Le Maroc durcit le ton à l’encontre des migrants

03 - Janvier - 2017

Le millier de migrants qui ont tenté d’entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta dans la nuit de la Saint Sylvestre 2016 seront déférés devant la justice en vue de leur expulsion.

Dans le même temps, le Maroc a ouvert en décembre une deuxième vague de régularisation de Subsahariens.

Dimanche 1er janvier 2017, 4 heures du matin. Un millier de migrants équipés de barre de fer et de cisailles se ruent sur les imposants grillages qui cernent l’enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc. Ils escomptent rééditer l’exploit de l’an passé, lorsque 185 d’entre eux (sur 300) avaient mis un pied sur le sol européen profitant de l’inattention des forces de l’ordre lors du réveillon de Noël.
Or cette année, pour les fêtes, le Maroc et l’Espagne ont conjointement multiplié les patrouilles et renforcé la sécurité à leurs frontières.

Bilan de l’assaut : cinquante blessés – dont dix graves parmi les forces de sécurité et deux parmi les migrants – et zéro franchissement de frontière. Alors que selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, près de 7 000 personnes ont gagné l’Espagne par la mer et 48 y ont perdu la vie pendant les dix premiers mois de 2016, tandis que plus de 5 000 sont entrées par Ceuta ou l’autre enclave de Melilla jusqu’à fin novembre.

Cette fois-ci, le millier de Subsahariens ont tous été arrêtés. Et les autorités marocaines ont fait savoir que le temps de la mansuétude était révolu. « Dorénavant les auteurs de telles tentatives [d’immigration illégale] seront présentés devant les juridictions compétentes qui statueront selon le cas de l’expulsion en dehors du territoire du Royaume à des peines plus lourdes selon la gravité de leurs actes », a déclaré dimanche le ministère de l’intérieur dans un communiqué.
Une sévérité qui inquiète

« D’ordinaire les migrants interceptés aux frontières de Ceuta ou Mellila sont embarqués, puis déplacés vers l’intérieur du pays », rapporte Khadija Ainani de l’association marocaine des droits humains.

« Cette mesure de comparution nous inquiète, poursuit-elle, car la justice marocaine n’est ni indépendante, ni transparente. On réclame au moins des jugements équitables avec la présence d’avocats et de traducteurs. Mais à lire la presse officielle, les migrants sont déjà condamnés à des peines lourdes. »

Et de rappeler le jugement expéditif de septembre 2014 qui s’était soldé par l’expulsion d’une trentaine de migrants coupables d’avoir participé à une manifestation non autorisée alors qu’ils réagissaient à l’assassinat de Charles Ndour, un Sénégalais en règle, poignardé le 29 août 2014 lors d’émeutes racistes.
La politique marocaine de séduction

Le gouvernement marocain justifie son tour de vis par le fait que le roi Mohammed VI promeut par ailleurs une politique de régularisation de migrants. 25 000 personnes en avaient profité en 2014.

« Mais malheureusement elles n’ont pas vu leur situation s’améliorer, qu’il s’agisse de trouver un logement ou un emploi, d’accéder aux soins, etc., poursuit Khadija Ainani. D’ailleurs régulièrement certains d’entre eux essaient eux aussi de franchir les frontières de Ceuta ou Melilla. »

Par-delà les arguments humanitaires, la deuxième vague de régularisation ouverte le 15 décembre dernier fait partie de la politique de séduction du Maroc à l’égard des pays africains, au moment où le pays demande à réintégrer l’Union africaine.

LACROIX

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