Déclaration de politique générale, nouvelle tension en éruption

22 - Août - 2026

Le temps presse à l’Hémicycle. Alors que la session extraordinaire en cours à l’Assemblée nationale touche à sa fin ce lundi, une question taraude tous les observateurs de la vie publique sénégalaise : quand le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô prononcera-t-il sa Déclaration de politique générale (Dpg) ? Va-t-on convoquer une nouvelle session pour la Dpg au lendemain des tensions nées des propositions de loi sur la déclaration de patrimoine et l’encadrement des fonds politiques ?

Nommé à la Primature le 25 mai 2026 par le Président Faye, le chef du gouvernement se trouve à quelques jours seulement de l’échéance fixée par l’article 55 de la Constitution, qui lui impose de présenter les grandes orientations de son action devant la Représentation nationale -soit trois mois après l’entrée en fonction du gouvernement. Pourtant, le flou persiste et aucune séance officielle n’a encore été formalisée à la date du 21 août, ni programmée avant l’échéance de la présente session.

Le spectre du bras de fer de 2024

Ce retard et ce flou calendaire résonnent comme une impression de déjà-vu dans les travées de l’Assemblée nationale. Il y a tout juste deux ans, la Dpg avait été le théâtre d’une bataille institutionnelle d’une rare intensité. En 2024, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, s’était trouvé confronté à une Assemblée nationale dominée par l’ancienne majorité parlementaire de Benno bokk yaakaar (Bby). Entre querelles sur le Règlement intérieur de l’Assemblée et contestations juridiques, la Dpg avait été différée pendant de longs mois, l’Exécutif, à coups de manœuvres politiques pour éviter une motion de censure, attendant la dissolution de la chambre basse et l’organisation de nouvelles Législatives

Ce n’est qu’après avoir obtenu une majorité nette que M. Sonko était venu se prêter à l’exercice devant les députés de Pastef, le 27 décembre 2024. La Dpg avait alors cessé d’être un simple exposé programmatique pour devenir un véritable instrument de rapport de force politique et institutionnel.

2026 : un scénario similaire mais un contexte renouvelé

Deux ans plus tard, l’Histoire semble bégayer, même si les acteurs ont changé de rôle. La tension autour du respect des délais constitutionnels remet en lumière le dualisme et les exigences du régime parlementaire sénégalais. L’article 109 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale est pourtant explicite, comme l’a exposé le député Amadou Bâ de Pastef sur sa page Facebook comme un carton d’invitation dans un contexte de tensions institutionnelles entre les deux pouvoirs : «La Déclaration de politique générale doit intervenir au plus tard trois mois après l’entrée en fonction du gouvernement. L’Assemblée nationale doit être informée huit jours au moins avant la date retenue.»

Or, le délai de préavis de huit jours, combiné à la clôture imminente de la session extraordinaire ce lundi, réduit considérablement le champ des possibles. Si Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô ne s’adresse pas aux députés avant ce lundi ou d’ici le 25 août via une convocation en urgence, le gouvernement s’exposerait à de vives critiques de la majorité parlementaire quant au respect des textes fondamentaux.

Pour Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, technocrate et ancien haut fonctionnaire de la Bceao promu à la Primature, cette Dpg représente bien plus qu’un rite de passage juridique. Elle doit marquer l’acte fondateur de son action gouvernementale et expliciter la feuille de route économique du pays, notamment sur les axes d’ajustement structurel et les réformes de l’Agenda national de transformation.

Reste à savoir si le Pouvoir exécutif choisira de convoquer l’Assemblée dans les heures qui viennent ou s’il s’orientera vers une nouvelle bataille d’interprétation des textes. Une chose est sûre : à la Place Soweto, la Dpg demeure le baromètre politique par excellence des relations entre la Primature et l’Hémicycle.

avec Lequotidien

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