Éditorial: Elégance (Par Laurent Joffrin)

02 - Décembre - 2016

Respectable. Certain que sa candidature handicaperait la gauche, qu’elle jetterait le pays dans un affrontement délétère, François Hollande renonce. Trop de divisions, trop de violence, trop d’acrimonie : il n’a pas voulu d’un combat âpre, cruel, fratricide dans une famille politique déjà déchirée, dans une nation minée par les incertitudes. Rares sont les hommes politiques suffisamment lucides pour s’écarter volontairement du pouvoir au nom d’un intérêt plus grand, d’une solidarité nécessaire, d’une idée. La droite, bien sûr, triomphe. Ainsi le président sortant est incapable de défendre lui-même son bilan, de proposer un projet, de mobiliser autour de lui ! C’est donc qu’il reconnaît son échec, c’est donc que la gauche est en ruines ! La philippique est de bonne guerre. Est-elle juste ? Personne ne fera passer un quinquennat qui fut un calvaire politique pour une réussite éclatante. Dès l’origine, en donnant le sentiment d’agir trop peu ou trop vite, François Hollande avait placé un sac de pierres sur le dos de son gouvernement. Puis, persuadé qu’il fallait d’abord parer l’affaiblissement industriel du pays, il a négocié un virage brusque sans convaincre son camp, ses électeurs, que cette solution n’était pas une trahison mais un passage obligé. Criblé de flèches dès la première minute par une opposition implacable, puis abandonné progressivement par son propre camp, François Hollande a continué de gouverner dans l’adversité, mais aussi avec l’opiniâtreté de celui qui croit à sa politique. On retiendra l’élégance du geste, mais vite on portera aussi sur ce bilan un regard plus froid. Alors que tant de pays ont choisi une austérité qui aiguise les inégalités, la France, vouée à un difficile redressement économique, a maintenu pour l’essentiel les protections dont bénéficient ses salariés. Elle a fait face aux plus graves attaques terroristes de son histoire et procédé à de justes réformes de société. Avec le temps, cette continuité, au moins, sera reconnue. Le vrai tournant pointe à l’horizon. Avec François Fillon, l’alignement du pays sur un modèle injuste et déjà ancien se profile. Telle est la vraie menace. Dans ces conditions, la gauche aurait grand tort de piétiner une action dont elle est, partiellement ou entièrement, solidaire. Ce serait se piétiner elle-même. Alors qu’on attend d’elle une lueur d’espoir.

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

15 - Mai - 2026

Pastef : Le parti annonce l’ouverture des candidatures pour l’élection du président

Le parti PASTEF lance officiellement l'ouverture des candidatures pour l'élection de son président, prévue lors du congrès du 6 juin 2026. Les intéressés...

15 - Mai - 2026

PARIS: COURSE CONTRE LA MONTRE POUR LES INSCRIPTIONS AU CONSEIL CONSULTATIF DES JEUNES DU SENEGAL

C’est littéralement une course contre la montre. Les candidats (de la diaspora) qui souhaitent intégrer le Conseil Consultatif des Jeunes du Sénégal ont...

15 - Mai - 2026

PARIS : COLERE NOIRE DES ASSOCIATIONS ET COLLECTIFS DE LA JEUNESSE SENEGALAISE D’ILE-DE-FRANCE CONTRE LE CONSULAT GENERAL

C’est un tir groupé des associations et collectifs de la jeunesse sénégalaise d’Ile-de-France contre le consulat général du Sénégal...

14 - Mai - 2026

FORMER LES ELITES AFRICAINES OU PERDRE L’AFRIQUE : LA GRANDE CONTRADICTION FRANÇAISE

La France a longtemps incarné une certaine idée de l’universel. Son école, ses universités, sa langue et sa culture ont rayonné bien au-delà de ses...

13 - Mai - 2026

ONU : une nouvelle candidate contre Macky Sall se lance dans la course

La course au poste de secrétaire général de l’ONU s’intensifie avec l’entrée en lice d’une cinquième candidate. Il s’agit de Maria...