ELIE DIATTA MEMBRE DU DIRECTOIRE NATIONAL DES FAMILLES DES VICTIMES DU JOOLA: ''LA CATASTROPHE DU JOOLA EST LA PREMIERE INJUSTICE MONDIALE''
Décidément la colère ne faiblit pas chez les familles des victimes du bateau le Joola dont le seizième anniversaire a été commémoré ce mercredi. S’exprimant à l’occasion de la cérémonie officielle qui a eu lieu au port de Ziguinchor, Elie Bernard Diatta, membre du directoire national des familles des victimes de ce drame et chargé des affaires juridiques a martelé que la catastrophe du bateau le Joola, survenue le 26 septembre 2002, au large des côtes gambiennes, est la première injustice mondiale. A rappeler que catastrophe avait fait 1863 morts parmi lesquels 450 étudiants et 26 élèves d’une école de football, tous originaires de la Casamance. M. Diatta a indiqué que les familles des victimes réclament la vérité et la justice par rapport à cette tragédie.
‘’Face à cette violence inconcevable, jamais enregistrée de mémoire d’homme, il apparait impossible de faire l’économie d’une réflexion sur les aspects humains, à fortiori dans la logique visant à plus de responsabilité étatique. Seize longues années dans l’horreur et une pression traumatique aigue qui revient en boucle, c’est un combat permanent pour ne pas hurler et devenir fou. Comme si la mort n’était pas si douloureuse, les familles devraient être encore empêchées de faire le deuil par une privation volontaire étatique de renflouement, de vérité et de justice. Alors, nous reprenons le flambeau sans prétention aucune pour dire, s’il est de sujet qui devrait hanter chaque sénégalais où qu’il se situe dans le continent, s’il est un sujet qui ne peut laisser indifférent nul de tous ceux qui se reconnaissent originaires de notre univers particulier d’hommes et de femmes dispersés, à travers le monde, c’est bien celui du Joola qui continue aujourd’hui à pointer ses sales conséquences. Nous attendons au travers des contraire que nous avons vécus pendant près d’un quart de siècle autour d’un point attendu, d’un suspend au-dessus de nos têtes, la minute de vérité, une justice au service des familles car le Joola est la première injustice mondiale’’, a-t-il laissé entendre avant de souligner que la catastrophe du Joola est en vérité un spectacle de l’hécatombe d’une justice et d’une humanité à terre.
‘’Pour 2 000 morts et 12 nationalités différentes, couplés d’une auto-responsabilité déclarée par le président Abdoulaye Wade, la justice a condamné énergiquement l’âme de 12 peuples à la place de leurs bourreaux, et parapher la victoire de l’Etat sur des milliers de morts. Ce n’est pas le genre de réponse qu’on doit apporter quand on fait face à une flagrante violation humanitaire. Il faut travailler à transmettre aux Sénégalais et au monde entier une justice exemplaire, avec une volonté charismatique infaillible et cela passe obligatoirement par la justice sur le Joola’’, mentionne t-il.
Selon Elie Diatta, la normale des conduites humaines, la consonance culturelle n’autorise pas l’inhumation volontaire de 1 863 personnes dans les entrailles de l’océan.
‘’Il est très fréquent, au Sénégal, qu’on enterre des milliers d’êtres humains considérés sans importance dans l’eau. Oui ! Parmi nous, qui aimerait être enterré, ou reposer son fils dans les abysses de l’océan ? Dans l’affirmative, la réponse est personne. Et alors, pourquoi le fait-on à des milliers de vies ? Ainsi, un des défis qui atteint l’Etat socialement et pénalement responsable dans la durée, est cette désinvolture, ce manque de considération. Le Joola n’est pas un bétail sans importance, ce silence est vécu comme une torture et un crime. On n’a pas besoin de scientifiques pour comprendre que le Joola est une anomalie de la matrice, un record en nombre et qui allie violence, injustice, non assistance à personne en péril. Nous attendons toujours la fin de cette longue croisade quel que soit le temps imposé pour que justice soit rendue pour nous permettre enfin de faire le deuil car le Joola a changé des milliers de vies et à jamais. Il est extrêmement difficile de reconstruire une vie que le Joola a ravagée, le Joola est éternel’’, fulmine t-il.
A signaler que la cérémonie a été présidée par Augustin Tine, le ministre des Forces Armés qui avait à ses côtés le ministre de la Culture, Abdoul Latif Coulibaly. On a également noté une présence de plusieurs dizaines d’orphelins de cette tragédie qui en a fait au total 1900.
Mamadou Alpha Diallo (infos15.com)