LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE DU SENEGAL, SON EXCELLENCE M. MACKY SALL (Me Aminata SONKO)

30 - Novembre - 2016

LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE DU SENEGAL, SON EXCELLENCE M. MACKY SALL

 Lyon, le 29 novembre 2016


Monsieur le Président de la République du Sénégal, Son Excellence,

J’ai attendu longuement une déclaration officielle de votre part, sur le sujet brûlant de l’affaire MBAYANG DIOP mais, en vain. Je pense que vous êtes encore trop frileux pour intervenir personnellement dans ce dossier compte tenu des intérêts économiques du Sénégal.

Toutefois, il est de mon devoir de vous écrire.

Afin que cette lettre vous soit remise en mains propres et qu’elle ne passe pas inaperçue comme beaucoup d’autres que j’ai pu écrire ; j’ai préféré vous adresser une lettre ouverte.

Je comprends aujourd’hui votre malaise néanmoins, il n’est pas dans notre intérêt et, il n’a jamais été dans notre intérêt de nous taire, face à l’injustice.

Monsieur le Président, Vous êtes le porte-parole de tous les Sénégalais et votre voix doit se faire entendre à travers le Sénégal et à travers le monde;notamment,lorsque nous devons faire avancer des sujets aussi sensibles que la peine de mort.

Quelle crédibilité pouvons-nous avoir aujourd’hui, dans nos combats en faveur des droits humains, si la peine de mort est restaurée au Sénégal ? Quelle est votre position quant au dossier de MBAYANG DIOP ?

Monsieur le Président,

Votre silence est insoutenable.

L’abolition de la peine de mort constituait une avancée historique pour le Sénégal qui reste une vitrine sur le continent africain.

Vous savez aussi bien que moi, que la justice est faillible et que la peine de mort n’a jamais été dissuasive.

En effet, aux Etats-Unis par exemple, plusieurs personnes condamnées à mort ont par la suite, été innocentées ; d’autres, ont été exécutées par erreur.

Et cette erreur est irrévocable.

Pouvez-vous affirmer par ailleurs, que ces peines capitales ne seront pas uniquement prononcées à l’encontre des personnes les plus pauvres et vulnérables de notre société ?

Un homme riche et influent passera –t-il par le couloir de la mort ?

Vous connaissez la réponse autant que moi.

Que préconisez-vous pour notre Sénégal, l’injection létale ou la décapitation ?

La peine de mort n’est en rien dissuasive.

D’ailleurs, les pays ayant réintroduit la peine de mort n’ont pas assisté à une diminution de la violence ou de la criminalité.

J’ose croire, que vous avez-vous pensé à la problématique des enfants.

Peut-on appliquer le même châtiment aux mineurs en considérant ainsi, que ces derniers sont damnés à vie et impossibles à réhabiliter ?

Le Sénégal doit conserver la place qu’il occupe actuellement en Afrique et la peine de mort n’est absolument pas nécessaire à notre société.

Monsieur le Président,

La jeunesse ne croit plus ni en l’Afrique, ni en notre Sénégal, préférant émigrer afin de chercher leur terre promise. Les jeunes ont besoin d’espérance mais surtout, d’emploi, d’éducation, de formation, d’une politique prônant la mise en place d’un revenu minimum suffisant, et d’un système de santé efficace et accessible à tous...

Le Président que vous incarnez, doit avoir la capacité de nous protéger aussi bien au Sénégal qu’à l’étranger.

Monsieur le Président,

N’abandonnez pas votre jeunesse, votre diaspora, et votre peuple dans son entier.

Mettez en œuvre, les objectifs que vous vous étiez fixés et que vous avez rangés dans un placard le temps de votre mandat.

Le peuple attend de vous, une démonstration de force, d’écoute, et précisément un positionnement qui nous permettra d’évoluer et d’avancer ensemble.

Monsieur le Président, vivons ensemble ou mourrons ensemble.

Pour une fois, j’aimerais me tromper.

Donnez-moi tort.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République du Sénégal, Son Excellence, l’expression de mes salutations les plus distinguées.

 

Aminata SONKO
Domaines d'intervention : Droit des Affaires, Droit des contrats et Droit du Sport
Avocat - Barreau de Lyon (Toque n°2129)
Docteur en Droit International et relations Internationales
Ancienne Enseignante à l'Université Lyon 3

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