L'accord avec le FMI : le pragmatisme après les postures

04 - Septembre - 2026

L'accord trouvé entre le Sénégal et le FMI mérite d'abord d'être reconnu comme tel. Non pas comme un exploit ou une victoire politique, mais comme une issue qui permet au pays de sortir progressivement d'une zone d'incertitude financière dangereuse pour tous. Après des mois de tensions et de blocages, le pays retrouve en effet une perspective de financement et, surtout, une chance de restaurer la confiance des partenaires. C'est une bonne nouvelle pour l'économie, pour les entreprises et, au-delà, pour les Sénégalais, toujours les premiers à subir le prix des crises financières.

 Cet accord soulève cependant une question qu'on ne peut éluder. Hier, sous Ousmane Sonko, la relation avec le FMI s'était considérablement compliquée. La question des engagements non intégrés au budget de l'État est devenue le cœur du discours du nouveau pouvoir, systématiquement rebaptisée dette « cachée » ou « dissimulée » — présentée, répétée, brandie comme la preuve de la faillite et de la mauvaise gestion du régime précédent. Or ces deux notions n'ont rien à voir. La première relève d'un constat comptable : des engagements restés hors des agrégats officiels. La seconde suppose une volonté de tromper, qu'il fallait démontrer plutôt qu'affirmer. En confondant l'une et l'autre, le nouveau pouvoir a ainsi transformé un problème de gouvernance technique en accusation de fraude d'État.

 Que cette réalité budgétaire ait dû être établie, personne ne le conteste. Restait toutefois à en mesurer les conséquences. Car accuser sans parvenir, dans le même temps, à rassurer les créanciers du pays revenait à entretenir un climat d'incertitude dont le Sénégal a fini par payer le prix. Le calcul politique avait donc pris le pas sur la rigueur du diagnostic et sur la recherche d'une solution.

 C'est précisément là que la position d'Al Aminou Lo mérite d'être interrogée. Aujourd'hui, il incarne le réalisme : il a choisi de négocier et de trouver un financement avec le FMI, une démarche responsable qu'on peut reconnaître sans réserve. Mais hier, il n'observait pas cette politique de l'extérieur. Il en était au contraire l'un des relais, soutenant la ligne du pouvoir et reprenant, haut et fort, le récit de la dette « cachée », sans jamais s'opposer ni à cette confusion des termes ni à une stratégie qui a pourtant contribué à retarder les discussions avec le Fonds. Toute la contradiction tient donc en une question : comment découvrir soudainement les vertus du compromis une fois aux responsabilités, après avoir défendu une ligne qui le rendait justement plus difficile ?

 Le contraste entre les deux périodes n'en est que plus saisissant. D'un côté, la dénonciation, la confrontation, la politique du soupçon. De l'autre, la négociation, le réalisme, la recherche d'une issue. On peut donc reconnaître le pragmatisme d'aujourd'hui sans pour autant effacer les responsabilités d'hier. Que ces engagements aient nécessité d'être révélés et clarifiés, c'est une chose ; qu'ils soient devenus, sous l'étiquette de dette « cachée », une arme politique permanente en est une autre. Gouverner ne consiste pas seulement à dénoncer les erreurs des autres, c'est surtout empêcher que les fautes du passé ne deviennent les difficultés du présent.

Cet accord marque ainsi, peut-être, la fin d'une illusion : celle selon laquelle la radicalité peut tenir lieu de politique économique. La réalité, elle, finit toujours par s'imposer. Et il aura fallu, en définitive, changer d'homme à la tête du gouvernement pour que la recherche d'une solution prenne enfin le pas sur les postures.

 Ibrahima Thiam, Président du parti ACT

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