Et maintenant on nous met les OGM dans la sauce !

26 - Avril - 2017

Le 28 Février 2017, lors d’une rencontre avec l’académie des sciences, le président de la République du Sénégal se prononça en faveur de l’introduction des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), dans l’agriculture, donc dans l’alimentation des gorgorlous (sénégalais). Auparavant, c’est à dire en 2015, le voisin Burkinabé avait décidé de tourner le dos aux OGM après 10 ans d’expérimentation, notamment dans la culture du coton OGM qui s’est avérée catastrophique.
Mais un OGM c’est quoi ?
Le mouton et le maïs sont des organismes vivants ; l’un est un organisme animal et l’autre un organisme végétal (plante). On peut alors parler de plante génétiquement modifiée (PGM). Un OGM ou une PGM est donc un Etre Vivant qui n’existe pas naturellement. Il est le fruit d’une manipulation (modification) humaine. Par son génie, l’Homme a pu intervenir au niveau des structures microscopiques de la cellule qui déterminent les caractères tels que : la couleur, la taille, la résistance, le goût, la fertilité (productivité), … de l’individu (plante ou animal). C’est du génie génétique. Cette modification artificielle peut se faire par la combinaison entre tissus de plantes, entre tissus d’animaux ou entre tissus végétal et animal. Le génie génétique pourrait alors permettre d’avoir du porc dans le maïs ! Par exemple le maïs OGM (appelé Maïs bt) peut secréter une substance toxique qui tue l’insecte principal ennemie de la culture : ce qui a tué l’insecte pourrait aussi tuer l’homme. Le maïs peut également être modifié de telle sorte qu’en pulvérisant le champ avec un insecticide ou herbicide seuls les insectes et les autres herbes meurent : le maïs OGM est « sauf ». C’est beau et séduisant comme technologie, mais attention ! l’herbicide pulvérisé, appelé Round Up, est sujet de multiples controverses. En effet, il contient une substance chimique dénommée glyphosate. Le glyphosate serait à l’origine de cancers observés dans plusieurs études expérimentales et évaluations.
Dans le monde, les OGM se sont d’abord développés sur le soja, le maïs, le coton et le colza cultures dites «de rente», dont la production est destinée à l’exportation, le soja et le maïs étant utilisés majoritairement pour la nourriture du bétail.

Faut-il ou non cultiver des OGM ?
Les premières mises en culture d’OGM ont eu lieu en 1996 et aux Etats Unis. Plus de 20 ans après, parmi les 192 pays du globe terrestre, seuls 27 pays les cultivent. L’Afrique du Sud, le Soudan, l’Egypte et le Burkina Faso sont les pays africains pratiquant la culture d’OGM. D’ailleurs les deux derniers nommés ont jeté l’éponge respectivement en 2013 et 2015. Les paysans Burkinabés ont poursuivi, monsanto – une des firmes qui promeuvent les OGM - en Justice réclamant des dommages de plus de 15 miliards de Fcfa pour les récoltes 2014-2015 et 2015-2016.
Alors, NON, il ne faut pas cultiver les OGM : derrière les éloges il y a des dangers à plusieurs niveaux.
Au plan environnemental, les cultures d’Ogm réduisent la biodiversité d’une part et accentuent l’usage des pesticides et insecticides d’autre part. Restons sur les pesticides/insecticides pour lesquels les OGM étaient sensés en réduire l’utilisation du fait de ce qui est expliqué sur le maïs Bt, dans les lignes qui précédent. La nature est dynamique et les Etres Vivants, y compris les insectes, s’adaptent aux changements. C’est le cas avec les spirales utilisés pour lutter contre les moustiques. Au début c’était très efficace. Aujourd’hui, d’aucuns disent que les moustiques « mangent » certains de ces spirales. Pour les OGM, il a été observé plusieurs résistances d’insectes. Les promoteurs ont dû recourir à des insecticides plus puissants, donc plus toxiques, pour sauver des cultures au nom du retour sur investissement. Les résidus de ces pesticides se retrouvent dans les aliments que nous mangeons, dans l’air que nous respirons et dans l’eau que nous buvons : bonjour les maladies chroniques comme le cancer.
Au plan social et sanitaire, chaque jour de nouvelles preuves sont mises sur la table pour démontrer le lien entre les cultures OGM et certaines maladies. En 2016, deux groupes d’experts, ont produit deux avis opposés. D’un côté le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) classe le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme, de l’autre le CARC (Cancer Assessment Review Committee) estime que le glyphosate est « improbablement cancérogène ». Néanmoins, plusieurs actions en justice, individuelles ou collectives, voient le jour. L’une d’elles, plaidée devant la cour fédérale de San Francisco, rassemble plusieurs centaines d’employés agricoles et de fermiers touchés par un lymphome (forme de cancer) après avoir travaillé au contact de l’herbicide. Imaginez vous, sénégalais, père ou soutien de famille, travaillant dans l’agriculture et victime du lymphome, à cause des OGM. Sortons des champs et allons à l’assiette ou du moins à notre bol. Puisque le doute existe encore chez certains d’entre nous, il a été demandé de mentionner « … OGM » sur les produits issus ou dérivés d’OGM. Les promoteurs ont toujours refusé et on sait pourquoi. De toutes les façons nous savons qu’un cancéreux dans une famille plombera l’économie de cette dernière, pourvue qu’elle ait des économies dans un pays dit « pauvre » comme le nôtre.
Au plan économique, le pays et le paysan n’ont rien à gagner en recourant aux cultures OGM. D’abord, pour le paysan la première limite demeure l’accès aux semences OGM. Non seulement elles sont chères (10 à 20 fois plus que les semences conventionnelles et près de 25 - 30 fois plus que les semences paysannes), mais en plus elles ne sont pas reproductibles : c’est à dire si le paysan ressème les grains récoltés de sont champ, elles ne vont pas pousser normalement. Au cas où elles pourraient bien pousser, le paysan doit payer des royalties (« taxe ») à Monsanto. Et, si par hasard, dans le champ du paysan, même si ce dernier ne connaît pas l’existence des OGM, on détecte des traces d’OGM, il devra payer ou sera assigné en justice pour « fraude ». En effet, les OGM font l’objet d’un brevetage et d’autres mesure de protection par des droits de propriété intellectuelle qui en privatisent l’usage. Ensuite, pourquoi le pays ne gagne rien à adopter les cultures OGM. Il s’agit d’une biotechnologie pour laquelle nous ne sommes pas les meilleurs élèves aussi bien pour l’expertise que pour les technologies. Tout sera importé : à chaque fois qu’une nouvelle résistance parasitaire apparaît dans les champs, nous feront recours à l’expertise de l’inventeur et à ses produits de plus en plus toxiques pour l’homme et pour l’environnement. Vu les Droits de propriétés intellectuels sur les OGM, à la fin de chaque campagne agricole, nous serons obligés de payer à Monsanto nos quelques CFA pompés des paysans, des consommateurs et des citoyens en général. Enfin, il faudra mettre en place toute une politique de prise en charges des victimes de cancer et autres maladies liées aux cultures d’OGM.

Aujourd’hui le sorgho et le niébé sont les cibles favorites pour développer les OGM en Afrique de l’Ouest. Le niébé serait un bon rempart alimentaire pour les sahéliens dans le contexte de changement climatique. Il est adapté partout, accessible à tous et a de grandes qualités nutritionnelles. Pour les promoteurs des OGM c’est là un marché qu’il faut saisir. Un raisonnement financier, ni social encore moins de souveraineté alimentaire.

Les cultures d’OGM, contrairement à ce qu’elles prétendent sont également très tributaires des intrants chimiques (pesticides, herbicides, insecticides). Malgré leur utilisation répandue, ces intrants chimiques n'ont pas permis de réduire les pertes de récolte au cours des 40 dernières années selon l’Organisation des Nations Unies (ONU). C’est alors juste un marché pour les promoteurs.
Ne se reste que pour notre climat très instable, cultiver les OGM qui ont la caractéristique d’être hyper stable, serait suicidaire pour des pays comme le Sénégal.
D’ailleurs, les experts de l’ONU appellent à un traité mondial visant à éliminer progressivement l'utilisation de pesticides dangereux dans l'agriculture. Leur dernier rapport (Mars 2017) sur les questions alimentaires souligne les répercussions catastrophiques des pesticides sur l'environnement, la santé humaine et la société dans son ensemble. Les pesticides tuent 200 000 personnes chaque année, 99% dans les pays à faible revenu, principalement des travailleurs agricoles, des enfants et des peuples autochtones. Ils contaminent le sol et les sources.
Le recours à des pratiques écologiques serait plus durable tel que souligné par Jacques Diouf avant qu’il ne quitte la FAO et aujourd’hui divers instituts de renommée internationale.

 

Famara Diédhiou, famara@fahamu.org

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