Me Pierre-Olivier Sur : « Il n’y a pas de dettes cachées au Sénégal, mais des rapports cachés »

24 - Octobre - 2025

L’avocat français Me Pierre-Olivier Sur, membre du collectif chargé de la défense de l’ancien président Macky Sall, a estimé jeudi à Dakar qu’il n’existe pas de « dettes cachées » au Sénégal, mais plutôt des « rapports cachés ». Intervenant lors de la conférence des avocats de Maccky Sall, Me Sur a mis en cause le manque de transparence autour de plusieurs documents officiels relatifs à la dette publique. « Je vais me permettre de vous dire que le vrai sujet, c’est celui des rapports cachés. Les rapports cachés qui disent que la dette était cachée », a-t-il déclaré devant la presse.

L’avocat a cité en premier lieu le rapport de l’Inspection générale des finances, qu’il qualifie de « premier rapport à allumer le feu aux poudres ». Selon lui, « ce rapport est caché. Nul d’entre vous ne peut nous indiquer l’avoir eu entre les mains. Et pourtant, vous êtes la presse, la garantie de la transparence et de la démocratie. Nous, juristes, on passe après. On l’a demandé, on ne l’a pas eu .» Il a ajouté que le pré-rapport de la Cour des comptes sur la même question serait également inaccessible. « Ce pré-rapport est caché. Nul d’entre vous ne l’a eu entre les mains, et nous non plus, en dépit des lettres adressées au président de la Cour des comptes et au ministre des Finances il y a quinze jours », a-t-il souligné.

Me Sur a évoqué un troisième document, le rapport du cabinet d’audit Mazars, qu’il présente comme « le rapport d’un cabinet indépendant d’audit international », mais « que personne ne détient ». « Vous l’avez tous sur les lèvres, mais vous ne l’avez pas entre vos mains. C’est le troisième rapport caché », a-t-il insisté. L’avocat a par ailleurs soulevé des irrégularités de forme concernant ces documents. « La loi de 2012 exigeait que le rapport de l’Inspection des finances soit déposé dans les trois mois suivant la prise de pouvoir. On nous dit qu’il l’a été six mois plus tard. Il y a déjà un biais de forme. Et le respect de la forme est la garantie du fond », a-t-il fait valoir.

S’agissant du pré-rapport de la Cour des comptes, Me Sur affirme avoir appris « qu’il n’aurait pas été signé par l’Assemblée plénière, mais seulement par une chambre ». « Si toutes les signatures ne figurent pas, ne serait-ce pas la raison d’imaginer que certains signataires auraient refusé de signer ? », s’est-il interrogé. Revenant sur le fond du débat, il a invité à « définir les mots » avant de parler de dette cachée. « Une dette, c’est l’émission de papiers obligataires pris sur le marché. Mais si l’État obtient une facilité de paiement de quelques jours auprès des banques, est-ce une dette ? Grande question », a-t-il lancé, rappelant que les définitions varient selon les normes internationales.

Pour Me Sur, la dette publique doit être comprise dans sa globalité : celle de l’État central, des collectivités territoriales et des organismes non marchands. Il a comparé le cas du Sénégal à celui de la France, où la dette de la SNCF, estimée à « 40 milliards d’euros », n’a été intégrée au budget de l’État qu’en 2020. « Personne n’a dit qu’avant on avait maquillé les comptes. On a simplement changé la règle », a-t-il expliqué. Abordant la question du niveau d’endettement, l’avocat a défendu la politique de Macky Sall. « La dette est vertueuse quand il y a de la croissance. Sous Macky Sall, le PIB a été multiplié par deux. Il aurait été une mauvaise politique que de ne pas accompagner ce potentiel de croissance par une dette vertueuse », a-t-il affirmé.

Et de poursuivre : « Le problème, c’est lorsque la dette reste mais que la croissance disparaît. Là, elle devient un boulet. Mais si l’on croit en la continuité du développement, au potentiel du pétrole, du gaz et à la puissance de l’Afrique, alors il n’y a aucun problème de dette. »

Concluant son intervention, Me Pierre-Olivier Sur a plaidé pour une lecture apaisée du dossier. « Le problème, ce serait de tout arrêter pour faire des procès aux prédécesseurs. Ce qui est important, c’est de respecter les anciens. Chaque nouveau pouvoir ajoute un étage à la maison, sans détruire les fondations », a-t-il souligné.

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

15 - Mars - 2026

Guerre au Moyen-Orient : la Suisse fait valoir sa neutralité et rejette deux demandes de survol des États-Unis

La Suisse a pour la première fois depuis le début du conflit au Moyen-Orient annoncé samedi avoir rejeté deux demandes des États-Unis de survol de son...

12 - Mars - 2026

Articles L29 et L30, caisses noires et... l'arme des militants de Sonko contre Diomaye :

Selon Wal fadjri, se fiant à ses informateurs, le bras de fer politique entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko devrait encore...

12 - Mars - 2026

Gouvernement : Ousmane Sonko annonce une série de communications sur les grands dossiers nationaux

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a annoncé le lancement prochain d’une série de communications publiques portant sur plusieurs dossiers jugés...

11 - Mars - 2026

Un militant de la Diaspora de Pastef Italie récuse le prix de la carte de membre fixé à 20 euros en Europe

La décision de fixer le prix de la carte de membre de Pastef Les Patriotes à 1000 FCFA au Sénégal et à 20 euros pour les militants établis en Europe...

10 - Mars - 2026

« LÀ OÙ IL N’Y A PAS DE GRANDE VISION, LE PEUPLE PÉRIT » (Par Ben Yahya SY)

Franklin Delano Roosevelt, homme d’État américain (1882-1945) Les lampions se sont éteints sur l’AG de la coalition Diomaye Président le 07 mars, veille...