Mourir avant 15 ans, une tragédie très africaine

17 - Octobre - 2018

Ce n’est pas un âge pour mourir. Pourtant en 2017, près d’un million d’enfants et d’adolescents de 5 à 15 ans sont morts dans le monde. Dans 55 % des cas, ces jeunes vivaient en Afrique subsaharienne, « la zone qui concentre la plus grande surmortalité pour cette classe d’âge puisque plus de la moitié des décès y ont lieu, alors que seuls 21 % de la jeunesse du monde y grandit aujourd’hui », rappelle le démographe Bruno Masquelier, auteur d’une étude publiée par l’Institut national d’études démographiques (INED), mercredi 17 octobre.

En ce début de XXIe siècle, il ne fait toujours pas bon naître en Afrique subsaharienne, où, à 5 ans, lorsqu’il a traversé avec succès les premières années de sa vie et évité toutes les causes de mortalité infantile, un enfant a encore 20 fois plus de risques de mourir avant ses 15 ans que s’il vivait en Europe. Sur le « vieux continent » comme en Amérique du Nord, cette mortalité précoce est devenue très résiduelle. Au fil du XXe siècle, les adolescents européens ont vu décroître ce risque de ne pas arriver à l’âge adulte. Entre 1850 et 1950, il est tombé de 2,3 % par an, puis de 3,1 % entre 1950 et 2015.

Globalement, cette mortalité a diminué partout dans le monde. Elle est passée de 1,7 million par an en 1990 à 900 000 en 2017, mais le travail publié aujourd’hui dans le numéro 559 de Population et sociétés, la revue de l’INED, met en exergue qu’elle n’a pas diminué de façon uniforme. L’étude pointe surtout que le continent africain a été le grand oublié de cette amélioration globale, puisque sur les sept pays qui concentrent 98 % de cette mortalité, quatre sont africains – le Nigeria, la République démocratique du Congo (RDC), l’Ethiopie et le Niger – et que l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale concentrent un tiers du total des jeunes décédés avant leur seizième année.

Des décès qui pourraient être évités

Réalisé avec l’Unicef, le travail sur cette tranche d’âge – une première mondiale – vient éclairer dix années d’enfance et d’adolescence sur laquelle les démographes faisaient jusqu’alors l’impasse. « La mortalité infantile avant 5 ans a été largement étudiée car sa diminution fait partie des objectifs du millénaire », rappelle Bruno Masquelier. Les plus petits partaient de plus loin et ont encore du chemin à faire, puisque 2,9 millions d’enfants de moins de 5 ans sont encore décédés en 2017. Pour les plus grands, la réduction des disparitions dans les pays dits développés a peut-être masqué une part du problème.

Ainsi, « aujourd’hui en France, mais aussi plus largement en Europe de l’Ouest, le taux de mortalité des 5-15 ans est tombé à 1 pour 1 000. Des décès dus, par ordre décroissant, à des accidents de la route, des noyades, des chutes et parfois aussi des cancers, notamment des leucémies », rappelle Bruno Masquelier. En Afrique subsaharienne, en revanche, un enfant de 5 ans a 5,5 % de risque de mourir avant de fêter ses 16 ans et les causes accidentelles ne figurent plus dans la liste. Sur ces terres, « les diarrhées, les infections respiratoires, la rougeole et la méningite sont responsables de 28 % des décès à ces âges, le paludisme et les autres maladies tropicales de 11 %, la tuberculose et le sida de 9 % », insiste le chercheur.

Le travail de Bruno Masquelier rappelle qu’une bonne partie de ces décès prématurés pourrait être d’autant plus aisément évitée que la plupart de ces jeunes passent par un même lieu, idéal pour la prévention : l’école. « La lutte contre les vers parasites intestinaux, la promotion des moustiquaires imprégnées d’insecticide, l’éducation à un mode de vie sain ou encore les programmes de vaccination et de nutrition sont quelques exemples des interventions sanitaires à mener en milieu scolaire », plaide la revue de l’INED.

Lemonde.fr

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

25 - Septembre - 2025

Reddition des Comptes : Amadou Ba, Abdoulaye Daouda Diallo et Birima Mangara dans le viseur de la Haute Cour de justice

La Division des investigations criminelles (DIC) a clôturé son enquête sur des irrégularités présumées dans la gestion des finances publiques...

25 - Septembre - 2025

Longtemps introuvable, Mame Mbaye Niang réapparait à New York

Il avait complètement disparu des radars. Mame Mbaye Niang est réapparu à New York, aux États-Unis. Il figurait parmi les personnalités présentes à...

25 - Septembre - 2025

Affaire des Fonds covid : Moustapha Diop reste en prison

L’ancien ministre Moustapha Diop reste en prison. La commission d’instruction de la Haute cour de justice a rejeté sa demande de liberté provisoire. La décision...

24 - Septembre - 2025

Santé : un deuxième cas de Mpox confirmé à Dakar, 20 contacts identifiés

Le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique (MSHP) a annoncé, la confirmation d’un deuxième cas positif de Mpox, anciennement appelée...

24 - Septembre - 2025

Gestion des fonds publics sous Macky Sall : la DIC interroge Abdoulaye Daouda Diallo

L’ancien ministre des Finances, Abdoulaye Daouda Diallo, a été longuement entendu ce mardi par les enquêteurs de la Division des Investigations Criminelles (DIC), dans le...