La théorie du « Big Bang », une cosmogonie pré-homérique (par l'inspecteur Malick Sonko)
La majeure partie des ouvrages de l’antiquité ne nous sont pas parvenus, emportés par les guerres, les razzias, les avaries, les incendies et autres intempéries. Les chercheurs sont obligés aujourd’hui de passer par les intermédiaires que sont les copistes et scholiastes byzantins du XVIIème siècle qui avaient compilé la plupart de ces ouvrages aujourd’hui disparus. Ces derniers, à cette époque, en avaient retrouvé un très grand nombre qu’ils avaient classés et compilés, avant que le fameux incendie de la bibliothèque de Constantinople ne vienne les consumer. Ces compilations nous sont en général parvenues sauf qu’elles sont demeurées pour la plupart non traduites dans nos différentes langues modernes, puisque le grec était alors la langue officielle de l’empire.
L’art de la compilation était à la mode à Byzance, à l’époque des Comnènes. Jean Tzetzès, par exemple, un philologue passionné, s’était spécialisé sur les questions homériques et avait lu toute la production antique sur la question. A la demande de l’Impératrice Irène, il a rédigé « Les allégories sur l’Iliade et l’Odyssée » dont la préface, longue de 1 214 vers politiques, est intitulée : Prolégomènes aux allégories d’Homère ».
J’ai eu l’honneur et le plaisir de traduire, pour la première fois dans une langue moderne, ces prolégomènes, sous la direction du Professeur Feu Oumar SANGHARE.
L’Iliade d’Homère ne relate en réalité que les événements qui se sont déroulés au cours de la dixième année de la Guerre de Troie. Dans les « Prolégomènes aux allégories d’Homère », Tzetzès reconstitue, après avoir lu tous les ouvrages qui traitent de la question et qui ont été ravagés par l’incendie de la Bibliothèque de Constantinople, un certain nombre de faits et d’événements antérieurs au récit homérique et dont la connaissance est indispensable pour mieux comprendre l’Iliade et l’Odyssée.
Le « Big Bang »
Lu sur le Net. « Le big bang est un concept théorique exprimant l'instant de création de notre univers, et son processus de formation il y a 15 milliards d'année. Le big-bang ou Grand Bang est une phase de transition où les particules formant l'univers, concentrées à l'extrême et possédant une densité phénoménale vont se dilater et entrer dans une phase d'expansion. Ces masses de gaz, de matière et de poussière, provenant en grande partie de destruction d'étoiles ou de systèmes vont se disperser, pour former peu à peu des amas épars, qui en gravitant et en s'additionnant formeront environ 10 milliard d'années plus tard les planètes de notre système solaire. » Selon l’encyclopédie numérique Wikipédia, défini comme le commencement l’Univers, « le terme « Big Bang » est associé à toutes les théories qui décrivent notre Univers comme issu d'une dilatation rapide. Par extension, il est également associé à cette époque dense et chaude qu’a connue l’Univers il y a 13,8 milliards d’années, sans que cela préjuge de l’existence d’un « instant initial » ou d’un commencement à son histoire. »
La cosmogonie allégorique d’Alexandre-Pâris
Du Vers 133 à 164 des Prolégomènes aux allégories d’Homère, voilà ce que Jean Tzetzès écrit à propos des origines mythologiques de la guerre de Troie, une allégorie que justifie une cosmogonie d’inspiration divine, puisque, comme l’explique Tzetzès, c’est Zeus qui a inspiré Alexandre-Pâris, à travers une injonction verbale que lui a transmise Hermès.
Voici la traduction :
«Ceux qui écrivent de manière très approximative et prosaïque disent que c’était pendant les noces de Pélée et de Thétis et que les Dieux étaient présents aux festivités et, en leur compagnie, des Déesses, principalement celles que voici : Héra, Athéna et Aphrodite. Ils ajoutent que la Discorde qui était belliqueuse et particulièrement querelleuse fut éloignée de ces noces, n’ayant pas été invitée. Celle-ci, bouillonnant dans son cœur et en proie au chagrin, apprêta une pomme et y inscrivit ces mots. « A toi, belle parmi les déesses, à toi, beauté, cette pomme. Que cette pomme soit un cadeau pour toi, beauté parmi les déesses. » C’est ainsi que, paraît-il, la Discorde a apprêté cette pomme qu’elle jeta au milieu de cette fête, se tenant loin de la maison. Aussitôt, Héra, Athéna et Aphrodite abandonnèrent la table de noces et la boisson, une querelle les excitant sans doute au sujet de la pomme, chacune d’elle prétendant l’emporter sur les autres pour la beauté. A la fin, Zeus ordonna à Hermès de les conduire devant Alexandre (Pâris) sur le mont Ida. Alexandre devait désigner la plus belle d’entre elles, qui recevrait la pomme comme Prix de la Beauté. Aussi vite que possible, ils se rendirent sur l’Ida. C’est d’abord Héra qui confie secrètement ceci à Alexandre. « Si tu me choisis comme la meilleure et me donnes la pomme, je ferai en sorte que tu sois le maître de l’Occident et de l’Orient. » C’est ensuite Athéna qui lui promet que, devenu le Chef de l’Armée phrygienne, toute la Grèce lui serait soumise. C’est enfin Aphrodite qui, s’adressant à Alexandre, lui dit : « Si tu me choisis comme la plus belle de toutes, je te donnerais Hélène.
Elle remporte la victoire et la pomme comme récompense. Phéreclos lui ayant apprêté des navires, Alexandre partit pour la Grèce et enleva Hélène. De là, cette grande guerre ; la ville de Troie fut détruite et tous furent du parti de l’épée en pure perte.»
D’après les explications que Jean Tzetzès donne à l’Impératrice Irène, vers 312 à 317, « le jugement des Déesses est un mythe ordonné par Zeus et transmis par Hermès à Alexandre-Pâris qui se trouvait à Parion. Zeus commanda tout à fait la conscience d’Alexandre, au moyen d’une injonction verbale et le jugement fut. »
Ce mythe aurait été expliqué à travers un livre et un poème par Alexandre-Pâris. Il y explique comment, vers 322 à 327, Après l’articulation de la terre et de la mer, par suite d’une température bien équilibrée des autres éléments, un désordre et une confusion eurent lieu, tantôt après qu’une pluie violente et une obscurité se furent installées, tantôt après qu’une foudre violente et une effusion eurent lieu. »
« Alexandre ( vers 254 à 309) écrivit un livre intitulé : L’origine du monde à travers l’étude des grecs. Comment au début était l’Erèbe et le Chaos puis comment l’obscurité et la confusion couvraient tout. Les plus épaisses ténèbres de l’Erèbe ayant été dispersées, la terre et la mer apparurent en ordre réglés. C’est ce qu’il appelle les noces de Pelée et de Thétis. En effet, la terre apparut tout d’abord comme molle et fangeuse, ainsi que le dit Anaxagore dans ses traités de physique. Il raconte que le mariage eut lieu, en bon ordre, dans le Pélion dont le genre humain constitue la boue. On compare les articulations de la terre et de la mer à ces noces de Pelée et Thétis.
Tous les Dieux étaient présents, à l’exception de la Discorde, particulièrement querelleuse. La terre ayant été emboitée, en même temps, avec la mer, tous les autres éléments de l’Univers s’accordèrent entre eux d’une belle manière : Athéna, l’atmosphère terrestre et marine ; Héra, la plus petite particule de l’éther, l’essence du feu. C ‘est précisément l’existence de ce feu, sa substance, qui est être fille d’Héphaïstos, l’Industrieux.
Ainsi, tous les astres, parés comme dans un repas de noce, existèrent en même temps, dans l’harmonie et la joie, pendant la création de l’Univers. Aphrodite était présente à ces noces, à la table d’honneur, elle, la température équilibrée, exempte de toute conjonction des éléments.
Seule la Discorde était absente, elle, la confusion et la zizanie.
Une joie et une harmonie immenses remplirent le monde terrestre et matériel. Le fils aîné de l’obscurité, le Chaos, ayant été dissipé, celui que les sages Dieux appellent Chronos a envahi les abîmes. L’air clair apparut, les ténèbres disparurent.
Il faut que tu saches maintenant ce qu’était la pomme de la Discorde.
Après la création de l’univers et cette heureuse harmonie qu’il y avait aux noces de Pelée et de Thétis, comme l’écrivit Alexandre dans son livre, un désordre et une confusion s’emparèrent des éléments, comme l’explique le physicien Empédocle.
Tantôt, c’est l’air humide qui l’emporta, tantôt l’air violent, tantôt l’air poussiéreux, tantôt l’air équilibré, toute chose que nous avons appelé Athéna.
Parfois, c’est le feu qui l’emporta sur tous les éléments, menaçant de les consumer. C’est ce que nous appelons Héra, la mère d’Héphaïstos. Tantôt encore, un air tempéré brilla quelque peu. Dans une telle agitation et confusion des éléments, ce monde ci, la Pomme dorée, la beauté, avait survécu après que cet élément (ci-après) eut remporté la victoire.
En effet, si l’air poussiéreux l’avait emporté en fin de compte, une ombre aurait recouvert de nouveau ce monde éclatant. Si les particules de feu l’avaient emporté, un feu incandescent aurait recouvert le monde tout entier. Mais, puisque c’est Aphrodite, l’Union, qui l’a emporté, elle reçut le prix de la victoire. Et, maintenant encore, elle domine le monde, Pomme dorée, beauté harmonieusement unie, sous la conduite d’un Dieu.»
ANALYSE
Homère aurait vécu au VIIème siècle avant Jésus Christ. Les faits qu’il décrit dans l’Iliade et l’Odyssée se situeraient aux environs du XIIème siècle avant Jésus christ. La cosmogonie, elle, reste intemporelle, puisqu’inspirée par Zeus.
L’ouvrage de Tzetzès est capital dans les recherches homériques. Concernant, par exemple, les origines de la guerre de Troie, la seule thèse qui a toujours été avancée est la thèse mythologique, avec les trois déesses qui se disputent la pomme. Dans certains passages sur lesquels nous reviendrons prochainement, Tzetzès nous invite à une approche politique et historique des causes de la guerre, tout en s’interrogeant sur les silences et non -dits d’Homère qui commence le récit de l’Iliade par la colère d’Achille « Chante, Déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée », sans l’expliquer et qui omet volontairement de mentionner le nom de Palamède dont le meurtre a été le véritable élément déclencheur.
Tzetzès est un poète éristique qui se sert souvent de la dérision et de l’ironie pour réfuter des thèses adverses. Il y a, par exemple, des historiens pour soutenir qu’Alexandre-Pâris aurait été l’arbitre des trois déesses qui rivalisaient de beauté. C’était, prétendent-ils, pendant les noces de Pélée et de Thétis, la mère d’Achille. Ridicule dit Tzetzès, si l’on sait que Néôptolème, le fils d’Achille avait le même âge que Pâris.
La théorie du grand « boum » initial appelée « Big Bang » a connu ces dernières années un regain d’intérêt, notamment avec la nouvelle approche des « trous noirs ». Il nous a paru important de rappeler que si modernes que soient ces théories, leurs origines remontent à la plus haute antiquité.
Inspecteur Malick SONKO, herméneute de textes anciens
E-mail: mksonko@gmail.com/Port: +221774696110