HALTE AU FEU ! (PAR IBRAHIMA THIAM)

21 - Juin - 2022

La semaine dernière la rue de Dakar a été une nouvelle fois endeuillée à la suite d’affrontements entre jeunes et policiers. En cause les tensions préélectorales. Bilan : 3 morts ! Une véritable tragédie.
Cette soudaine éruption volcanique fait suite à l’arrestation de trois figures de l’opposition Mame Diarra Fam, Déthié Fall et Ameth Aïdara. Depuis plusieurs mois le pays le plus stable d’Afrique de l’Ouest est ainsi en proie aux convulsions populaires et aux violences publiques.
Est-ce que dans une République apaisée le règlement de tel ou tel conflit doit passer nécessairement par des jets de pierre, des pneus incendiés auxquels répondent des jets de gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes et des charges policières ? En Casamance on a même évoqué des tirs à balles réelles. Le désordre, le chaos ne font qu’affaiblir les démocraties et débouchent généralement sur des régimes autoritaires. L’exemple de certains pays voisins devrait nous faire réfléchir.
De son côté, Macky Sall céderait-il à la fébrilité en cherchant sournoisement à diviser pour mieux régner ?
Le pouvoir en place doit au plus tôt retrouver sa sérénité et cesser de chercher à piéger continuellement l’opposition par le recours à des artifices constitutionnels. De son côté l’opposition doit battre sa coulpe si elle veut paraître crédible et présenter une alternative lors des prochaines élections. Il n’est pas acceptable lorsqu’on prétend occuper les plus hautes fonctions de jouer avec nos institutions, ou d’être au cœur de certains scandales, de mœurs ou financiers.
Je cite pour mémoire : Khalifa Sall inéligible en raison de détournement de fonds, Barthélémy Dias suspendu par l’issue de son procès en appel pour meurtre, Karim Wade exilé pour sa condamnation d’enrichissement illicite, Ousmane Sonko sur lequel pèse une épée de Damoclès dans l’attente de son procès pour viol et violences à l’encontre de Adji Sarr.
Quant à Macky Sall, est-ce la perspective d’une manne gazière et pétrolière qui lui fait tourner la tête au point de vouloir s’incruster au pouvoir, avec un troisième mandat présidentiel, quitte pour cela à braver la constitution actuelle ?
Face à une situation qui se délite chaque jour davantage, avec le risque d’émeutes, qui je le rappelle ont déjà fait une douzaine de morts dans le pays en 2021, il est urgent qu’un dialogue s’instaure entre le pouvoir et l’opposition incarnée notamment par cette troisième voie que j’appelle de mes vœux et que je m’efforce de représenter dans la dignité et le respect de chacun. Cela suppose que nous soyons porteurs de propositions constructives et non d’obstructions systématiques, que nous nous parlions et pas que nous nous invectivions, que nous appelions à la concorde et non à la discorde. Avant qu’il ne soit trop tard.
Le Sénégal, envié par beaucoup de pays sur le continent pour ses valeurs démocratiques et sa stabilité politique est aujourd’hui victime d’un climat de tension susceptible à tout moment de dégénérer et d’embraser le pays.
C’est pourquoi j’en appelle à la vigilance car la moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres.
C’est pourquoi je dis aussi, malheur aux incendiaires.
Ibrahima Thiam, Président du mouvement Un Autre Avenir

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