BAC: DES RESULTATS, MILLE QUESTIONNEMENTS

14 - Septembre - 2020

La covid-19 n’aura pas trop impacté sur le Baccalauréat 2020. Même si les élèves sont restés près de trois mois sans aller à l’école, le taux de réussite de cette année a paradoxalement connu une hausse par rapport à l’année dernière. Ce qui pousse les syndicalistes à s’interroger.

Selon l’Office du Bac, le taux de réussite du Baccalauréat de cette année a atteint 23% contre 15% l’année dernière, d’après les premiers résultats du premier tour. Des chiffres qui ont fini par surprendre certains d’autant plus qu’avec la fermeture des écoles au mois de mars dernier, beaucoup d’observateurs pensaient que les résultats du Bac 2020 allaient être catastrophiques. Que nenni ! Malgré une année tumultueuse, les résultats ont connu un record sans précédent par rapport à l’année 2019.

En effet, après l’apparition des premiers cas de covid-19 au Sénégal, le gouvernement avait ordonné la fermeture des écoles afin de limiter la propagation de la maladie. D’aucuns pensaient déjà à une éventuelle année blanche à cause de la perturbation notée cette année jusqu’à la reprise des cours le 25 juin dernier après le fiasco de la rentrée du 2 juin. Ce qui a poussé certains syndicalistes à se poser la question de savoir comment les élèves ont pu avoir un taux de réussite aussi élevé malgré la suspension des cours depuis 6 mois ? « Les résultats au Bac sont excellents cette année en cette période de pandémie au cours de laquelle notre école a connu trois mois et demie de fermeture, une grève des enseignants ayant duré deux mois et un retard de démarrage d’un mois malgré le slogan creux «ubbi Tey, Jang Tey». La moyenne du taux de réussite des deux dernières décennies est de 35% mais cette génération 2020, va battre tous les records d’excellence depuis que le Baccalauréat existe au Sénégal. Au vu des premières tendances, le Sénégal va franchir pour la première fois la barre des 50% de taux de réussite au Bac malgré tous les problèmes liés au contexte», a déclaré le secrétaire général du Cusems, Dame Mbodj.

«CE QUI S’EST PASSE EST UNE VERITABLE MASCARADE QUE NOUS DEVONS TOUS DENONCER»

Allant plus loin, le syndicaliste accuse le gouvernement. «Ce qui s’est passé n’est ni plus, ni moins qu’une manœuvre sordide au sommet de l’Etat pour faire passer les élèves massivement afin de masquer la réalité. Les résultats de cette année ne reflètent pas le niveau réel des candidats. Ce qui s’est passé est une véritable mascarade que nous devons tous dénoncer avec la dernière énergie. Le Bac sénégalais est un diplôme sérieux, normé et respecté dans le monde entier, par conséquent personne ne doit le dévaloriser », martèle le syndicaliste.

Sur le même ordre d’idées, il avance que les épreuves étaient très abordables pour un examen aussi sérieux que le Baccalauréat. «Les épreuves étaient trop faciles. La pilule est trop amère pour nous la faire avaler. Ils ont rabaissé les standards et c’est ce qui explique ce grand bond réalisé. A cela, il faut ajouter qu’à la reprise du 25 juin, les programmes ont été allégés à travers une note circulaire signée par le Ministre de l’Education et datée du 22 Juin 2020», fustige Dame Mbodj. Le secrétaire général du Cusems n’a pas aussi manqué de s’en prendre au ministre de l’Education. «Cette génération a été sacrifiée par les mesures malheureuses prises par des autorités incompétentes et sans scrupule. Je l’ai toujours dit, l’actuel ministre de l’éducation (Mamadou Talla, Ndlr) va enfoncer notre système d’enseignement dans le gouffre. Il n’a ni l’étoffe, ni l’épaisseur nécessaire pour diriger le département de l’éducation et de la formation. C’est un champion du pilotage à vue car, la robe de ministre est trop grande pour lui», a laissé entendre Dame Mbodj. Toutefois, à l’en croire, les enseignants examinateurs ont corrigé correctement les copies comme ils le font chaque année mais «ce sont les épreuves données par l’Office du Bac qui étaient trop faciles comparées aux années précédentes et je rappelle que le Directeur de ladite structure qui a la responsabilité de l’organisation technique et pédagogique du Bac n’est pas désigné par ses pairs mais, il est nommé par le Président de la République ».

«PERSONNE NE PEUT SALIR LA CREDIBILITE DE CET EXAMEN»

Pour sa part, le secrétaire général du Saems (Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire), Saourou Sène prend le contre-pied du secrétaire général du Cusems. Selon lui, les bons résultats relèvent d’un encadrement rapproché. «Je crois que cette année malgré la pandémie de la Covid-19, 2020 est une année qui a bénéficié d’un encadrement très rapproché. D’abord, au niveau familial et au niveau des enseignants, notamment ceux qui détenaient des classes d’examen. Dans la mesure où les enseignants ont ouvert des groupes Whatsapp dès que la pandémie a été déclarée pour travailler à distance avec leurs élèves. Et, je crois fortement que cet encadrement en a joué un rôle», a soutenu Saourou Sène. Mieux, dit-il, «l’autre élément que nous pouvons convoquer, c’est que les parents d’élèves qui sont conscients des enjeux compte-tenu qu’ils savaient que leurs enfants ne sont pas de contact direct avec leurs enseignants, ont engagé des répétiteurs à la maison. Il s’y ajoute maintenant le formidable élan de mobilisation des enseignants lorsqu’on a décidé de la reprise le 25 juin. Avec cette reprise, il faut reconnaître que sur 3.500.000 élèves, il y’a que les 550.000 (en classes d’examen) qui sont retournés à l’école. Donc, à ce niveau-là, l’enseignant a un nombre très réduit à gérer. Cet encadrement rapproché avec les élèves et cet engouement autour des classes d’examen uniquement devraient donner un résultat satisfaisant», a expliqué le secrétaire général du Saems.

Selon Saourou Sène, nul ne peut salir la crédibilité du Baccalauréat car toutes les normes établies ont été respectées. «Nous ne sommes pas seulement basés sur les résultats du premier semestre. Donc, impossible de les considérer comme des bacheliers d’un semestre. Il faut rappeler qu’on ne délivre pas le baccalauréat pour le simple plaisir de le faire. L’éducation est une affaire très sérieuse. Et ces résultats qui sont obtenus, que personne ne soutient la thèse selon laquelle, les épreuves étaient faciles. Les épreuves qui ont été données sont des épreuves du Baccalauréat conformément aux règles et par conséquent personne ne peut salir la crédibilité de cet examen, il est aussi crédible que les examens précédents».

En effet, il faut rappeler qu’après la fermeture des écoles, le ministère de l’Education Nationale avait voulu relever le défi de la continuité pédagogique face à la covid-19. A cet effet, il avait lancé l’initiative : «Apprendre à la maison» qui permettait l’enseignement à distance même si certains ont dénoncé des défaillances techniques et un manque de connexion Internet. Mieux, certaines chaines de télévisions étaient aussi allées dans ce sens en faisant des cours avec des enseignants sur des plateaux. Toutefois, actuellement toutes les pensées sont focalisées sur les résultats du Bac mais qu’en serait-il des orientations de ces bacheliers dans les universités publiques ? Cette question aussi mérite d’être posée. Chaque année des nouveaux bacheliers se lamentent à cause des retards d’orientation dans les universités quand on sait que l’Etat a pris la décision de ne plus envoyer des bacheliers dans les écoles privées

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