommation de drogue. Adji a 38 ans c'est une ancienne cocaïnomane : « Il fallait que j’aille faire le trottoir pour avoir de quoi fumer. J’avais des rapports sans protection et je suis séropositive. » Alors, avant de soigner ces malades, la première étape, pour le centre, est d'aller les chercher là où ils vivent à savoir bien souvent dans les bidonvilles de la ville, comme ici dans le quartier de Grand Dakar ou cet animateur social vient régulièrement prendre des nouvelles de chacun et distribuer préservatifs et seringues jetables. « Comment allez-vous ? Il ne faut pas partager votre matériel », explique-t-il à une toxicomane.

Tous n’acceptent de venir se faire soigner, mais pour ceux qui font l'effort, le centre propose un suivi médical avec distribution quotidienne de méthadone et bien sûr test VIH. Par ailleurs, le centre propose aussi un suivi aussi psychologique, social et familial pour réinsérer dans tous les sens du terme comme l’explique le docteur Ibrahim Ndiaye, psychiatre : « il est nécessaire de renforcer l’aspect réinsertion pour éviter à ces patients de retourner à leur ancienne vie. »

« Ces gens vivent une discrimination au sein de leur famille et même si on ne remplace pas la famille, on sert d’interface avec les familles qui sont désorientées », raconte Fatou, assistante sociale. La moitié de patients soignés ici sont aussi passés par la case prison. C'est le cas d'Ibrahim, 28 ans qu'on essaie de réinsérer dans le jardinage :

« J’ai pris de la cocaïne et de l’héroïne pendant 7 ans . Je n’en reviens pas de ne pas être séropositif.»

10% des toxicomanes fréquentant le centre sont infectés

Tout le monde n'a pas la chance d’Ibrahim. En effet, 10% des toxicomanes fréquentant le centre sont infectés. L'enjeu de prévention est d'autant plus important que le trafic de drogue explose en Afrique de l'ouest. Babacar Diouf est coordinateur de l’ONU contre la drogue et les crimes dans la région. « Le trafic continue à prendre des proportions inquiétantes dans la région. C’est pourquoi il faut agir pour faire de la prise en charge notamment sanitaires, » explique-t-il.

Des centres de méthadone comme celui de Dakar, il en faudrait bien d'autres au Sénégal. Celui-ci est totalement débordé et n'attend qu'une chose, qu'on lui donne plus de moyens pour traiter plus de monde.

France inter

 

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