La Casamance envahie par des milliers de réfugiés gambiens

21 - Janvier - 2017

Les flux de populations fuyant la Gambie continuent à envahir la Casamance, la région sud du Sénégal. Des milliers de personnes et particulièrement des femmes et des enfants débarquent tous les jours, depuis une semaine, dans la région pour chercher refuge. Et naturellement, ce sont les villages frontaliers qui accueillent le plus grand nombre de ces réfugiés. Selon des informations concordantes, au moins 19 villages casamançais se trouvant le long de la frontière sont devenus des lieux d’accueil pour les personnes qui fuient. Les villes comme Ziguinchor, la principale ville de la région ou Bignona reçoivent quotidiennement près d’un millier de réfugiés depuis 72 heures, note Mamadou Diatta, un responsable du groupement des transporteurs de Ziguinchor qui signale que son organisation, en guise de solidarité, a pris une mesure pour baisser le prix du transport pour tous les réfugiés qui arrivent de la frontière gambienne. Malheureusement, ces malheureux ne bénéficient d’aucune assistance d’une structure humanitaire, ils logent chez des parents ou des amis dans des quartiers pauvres de ces deux villes dans des conditions très difficiles.
Mariatou Ndiaye est arrivée à Ziguinchor avec dix enfants, laissant derrière tous leurs biens. Elle loge au quartier Boucotte chez des parents avec tous ses enfants. Elle a indiqué qu’elle et ses enfants sont venus pour se mettre à l’abri.
‘’ Nous sommes venus pour préserver notre sécurité, je suis venue avec dix enfants, nous prions que Dieu ramène rapidement la paix dans notre pays pour que nous puissions rentrer car nous sommes venus avec les mains vides. Nous souffrons déjà car nos parents trouvés sur place ne peuvent pas tout nous donner’’, confie t-elle’’.
Gnima Faty est aussi venue avec onze enfants pour les mêmes raisons et elle s’est réfugiée chez des parents, elle et ses enfants dont 9 sont des élèves/ Ils passent la nuit à même le sol sur des nattes au salon sans couvertures adéquates.
‘’C’est à cause du refus du président Yaya Jammeh de quitter le pouvoir que nous avons fui, en fait il se pourrait que cela entraine une guerre en Gambie, ce qui est un risque pour nos vies. Mais nous sommes venus sans rien entre nos mains et nos parents qui nous ont accueillis sont des pauvres, donc notre situation est très compliquée ici’’, indique t-elle, soulignant qu’elle et trois des enfants sont malades à cause du voyage mais ils n’ont pas d’argent pour aller à l’hôpital.
‘’Moi et trois de mes enfants sommes malades depuis notre arrivée, mais nous n’avons pas d’argent pour aller à l’hôpital’’, se lamente t-elle.
Elle note qu’une intervention militaire contre Yaya Jammeh compromettra le développement de la Gambie qui est déjà très pauvre.
‘’La Gambie est un minuscule pays et est à même temps très pauvre, donc si on détruit le peu qui y existe ce sera vraiment dommage. Cela va compromettre le développement du pays. Nous prions Dieu pour que ce que nous craignons n’arrive pas’’,
Même son de cloche chez Yankouba Dramé, arrivé dimanche à Ziguinchor en provenance de Sérékunda, la deuxième ville gambienne qui confie qu’une guerre fera fuir les bailleurs de fonds sans lesquels aucun développement ne sera possible en Gambie.
‘’En cas de guerre en Gambie, il ne restera rien dans le pays, tout sera détruit. Et le pays est très pauvre, nous comptons sur l’aide internationale pour développer le pays et si l’on détruit le peu de choses qui existe, les bailleurs de fonds ne viendront plus nous aider et le pays marchera à reculons,’’, relève t-il.
Cette situation préoccupe les autorités locales qui se disent incapables de faire grand-chose cependant pour apporter de l’aide aux populations qui envahissent leurs localités tous les jours.
‘’Nous n’avons pas de chiffres pour dire exactement il y a combien de réfugiés qui sont arrivés en Casamance, mais ce qui est sûr c’est que toutes les communes de la frontière accueillent chaque jour des milliers de personnes en provenance de la Gambie et ils arrivent sans aucun moyen Toutes les communes sont envahies de réfugiés et nous n’avons aucun moyen pour les prendre en charge. Et ces populations sont des parents parce que les Gambiens et les Casamançais constituent les mêmes ethnies’’, a déclaré Moustapha Lô Diatta, le maire de la commune rurale de Djignaky, située dans la zone frontalière entre le Sénégal et la Gambie.
‘’Le gouverneur de la région nous a conviés à une rencontre pour voir comment élaborer un plan d’action face à ce vaste mouvement de populations/ Nous avons préconisé de mettre en place des abris provisoires qui vont accueillir les élèves gambiens et les cours seront assurés par leurs maitres qui ont fui aussi pour se réfugier ici’’, assure lsmaila Diouf, l’inspecteur d’académie de Ziguinchor.
Les organisations humanitaires parlent déjà d’au moins 26 000 réfugiés gambiens au Sénégal depuis le début de la crise.
A signaler que beaucoup de rumeurs faisant état de la présence de troupes sénégalaises le long de la frontière gambienne, prêtes à intervenir en cas de décision de lancer un assaut contre le président Yaya Jammeh dont le mandat a expiré le mercredi à mi-nuit/ Mais ces informations ont été démenties par le commandement de l’armée sénégalaise de la zone sud (Ziguinchor) . Selon le sergent Amadou Faye, chargé des relations publiques, il n’y a aucune présence de militaires sénégalais à la frontière gambienne.
‘’ Il n’y a aucune présence de militaires sénégalais le long de la frontière gambienne, nous n’y avons envoyé aucun détachement. Les mouvements de soldats que vous remarquez actuellement dans la région sont des troupes qui sont venues relever les contingents se trouvant dans les cantonnements, créés à cause du conflit casamançais. Chaque six mois, de nouveaux contingents viennent remplacer ceux qui étaient sur le terrain pour permettre à ces derniers d’aller se reposer. Donc il n’y a rien de nouveau’’, a déclaré le sergent Amadou Faye.


Mamadou Alpha Diallo

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