La mixité sociale au collège est essentielle pour construire la société que nous défendons

30 - Novembre - 2016

Mes propositions pour remédier à la "ségrégation sociale qui atteint des sommets inacceptables à Paris", selon les propos de Thomas Piketty.

Le débat sur la mixité sociale au collège a ressurgi il y a quelques semaines à l'occasion d'une tribune de Thomas Piketty dans Le Monde mettant en évidence "une ségrégation sociale qui atteint des sommets inacceptables à Paris" et proposant pour y remédier, de nouvelles procédures d'affectation des élèves: en clair, faire rentrer les collèges privés et publics dans un même système d'affectation des élèves fondé, pour l'essentiel, sur un nouvel algorithme comparable à celui mis en œuvre dans le second degré. Cette tribune a suscité une réponse de la ministre de l'éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem assurant que "croire qu'il suffit de faire affecter autoritairement les élèves sans associer les habitants, c'est le statu quo assuré".

Dans cette polémique naissante, il importe d'y voir clair et de tenir un cap.

La question de la mixité sociale au collège est essentielle. C'est un enjeu majeur de cohésion sociale. Le collège doit être le reflet de la société que nous défendons.

La question de la mixité sociale au collège est essentielle. Ce n'est ni une lubie technocratique ni une parfaite illustration de la bien-pensance de gauche brandie comme un étendard mais jamais mise en œuvre. C'est un enjeu majeur de cohésion sociale. Le collège doit être le reflet de la société que nous défendons: diverse, ouverte et bienveillante.

Mais ne nous voilons pas la face: c'est aussi une question particulièrement sensible socialement et tous les élus locaux qui ont à définir les périmètres scolaires le savent mieux que quiconque. Dans un contexte d'angoisse pour l'avenir et de peur du déclassement, la mixité sociale est souvent perçue comme une menace par de nombreux parents. Ceux qui craignent une affectation dans un établissement défavorisé préfèrent le privé à condition d'en avoir les moyens. Et ceux qui "bénéficient" d'un collège où les enfants défavorisés sont peu nombreux assimilent souvent la mixité à l'arrivée de hordes de cancres turbulents qui viendraient troubler la quiétude de leurs établissements et compromettre la réussite de leur progéniture. Ils se trouvent ainsi confrontés à un choix quasi cornélien parfaitement décrit par Agnès Van Zanten: "Faut-il être d'abord un bon parent et préserver ses enfants ou un bon citoyen et faire le jeu de la mixité en envoyant son enfant dans le collège du secteur?"

A cette interrogation, comme la ministre, il me semble impossible de répondre par une procédure autoritaire venue d'en haut ou par un nouvel algorithme aussi bien paramétré soit-il. Plutôt que de jeter la pierre aux parents, il faut les convaincre. Rien ne se fera dans le domaine de la mixité à l'école sans que les composantes de la communauté scolaire, chefs d'établissement, enseignants, parents d'élèves...s'emparent du sujet, en débattent et élaborent ensemble avec les pouvoirs publics un projet concret.

Mais soyons clairs: pour susciter l'adhésion, pour convaincre, il faut être totalement transparent et partager un état des lieux. Or, à l'heure actuelle, cette transparence est impossible du fait de la non publication des données sur la composition sociale des établissements au motif que leur divulgation pourrait effrayer les parents. Mais c'est exactement l'inverse qui se produit: le secret sur ces données et l'opacité sur les critères d'affectation renforcent la défiance vis-à-vis du système. La conviction exprimée ici est donc que la transparence sur les données sociales des établissements scolaires est une condition sine qua non pour permettre le partage de l'état des lieux, le débat et l'élaboration collective d'un projet d'amélioration de la mixité. Tel est le sens de l'amendement à la loi "Egalité et Citoyenneté" que l'Assemblée Nationale a adopté sur ma proposition: désormais, chaque année, le recteur devra transmettre au CDEN (Comité Départemental de l'Education nationale) la composition sociologique des établissements relevant de son académie.

C'est une fois cette transparence établie que le travail de concertation pourra commencer au niveau local. Pour reprendre l'un des exemples parisiens cité par Thomas Piketty, celui du 13ème arrondissement dont je suis une élue, je crois profondément qu'un "Observatoire de la mixité sociale dans les établissements scolaires du 13ème" réunissant largement la communauté éducative, les élus et les autorités académiques serait à même de réfléchir à de nouveaux critères de mixité acceptés par tous et de bâtir un projet permettant de réduire la ségrégation qui y est constatée, le pourcentage d'élèves défavorisés variant dans une proportion de un à quatre selon les établissements.

A l'heure où le "vivre ensemble" est présenté comme une valeur cardinale de la démocratie, il serait paradoxal de laisser perdurer un système qui mine notre société. Au-delà de l'apprentissage des connaissances fondamentales, la cohésion sociale se construit aussi au collège. Seule une méthode fondée sur la transparence, la confiance réciproque, la participation citoyenne au plus près des réalités locales peut permettre d'améliorer une situation aujourd'hui préoccupante.

Anne-Christine Lang

Députée, conseillère de Paris du 13ème arrondissement

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