Afflux de migrants à Ceuta: Madrid compte 72 morts, Rabat 11

03 - Août - 2026

Au moins 72 migrants ont perdu la vie selon Madrid en essayant de gagner de force Ceuta depuis le Maroc, lors de l'afflux inédit de dizaines de milliers de personnes dans l'enclave espagnole en Afrique du Nord, tandis que Rabat en compte 11 morts.

Selon Madrid, la "quasi-totalité" des quelque 60.000 personnes ayant franchi illégalement la frontière - surtout des jeunes Marocains - ont depuis été renvoyées au Maroc, où les autorités ont mis longtemps à s'exprimer sur ce soudain afflux décrit par le gouvernement autonome de Ceuta comme le pire jamais vu dans l'enclave, et dont le bilan humain ne cesse de s'aggraver.

"Le dernier chiffre que nous ayons est de 72", a indiqué le délégué du gouvernement local de Ceuta, Miguel Angel Perez Triano, à des journalistes qui l'interrogeaient sur le nombre de morts. Beaucoup se sont noyés.

Le ministère marocain de l'Intérieur a finalement donné dimanche soir un premier bilan, estimant que 11 personnes avaient perdu la vie en tentant de rejoindre Ceuta.

L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a, elle, fait état de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus, et appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les causes de cet afflux inédit de migrants entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole.

Elle a condamné "le silence inquiétant des responsables et des institutions" du pays estimant que ce mutisme a contribué à cet afflux.

Une source proche du milieu associatif a déclaré à l'AFP que "la façon dont les choses se sont passées" laissait penser que ces arrivées massives à la frontière n'avaient pas pu se produire sans l'"accord des autorités" marocaines.

Pour Rabat, cette crise migratoire résulte notamment de "l'exploitation malveillante" des réseaux sociaux, de "la diffusion d'informations trompeuses" et d'"interprétations erronées de dispositions légales".

Le ministère marocain de l'Intérieur fait ainsi référence à une récente décision de la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d'un migrant ne s'appliquerait pas aux personnes arrivées par voie maritime.

Le ministère marocain a annoncé 40.000 "tentatives" de franchissement irrégulier de la frontière vers Ceuta, ajoutant que 1.135 personnes ont cherché à rejoindre l'autre enclave espagnole de Melilla, située à 400 kilomètres plus à l'est. Toutes les personnes arrivées à Melilla ont été renvoyées immédiatement sur le territoire marocain.

- Nettoyer les traces du chaos -

Dimanche, la police et l'armée patrouillaient les rues de Ceuta où le calme est revenu. Seule une poignée de migrants étaient toujours là.

Devant des habitations en construction près du port de Ceuta, des militaires espagnols ont arrêté un groupe de migrants, assis par terre, l'air fatigué et surveillé par des soldats, appuyés par un véhicule blindé, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des canots pneumatiques d'une équipe de secours de mer sillonnaient les vagues à proximité de la frontière matérialisée dans l'eau par 500 mètres de ligne de flottaison neuve.

Des membres de la garde civile espagnole on fait descendre des migrants d'un bus pour les escorter vers le poste-frontière, pour retourner au Maroc. Un renvoi dans le calme, pendant que des employés nettoyaient les déchets et vêtements perdus durant le chaos de jeudi et vendredi.

L'AFP avait rencontré samedi dans une zone industrielle désaffectée de Ceuta des centaines de mineurs isolés dormant en plein air et qui espèrent encore pouvoir rejoindre l'Europe continentale.

"Tous les mineurs ici sont (venus pour) aller en Espagne", a dit à l'AFP Aziz Dabch, l'un des rares adultes présents au sein de la foule massée à l'ombre des entrepôts.

Certains de ceux qui ont franchi la frontière de l'enclave ont déclaré qu'ils avaient entendu dire qu'elle était ouverte, une rumeur rapidement amplifiée sur les réseaux sociaux. L'Espagne a mis en cause "les mafias de trafiquants d'êtres humains".

Dimanche, le pape Léon XIV a évoqué la situation à Ceuta lors de ses prières quotidiennes, déclarant qu'il la suivait "avec inquiétude" et qu'il espérait une solution synonyme de "paix, stabilité et justice".

L'arrivée en masse de ces migrants a déclenché une crise diplomatique entre l'Espagne et ses partenaires européens les plus critiques de sa politique migratoire. Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE aborderont mardi en visioconférence les événements de Ceuta.

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

08 - Mai - 2026

Environnement : l’Ucad accélère sa transition vers une mobilité plus durable

Jules-François Bocandé demeure, quatorze ans après sa disparition le 7 mai 2012, l’une des plus grandes figures du football sénégalais. Originaire de...

07 - Mai - 2026

«100 ans de Me. Abdoulaye Wade» : Le programme de l’hommage national en détail

Initialement prévu le 29 mai, sa date de naissance, les festivités marquant les 100 ans de Abdoulaye Wade ont été reportées aux 4 et 5 juin prochain. La...

07 - Mai - 2026

Mohamed Srour et sa famille entière jetée à la rue après avoir tout investi

En 2016, Mouhamed Ali pensait réaliser le rêve de toute une vie. Il achète un terrain à 38 millions FCFA, avec ce qu’il croyait être des documents en...

06 - Mai - 2026

Tout ce qu'il faut savoir sur Ismaïla Diallo alias Abou Oussama al Sénégalais «Voix de Daesh»

Inculpé et placé sous mandat de dépôt par le doyen des juges, à la suite d’une «information judiciaire demandée par le parquet»,...

06 - Mai - 2026

Bébé de 18 mois tué à Vélingara : L'oncle de la victime avoue le crime et révèle la raison de son acte

Un drame atroce a secoué, dimanche 3 mai, le quartier Vélingara Foulbé (région de Kolda), où un petit garçon de 18 mois, nommé Mouhamadou Camara, a...