Human Right Watch dénonce l’usage de gaz poivré contre les migrants de Calais
L’ONG a publié ce mercredi un rapport de 50 pages. Elle dénonce les violences physiques des forces de l’ordre, des accusations démenties par la Préfecture.
« « C'est comme vivre en enfer » : Abus policiers à Calais contre les migrants, enfants et adultes ». Ce titre au nom évocateur est l'intitulé d'un rapport de cinquante pages publié ce mercredi par l'ONG Human Right Watch. L'organisme s'est basé sur une soixantaine d'entretiens avec des migrants de Calais, réalisés entre juin et juillet 2017, complétée par les témoignages d'une vingtaine de « travailleurs sociaux ». Parmi les migrants, 31 d'entre eux se sont présentés comme étant des mineurs.
Human Right Watch, qui dénonce partout dans le monde les atteintes au droits humains, affirme que les migrants toujours présents à Calais sont victimes de violences policières, particulièrement de la part des CRS. L'enquête comporte de nombreux témoignages que l'ONG estiment concordants : outres des violences physiques, les migrants, adultes comme enfants, sont aspergés de gaz poivré, parfois durant leur sommeil. Ce gaz est aussi régulièrement déversé dans la nourriture et l'eau que leur amènent les associations. Leurs affaires sont confisquées de manière répétées par les forces de l'ordre. « Quand les policiers me trouvent, ils m'aspergent de gaz. Ils prennent ma couverture. Parfois ils prennent mes chaussures. Parfois ils prennent mes vêtements. [...] J'essaie de ne jamais dormir au même endroit », témoigne dans le rapport Negasu M, un garçon qui affirme avoir 14 ans.
Le travail sabordé des associations
Les associations se plaignent tout au long du rapport de l'attitude des forces de l'ordre à l'égard de leur action. Un travailleur humanitaire, qui a souhaité rester anonyme, décrit ce phénomène : « Parfois je faisais passer des boîtes, et les CRS arrivaient en disant que ce n'était pas permis . Parfois nous faisions le tour pour continuer à distribuer la nourriture. Alors ils nous ont fait tomber la nourriture des mains. Parfois, des CRS prenaient directement de la nourriture de la table que nous avions installée pour distribuer ». D'autres décrivent des relations tendues proches de l'empoignades ou des confiscations de leurs téléphones portables lorsqu'ils filment des policiers en action.
Interrogé par l'AFP, le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry a « réfuté catégoriquement les allégations mensongères et calomnieuses » contenues dans le rapport de HRW, qui « ne reposent sur aucun fondement vérifié ».
La « jungle de Calais » avait été évacuée en octobre 2016 . Neuf mois plus tard, environ 400 personnes vivent toujours dehors. Human Right Watch estime que les enfants non accompagnés pourraient représenter près de la moitié d'entre eux.
LESECHOS