PROPOS DE MERCREDI: George Floyd, we can’t breathe either! *

03 - Juin - 2020

I can’t breathe, je ne peux plus respirer ! Tels sont les derniers mots de George Floyd, cet Afro-américain de 46 ans tué par un groupe de policiers à Minneapolis. En l’espace d’une semaine, cet énième crime raciste a plongé les Usa dans une pandémie de protestations qui a presque éclipsé la Covid-19. Près d’une quarantaine de villes situées dans une quinzaine d’États ont décrété un couvre-feu pour mettre fin aux manifestations. Mais en vain jusqu’à présent. Même la Maison blanche n’est pas épargnée. Trump est allé se cacher dans un bunker souterrain pendant une heure sous les huées des manifestants. Il menace de mobiliser la redoutable armée américaine pour noyer dans le sang la révolte citoyenne qu’il qualifie de « terrorisme intérieur ».
Le remarquable est la force et la diversité de la mobilisation. Les centaines de milliers de jeunes Américains qui descendent dans la rue sont de toutes les couleurs et de toutes les communautés. Des commentateurs malhonnêtes cherchent à imputer la responsabilité des évènements à des groupes minoritaires et violents. Mais, comme avec les Gilets-Jaunes en France, c’est l’Américain ordinaire qui, indigné, exprime sa colère. Cependant, le mouvement pourrait rapidement dépasser sa motivation antiraciste de départ et exiger une réforme en profondeur de la société américaine confrontée aux plaies du chômage massif et de l’abandon des pauvres. Des maux aggravés jusqu’au point de rupture par les effets de la Covid-19.
La présence majoritaire de Blancs dans les manifestations pour George Floyd démontre encore une fois que le racisme, la haine envers une race dite inférieure, est définitivement démasqué comme un moyen de propagande abject et éculé utilisé par des oppresseurs pour diviser leurs victimes et dérouter leurs résistances. Le racisme joue le même rôle que son corollaire, l’accusation de haine envers une race dite supérieure, qui emprunte parfois sous nos cieux l’expression bizarre de « sentiment antifrançais ».
Les effets de la mobilisation pour George Floyd débordent les frontières yankees. En France, elle permet de déterrer le dossier du jeune Franco-malien Adama Traoré, asphyxié à mort, lui aussi, par des policiers en juin 2016, et qui n’a donné lieu jusqu’ici à aucune inculpation ni procès. Ses assassins courent toujours. Vont-ils bénéficier d’un non-lieu comme les meurtriers de Lamine Dieng, ce Franco-sénégalais de 25 ans étouffé par des policiers en 2007 ?

Le G20 ne nous laisse pas respirer
Le genou du policier Chauvin évoque l’attitude du président Macron invitant les ministres des Finances du G20 à laisser les économies africaines « respirer » le temps de la pandémie. Chauvin n’a pas voulu laisser Floyd « respirer » et cela risque de conduire à une véritable révolution. Mais le G20 laisse-t-il réellement les économies africaines « respirer » ? Rien n’est moins sûr. Le relâchement temporaire du nœud coulant de la dette, proposé par le président français, laisse passer un filet d’air trop mince. Un report des paiements jusqu’en 2022 signifie non pas un allègement de la dette mais son alourdissement. En clair, le filet d’air de Macron est une chimère.
La requête d’annulation de la dette africaine ne traduit pas un déficit de « jom » (dignité) de la part de peuples mauvais payeurs ; elle est une exigence de la civilisation humaine largement portée par des non-Africains. Une preuve ? Aucun député ou sénateur africain ne figure parmi les 300 parlementaires qui ont saisi les gouvernements occidentaux dans ce sens depuis le 13 mai dernier, parmi lesquels l’américain Bernie Sanders et le français Jean-Luc Mélenchon. « Nous ne pouvons pas, écrivent-ils, laisser les pays pauvres dépenser les fonds qui devraient être consacrés à protéger la santé et la sécurité de leurs populations pour rembourser des dettes insoutenables. (…) La suspension temporaire et le report de la dette ne suffiront pas à aider ces pays à donner la priorité à la gestion rapide et durable de la crise actuelle ».
Voilà pourquoi la lutte pour l’annulation totale de la dette africaine ne saurait s’inscrire dans un horizon éloigné. C’est tout de suite qu’il faut la mener, la gagner ou la perdre. Les syndicalistes savent que, pour obtenir la satisfaction d’une revendication, il faut aller « là où ça se décide ». Oui, il faudrait que des actions d’envergure soient menées sans délai à Paris, Washington ou Londres pour obliger les décideurs à entendre la requête universelle des citoyens du monde. Mais il faudrait aussi que nos Assemblées nationales soient interpellées pour porter la voix de nos peuples, à l’exemple de celle de l’Équateur. Les députés de ce pays ont adopté une résolution demandant à leur gouvernement d’arrêter le paiement du service de la dette en invoquant l’état de nécessité devant la pandémie. L’Assemblée nationale demande également une concertation avec les autres gouvernements latino-américains pour une suspension collective des paiements.
Nos Parlements nationaux et régionaux devraient engager des initiatives similaires afin d’encourager nos Présidents dans la voie des mesures audacieuses mais inéluctables que requiert le danger pesant sur nos populations. Car il paraît évident, au vu des louvoiements du G20, que l’annulation de la dette ne pourrait résulter que d’une décision forte des gouvernements africains d’interrompre sans délai la totalité de ces paiements odieux et illégitimes, dans un contexte où la mobilisation de l’opinion africaine et internationale serait suffisamment puissante pour interdire aux coupables créanciers toute rétorsion efficace. La balle est donc dans notre camp.

* « Georges Floyd, nous non plus ne pouvons plus respirer ! »

03/06/2020
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal

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