Chef de l'opposition : Macky préfère Sonko à Idy

08 - Mars - 2019

Les rideaux sont tirés sur la présidentielle. Macky Sall tient son deuxième mandat. Groggy, l'opposition encaisse la défaite et rumine sa colère. L'heure est aux spéculations et aux projections. Des plus réalistes aux plus invraisemblables. Mais, comme les chemins du Destin, pardon de la politique, sont impénétrables, il ne faut rien exclure.

C'est ainsi que certains observateurs persistent à croire que le pouvoir marron-beige, qui vient de renouveler son bail pour 5 ans à la tête du pays, compte poser, hic et nunc, des actes de nature à pacifier le Landerneau politique et, surtout, faire de sorte que l'image de la démocratie sénégalaise, qui semble écornée aux entournures, reste intacte.

Aussi, l'appel solennel au dialogue lancé par Macky Sall, sous les lambris dorés de la Salle des Banquets du palais de la République, donne l'exacte mesure de la volonté manifeste échafaudée au sommet de l'État d'aller dans le sens de jeter les bases d'un New Deal politique sous nos tropiques.

Que de sacrifices sur l'autel des retrouvailles entre Wade et Macky

En effet, il ne fait l'ombre d'aucun doute que le pouvoir piaffe d'impatience, pour placer son quinquennat sous le signe de la décrispation et de la Rupture, de donner corps à d'importants points du référendum du 20 mars 2016, notamment le statut de l'opposition.

Devant déboucher sur le renforcement des droits inaliénables de l'opposition et consacrer son chef comme membre à part entière du décorum républicain, les relations exécrables entre Macky Sall et Me Abdoulaye Wade, par l'emprisonnement de son fils Karim interposé, était loin de plaider en faveur d'un tel projet.

Mais, dès l'instant que des signaux sont émis, ici et là, pour aller dans le sens d'un "dialogue", peut-être le premier jalon des fameuses retrouvailles de la grande famille libérale claironnée urbi et orbi depuis 2012, rien ne semble plus s'opposer à ce qui sera une grande avancée démocratique.

"Sonko a beaucoup de mérite. Il faut l'associer à l'exercice du pouvoir"

Sauf que Macky Sall, au regard des contentieux non encore soldés entre lui et son "frère libéral" Idrissa Seck depuis l'épisode des "Chantiers de Thiès" et de ses séquelles sur l'enfant de Thiès, souhaiterait avoir un autre interlocuteur comme chef de l'opposition. Et, Ousmane Sonko est le profil idéal.

À ce propos, de profonds changements de paradigmes seraient dans le pipeline au sein des officines du pouvoir. C'est ainsi que le leader de Pastef, connu pour être un véritable punching-ball de Macky Sall, pourrait lui servir, à son corps défendant, de cheval de Troie pour contenir Idrissa Seck.

Proche du chef de l'État, Madiambal Diagne est, désormais, d'avis que "Ousmane Sonko a beaucoup de mérite et qu'il faut le respecter". Allez savoir comment. Pourtant, il y a peu, le journaliste boute-en-train flinguait, à bout portant, l'ex-Inspecteur des Impôts et Domaines qui le lui rendait bien.

De l'art de ringardiser, par Realpolitik, une certaine opposition

Le patron des jeunes de la coalition Benno Bokk Yaakaar (Bby), Zator Mbaye de l'Alliance des forces de progrès (Afp), de lui emboîter le pas : "Ousmane Sonko a fait un score très honorable (Ndlr, 15,67% soit 687.523 voix). Je l'invite à discuter avec le chef de l'État qui doit l'associer, si possible, à l'exercice du pouvoir".

Si ce ne sont pas des ballons de sonde, ces deux sorties ont, au moins, le mérite de faire éclater au grand jour la disposition affichée du pouvoir, sur l'autel de la froide Realpolitik, de créer les conditions, à l'issue des législatives anticipées (?) de décembre, de placer Ousmane Sonko à la tête de l'opposition.

Un cas de figure qui aura, pour le pouvoir qui se rabiboche avec le Parti démocratique sénégalais (Pds), un triple avantage : fédérer les libéraux de lait, anéantir Idrissa Seck et envoyer définitivement dans les cordes certains opposants (Khalifa Sall, Pape Diop, Malick Gakou, Abdoul Mbaye, Decroix…).

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