LES JAKARTAMAN SONNENT L’ALERTE (PAR IBRAHIMA THIAM)

12 - Janvier - 2025

Les Jakartaman, ces héros du bitume et des ruelles cabossées, ont pris la route de la contestation, klaxons en main, pour rappeler au gouvernement qu’ils ne sont pas juste une statistique de l’économie informelle. À Kaolack et Ziguinchor, les pneus brûlés et les manifestations bruyantes ont envoyé un message clair : quand les moteurs grondent, il est temps d’écouter.

Le gouvernement, qui voulait “sécuriser” ces travailleurs avec des immatriculations et des assurances, semblait croire qu’il suffisait de peindre une belle promesse de sécurité routière pour calmer les esprits. Mais voilà, on ne repeint pas une moto bringuebalante avec du vernis fiscal. Pour ces conducteurs, majoritairement jeunes, ces mesures ressemblent à une crevaison en pleine montée : un obstacle de plus sur un chemin déjà difficile.

Il faut reconnaître qu’imposer des frais supplémentaires à ceux qui gagnent à peine de quoi payer leur carburant, tout en affirmant que “c’est pour leur bien”, demande un certain culot. Mais peut-être que le gouvernement pensait vraiment bien faire. Après tout, quoi de plus noble que de protéger les motos tout en passant discrètement à la station-service pour remplir les caisses de l’État ? Un peu de sécurité pour eux, un peu de recettes pour nous : une belle idée d’équilibre, non ?

Les Jakartaman, eux, voient les choses autrement. Ils rappellent qu’ils constituent une part importante de l’électorat qui a permis à ce gouvernement d’arriver au pouvoir. Et aujourd’hui, ils se sentent trahis. Ces jeunes avaient voté pour un champion des masses populaires, et non pour un champion des nouvelles réglementations. Alors forcément, quand la promesse de changement se transforme en charge supplémentaire, ils réagissent à leur manière.

À Ziguinchor, les routes ont été bloquées. À Kaolack, les manifestations ont pris des airs de mauvais film d’action. Et si rien ne change, Dakar et d’autres villes risquent de se joindre à cette “tournée nationale de la colère”. Peut-être faudrait-il rappeler au gouvernement que les Jakartaman ne transportent pas seulement des passagers, mais aussi des espoirs. Et que ces espoirs, aujourd’hui, ressemblent davantage à un pneu crevé qu’à un moteur bien huilé.

Alors, que faire ? Peut-être qu’il est temps de freiner un peu et de revoir les choses. Un moratoire sur ces mesures, des incitations financières, ou même un dialogue ouvert avec ces conducteurs pourraient apaiser la situation. Offrir des solutions réalistes plutôt que des contraintes pourrait transformer cette colère en un partenariat constructif. Parce qu’à ce stade, même un geste symbolique – un casque gratuit, pourquoi pas ? – pourrait faire plus pour calmer les tensions que toutes les justifications du monde.

En attendant, les Jakartaman continuent de rouler, mais avec une colère de plus en plus palpable. Si le gouvernement espère que tout cela va s’arranger tout seul, il ferait bien de revoir son GPS politique. Parce que, comme disent les conducteurs eux-mêmes : “Une moto en panne peut s’arrêter, mais une colère bien alimentée ne s’éteint jamais.” À méditer.

Ibrahima Thiam, Président du mouvement Un Autre Avenir

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

03 - Mars - 2025

Guinée-Bissau : Umaro Sissoco Embaló expulse la mission CEDEAO-UNOWAS venue pour de bons offices

Une mission politique de haut niveau déployée en Guinée-Bissau par la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et le Bureau des...

03 - Mars - 2025

Assemblée nationale: réunion de l'Inter-commission sur la ratification de la Convention avec le Maroc prévue ce lundi, Macky Sall et sa famille en danger

Les membres de l'Inter-commission de l'Assemblée nationale du Sénégal se réuniront ce lundi 3 mars 2025 à 11h00 dans la Salle Marie Joséphine Diallo, pour...

02 - Mars - 2025

Sénégal : Rejet de la proposition de loi du député Thierno Alassane Sall – Une manœuvre politique troublante ?

Dans un contexte politique marqué par des tensions croissantes, la récente décision de l'Assemblée nationale sénégalaise de rejeter la proposition de loi...

28 - Février - 2025

Rencontre tripartite : Ousmane Sonko souligne la nécessité d’une gestion transparente et responsable de l’État

La prise de parole du Premier ministre Ousmane Sonko a été très attendue lors de la rencontre tripartite qui s’est tenue ce jeudi au Grand Théâtre de Dakar. Devant un large public...

28 - Février - 2025

ALIOUNE NDAO : UN EX-PROCUREUR ENTRE CASH ET SORCELLERIE (PAR IBRAHIMA THIAM)

Le Sénégal est-il devenu un immense marché où la justice se brade comme une vulgaire marchandise ? plusieurs pourraient le penser après avoir...