Ces indignations de circonstance...

08 - Juin - 2019

Ça durera le temps de la rose, en étant généreux. Je veux parler des dernières indignations, relatives à la dernière affaire de gros sous, de gaz liquéfiant, de pétrole salissant. Je veux parler de cette gouvernance annoncée et promise propre, sans indélicatesse, ni famille envahissante ; je veux parler de cette promesse de réhabilitation d’une patrie longtemps mise à quatre pattes par des partis prédateurs ; je veux parler de nos éphémères et sans épaisseurs indignations face aux viols répétés de valeurs que nous pensions immuables. Je veux parler de ces hypocrisies qui semblent constituer notre ADN social.

Par ce que tout de même, il y a pour le moins, une énigme politique à élucider : comment une équipe politique qui s’est construite sur des projets de valeurs républicaines, la restauration de vertus (bonne gouvernance, bonne justice, une gestion vertueuse de la chose publique etc.), comment tout cela a foutu le camp en moins d’un mandat, fut il un septennat ? Comment les nouveaux zozos, redresseurs de torts de comptes publics, sont devenus des prédateurs en moins d’une décennie ? Comment ?

Pourquoi la famille a de nouveau mis la patrie à quatre pattes comme une vieille pute ravagée par une vie de soumission et de postures avilissantes ? Pourquoi le reniement est redevenu la valeur refuge des promesses électorales ? Pourquoi les chiens de garde aboient-ils si timidement, si faiblement, et si éphémèrement ? Pourquoi le glaive de dame justice ne frappe-t-il plus jamais les prédateurs au coeur de nos mœurs en dérive ? Je vais oser une grave suspicion : et s’ils étaient tous (la fameuse et impropre « classe politique ») complices ?

Pourquoi a-t-il fallu ce magazine de 11 minutes de BBC pour mettre en émoi la caste dirigeante et ses satellites et autres affidés ? Très probablement parce qu’il y a une constellation de bénéficiaires du ruissellement de ces prises d’intérêt illicites du gaz et pétrole du pays. Alors, tous coupables ? Responsables ? Complices ? Raccourci facile pour expliquer un si imposant dépôt de ...complicités politico-sociales.
Parce qu’il faut être juste dans les actes d’accusation.

De tous ceux qui hurlent aujourd’hui, il faut reconnaître qu’Ousmane Sonko est celui qui a crié le plus tôt et le plus longtemps sur ces saletés de gaz et de pétrole. On s’est même glosé sur son disque de 33 tours rayés. Il avait raison, mais probablement trop tôt et s’est mal expliqué. Les arguments ? Un fonctionnaire radié, donc aigri et revanchard ? Probablement cela cachait le fond : on vendangeait notre pétrole et notre gaz avant même qu’ils sortent des entrailles de la mer !

Le patron de l’ACT, ancien Premier ministre, Abdoul Mbaye, qui est aujourd’hui le plus virulent des pourfendeurs de la famille Sall, essaie laborieusement d’imbiber nos esprits d’un lourd prétexte pétrolier : on a été bernés à l’époque, en Conseil des ministres, par un rapport mensonger du ministre du secteur de l’époque, le détestable ministre de l’Intérieur d’aujourd’hui. Vengeance tardive ? Aller savoir...

TAS (Thierno Alassane Sall), ministre de l’énergie à l’époque des fameux décrets, lui aussi a fait montre de coups de gueule et de rétention d’informations dans cette affaire. En effet, s’il a toujours laissé pensé qu’il avait « démissionné » et non « démis » du fait d’une signature qu’il aurait refusé, il n’avait jamais été explicite sur l’étendue de ces décrets. C’est aujourd’hui qu’il se fait plus explicite.

Pour les autres opposants, c’est entre clair-obscur, réaction du bout pour des lèvres et autres exhibitions de documents (PDS). Ce parti joue une partie délicate : comment apprivoiser le généreux le régime de Macky tout en veillant à ne pas mettre en danger des « deals » secrets ? Comme celui de Conakry à la veille de la présidentielle. En effet, il semblerait que le président n’ait pas respecté le deal fait avec le président Condé comme...témoin, instigateur et garant de leur respect.

Reste une question qui n’est pas mineure : le « frangin-pétro-gaz-gate » s’invitera-t-il dans les « dialogues » en cours ? Les acteurs et participants à ces « machins » ne peuvent pas se retrouver la semaine prochaine face-à-face comme si de rien n’était. Comme si les micmacs autour de nos ressources étaient un « détail » dans les très sérieux dialogues en cours.

Un ami m’a dit : « on ne va quand même pas enterré l’affaire avec une ridicule commission parlementaire »? Je ne sais pas. Mais quand un président dit à ses forces vives, « ne me parlez pas d’augmentation de salaires, il n’y a pas d’argent », je serai enclin à aller dans la rue pour lui demander : sortez les contrats, pour qu’on voit combien BP et les autres officines nous ont pompés de CFA avant même que le premier litre soit sorti des fonds marins.

Ah oui, vous aurez remarqué qu’aucun « guide religieux », imam, n’a fait allusion à cette affaire, alors qu’elle faisait l’actualité depuis trois jours.

Des silences très bavards !

Seneplus

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