Reportages racistes: le mea culpa de National Geographic

13 - Mars - 2018

«Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes. Pour nous en détacher, il nous faut le reconnaître.» L'emblématique magazine américain National Geographic a publié, lundi, un éditorial aux allures de mea culpa. Une démarche à la sincérité rare. L'auteur de ce texte n'est autre que la rédactrice en chef du mensuel, Susan Goldberg, alors même que le magazine publie, en avril, un numéro spécial sur la question raciale.

L'objectif de cet éditorial est de procéder à «un examen de conscience» sur le passé du National Geographic, et sur le racisme qui s'est, parfois, glissé dans ses reportages au fil des décennies. «Il m'est douloureux de partager cet affreux état de fait qui fait pourtant partie de l'histoire du magazine. Mais il nous faut faire cet examen de conscience avant de considérer de faire celui des autres», écrit Susan Goldberg.

Pour mener cette introspection, le mensuel, fondé en 1888, a demandé à John Edwin Mason, professeur à l'université de Virginie, aux États-Unis, et spécialisé dans l'histoire de la photographie et de l'histoire de l'Afrique, de se «plonger dans les archives de National Geographic». Et ses conclusions sont sans appel: «Jusque dans les années 1970, National Geographic a quasiment ignoré les personnes de couleur vivant aux États-Unis, ne leur reconnaissant que rarement un statut, le plus souvent celui d'ouvriers ou de domestiques, écrit la rédactrice en chef pour résumer les recherches de Mason. Parallèlement à cela, le magazine dépeignait avec force reportages les “natifs” d'autres pays comme des personnages exotiques, souvent dénudés, chasseurs-cueilleurs, sorte de “sauvages anoblis” - tout ce qu'il y a de plus cliché.»

l y a plusieurs décennies, les photos d'«indigènes» admirant les appareils photo ou les voitures des reporters blancs étaient très fréquentes dans le mensuel. Et les populations non blanches étaient quasi systématiquement coupées de toute narration. Le chercheur John Edwin Mason fait notamment référence à un reportage troublant sur l'Afrique du Sud dans les années 1960. Cet article mentionne à peine le massacre de 69 personnes noires par la police. «Aucune voix de Sud-Africains noirs ne s'élève dans l'article. Cette absence est aussi signifiante que tous les mots imprimés. Les seuls Noirs représentés dans le magazine sont des personnages se produisant dans des danses exotiques... ou alors des domestiques ou des ouvriers. C'est étrange, en fait, de considérer ce que les rédacteurs, à l'époque, souhaitaient montrer, consciemment ou non», note le scientifique dans l'éditorial.

Autre exemple: un reportage écrit en 1916 en Australie. «Sous plusieurs photos d'Aborigènes, on peut lire cette légende: “Deux Noirs sud-australiens: ces sauvages se classent parmi les moins intelligents de tous les êtres humains”», écrit le National Geographic de l'époque. À la fin de son éditorial, Susan Goldberg rappelle que «dans deux ans», et pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, «moins d'un enfant sur deux sera Blanc». L'occasion, selon elle, de «parler des conflits basés sur l'idée erronée de “races”» et de tenter de comprendre «pourquoi nous continuons à distinguer les hommes et à construire des communautés inclusives».

Après avoir analysé les 130 ans d'histoire du National Geographic, la rédactrice en chef espère enfin que ses successeurs «puissent être fiers de l'histoire de ce magazine - pas seulement pour les reportages que nous aurons décidé de publier mais aussi pour la diversité de journalistes, rédacteurs et photographes qui les portent».

Lefigaro

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