Portrait: Hamedine Sall, « consul général » du Sénégal au Havre
Si le rôle d’un consul est de protéger, d’accompagner, bref d’être au service de ses compatriotes dans le pays accréditant, on peut à juste raison dire que Hemédine Sall est le consul général du Sénégal au Havre.
Le prix du « Sénégalais de l’année » pour service rendu à la communauté décerné à Hamédine Sall. Evidemment, nous sommes dans la fiction, mais si cette distinction existait en France, c’est à juste titre qu’elle lui serait remise. Les Sénégalais du Havre ne diront sûrement pas le contraire. Généreux, Hamédine Sall est toujours à leurs côtés quand ils sont en détresse, il ne se fait jamais prier pour accompagner un compatriote dans ses démarches administratives ; il soutient et accompagne les étudiants surtout les primo-arrivants dans leur parcours universitaires bref, Hamedine Sall, c’est le « consul général » du Sénégal au Havre. « Il est honnête, discret et très apprécié par les Sénégalais du Havre », témoigne un de ses amis, le journaliste Mamadou Ly. « Je pense connaître comment la communauté est composée, ce qui fait que je peux parler et être écouté par tout le monde », explique Hamédine Sall, le tout dans une humilité déconcertante !
Souleymane Sow est arrivé en France en 2013 pour poursuivre ses des études supérieures, il atterrit au Havre. Le jeune homme ne connaît aucun Sénégalais résidant dans la ville portuaire. Le Havre devient subitement un désert à ses yeux. Il encaisse la solitude, perd ses repères, c’est la galère ! Qui pour l’extirper du bourbier ? Hamédine Sall, l’homme providentiel. « Toute de suite, ce que j’ai noté, c’est sa simplicité et son ouverture, explique Souleymane Sow, visiblement heureux de revenir sur cette page de sa vie. Il m’a accueilli d’abord dans son bureau ensuite chez lui en compagnie de deux autres étudiants qui étaient aussi dans la même situation que moi. Sa femme nous a préparé un bon bol de ‘tiep’. L’hospitalité qu’on connaissait au Sénégal, il l’a transportée au Havre », se félicite Souleymane. Qui n’a pas résisté à l’envie d’apporter un témoignage sur l’aide que le « consul général » apporte de façon désintéressée à de nombreux Sénégalais dans leurs démarches administratives. C’est le cas, récemment, d’un compatriote qui a pu bénéficier des prestations sociales alors qu’il avait un dossier difficile, renseigne l’étudiant.
« J'ai un grand respect pour eux (les immigrés, ndlr). Certains n'ont pas été à l'école, mais ont réussi à faire de belles choses », explique Hamédine Sall. Qui ne semble pas pour autant rassuré par la relève. « Il y à un échec par rapport à la relève. Tout le monde n'a pas échoué mais si vous allez dans les grandes écoles, les universités ou dans les centres de formation, vous avez quand même le cœur gros. Cette situation est à mon avis liée à un problème d'éducation et à une incompréhension du système », explique-t-il.
Un parcours élogieux
Qui sème la générosité, l’altruisme…, récolte la reconnaissance des Hommes et de Dieu. Le parcours élogieux de Hamedine Sall nous autorise à le dire. Etudes élémentaires à Donaye, collège à Podor, lycée Charles-de-Gaulle à Saint Louis. Il travaille ensuite à l'ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer) aujourd’hui IRD (Institut de la Recherche pour le Développement). Mais Hamédine Sall est un homme de défi, un travailleur acharné, qui a un insatiable soif d’apprendre. Convaincu que « le succès ne se trouve qu’au bout de l’effort », il se présente à un concours sous-régional organisé au Burkina Faso. L’obstacle franchi, il s’envole pour France, à Lyon précisément.
Après une licence en logistique et transport, il dépose son baluchon à Montpellier et s’inscrit à l’IAM. Son master en poche, Hamédine Sall entre dans l’enseignement comme professeur contractuel au lycée professionnel Pierre de Coubertin, à Bolbec, nous sommes en 2002. Membre du jury bac pro en logistique, il est repéré par le professeur d’université Philippe Lagrange, qui avait été impressionné par ses qualités intellectuelles. En 2005, Il le recrute à l’université de Rouen comme chargé de cours. En 2008, il entre à l’UIT du Havre comme chargé de cours en licence Gestion des Opérations en Logistiques et Portuaires (GOLP). En 2010, c’est au département Sciences de l’Education de l’université du Havre qu’il exprimera son talent d’enseignant.
Diplômé en logistique et transport, en ingénierie et conseil en formation, Amedine Sall, toujours enseignant à l’université, intègre le centre de Formation FODEMO du Havre. Aujourd’hui, il y occupe le poste stratégique de responsable du pôle secteur qualifiant. Il est le troisième Homme fort du centre.
Dans cet établissement réputé pour son sérieux, Hamédine se bat tous les jours pour l’insertion professionnelle voire sociale des jeunes. « Quand ils demandent une formation, je regarde les métiers porteurs pour qu'ils trouvent du travail à l'issue de la formation », explique-t-il.
Quid de la politique ? Jeune collégien à Podor, il était tombé sous le charme des partis de gauche, notamment And-Jëf/Parti africain pour la démocratie et le socialisme. Proche du Pds lors du magistère de Wade, Hamédine Sall confie avoir pris ses distances avec la politique. Toutefois, il reconnaît que des responsables de l’Apr ne cessent de lui faire de l’œil. Pour l’heure, il n’a pas encore mordu à l’hameçon. Cela dit, il a un regard plutôt optimisme sur la gestion de Macky Sall. « Il y a de l'espoir, mais il faut travailler davantage. Il faut que les Sénégalais sachent que l'Etat ne peut pas tout faire », dit-il.
Le Sénégal toujours dans son cœur
« Hamedine Sall est[aussi] un patriote » « qui ne vit que pour le Sénégal », estime une de nos sources. C’est sans doute la raison pour laquelle il se dit prêt, malgré tous les avantages qu’il a en France, à aller contribuer au relèvement du défi de la formation professionnelle au Sénégal si les autorités compétentes le lui demandent. « Je suis prêt à mettre mes compétences au service de mon pays dans la formation professionnelle. J'ai été au ministère pour voir comment on y travaille. Je ne suis pas négatif par rapport à ce qu'ils font, mais pour quelqu'un qui a un regard extérieur, il y a beaucoup de choses à faire, explique-t-il. Par exemple dans l'accompagnement de certaines nouvelles filières porteuses, la mise en place d'un référentiel de formation, la certification ou la qualification, tout cela est à notre portée, malheureusement on n’est pas sollicité », déplore M. Sall.
Cheikh Sidou SYLLA