Qui sont les webactivistes africains ?

23 - Novembre - 2016

Le CFI, l’agence française de coopération médias, publie ce mardi le portrait-robot de 75 militants actifs sur le web, sondés au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, au Ghana, à Madagascar et en République démocratique du Congo (RDC).

Le webactivisme africain ne se limite pas à la surveillance des bureaux de vote lors d’élections. Avec le développement des réseaux internet et mobile, les formes de militantisme citoyen mettant à profit les technologies numériques pullulent. C’est du moins ce qui ressort d’un rapport Canal France International (CFI), présenté à Paris le 22 novembre.

Au-delà des printemps arabes, des « Y’en a marre », « Balai citoyen », et autres « Filimbi » très actifs sur Facebook et Twitter, et largement médiatisés, l’étude publiée par le CFI tente de cerner le profil de 75 activistes en ligne interrogés en juin 2016.

Qui sont ceux qui prennent l’initiative de Code by night au Bénin, carte interactive signalant les quartiers de Cotonou qui manquent d’électricité ? Ou ceux qui mettent sur pied diverses initiatives mises en avant dans le document du CFI : un groupe malien sur WhatsApp des adorateurs de l’open data, Méritocratie malienne, censé juguler les pistons et les prébendes sur Facebook, Carto-malaria au Burkina, cartographie des zones où le paludisme se développe le plus activement…

Points communs

« Les premiers acteurs citoyens sur le terrain numérique sont apparus il y a une dizaine d’années en Afrique francophone », note le CFI. Ce sont « des jeunes, surtout des hommes, qui viennent du journalisme, des ingénieurs, des informaticiens ou des spécialistes ».

Mais quel point commun y a-t-il entre les cyberactivistes africains ? Entre Cheikh Fall, à l’origine de la campagne #sunu2012 de mobilisation sur internet lors de l’élection présidentielle de 2012 au Sénégal et fondateur d’Africtivistes, la ligue africaine des webactivistes, Mylène Flicka, la fondatrice d’Irawo qui veut recenser tous les talents du Bénin dans les domaines de l’entrepreneuriat, de l’art, de la littérature, de l’économie ou de la danse, Maurice Thantan, qui dirige l’Association des blogueurs du Bénin, ou Alexandre Gubert Lette, fondateur de l’espace de co-working Rufisque Tech Hub en banlieue de Dakar… ?

« C’est d’abord leur niveau de formation initiale qui frappe. La plupart des acteurs ont suivi des études universitaires souvent assez poussées », note le CFI.

Il en va ainsi par exemple de Maurice Thantan et Mylène Flicka, qui sont tous deux sont passés par l’École nationale d’administration et de la magistrature du Bénin avant de choisir la voie de l’innovation citoyenne.

« J’ai éprouvé beaucoup de déception après mon diplôme de l’École nationale d’administration. En allant faire un stage au ministère des Affaires étrangères du Bénin, j’ai eu la plus grande désillusion de ma vie, en raison de la lenteur administrative, des méthodes employées et toute cette panoplie de petites erreurs dans l’administration qui m’ont beaucoup énervée. C’est ce qui m’a conduit à Internet, pour montrer que des gens font des choses bien au Bénin », explique Mylène Flicka, citée dans ce rapport.

Freins

Le cyberactivisme africain se heurte à plusieurs freins, en plus des coupures d’internet désormais bien connues, des délestages électriques ou du coût de l’accès à Internet qui demeure souvent élevé.

À commencer par le faible rôle que jouent les femmes. « À Gao, des jeunes voulaient parler de la planification familiale à des femmes. Les imams les ont interpellées pour dire qu’elles étaient dans une ville musulmane et qu’elles n’avaient pas le droit de parler de planification familiale aux jeunes filles », dit la juriste et activiste malienne Lalaicha Maiga.

Plus empiriquement, la difficulté à obtenir une extension pour le nom de domaine du Bénin avait donné lieu à la campagne « rendez-nous-le.bj », protestation en ligne récente afin que l’opérateur historique Benin Télecoms améliore la gestion du .bj en facilitant son acquisition à distance.

Le rapport s’inquiète, enfin, du passage de relais aux nouvelles générations. Les activistes de la première heure « sont confrontés à un choix important : poursuivre leurs activités citoyennes bénévoles et chronophages, ou s’engager dans un emploi traditionnel et rémunérateur qui leur laissera peu de temps libre et exigera, plus ou moins explicitement, une forme de devoir de réserve de leur part. L’expérience acquise n’a pas toujours pu être transmise correctement aux plus jeunes, d’autant que les actions citoyennes sont rarement documentées. »

JA

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

04 - Octobre - 2024

LÉGISLATIVES ANTICIPÉES ET SÉJOURS DU PRÉSIDENT EN FRANCE : ÉVITER LES CHAUSSE-TRAPES POLITIQUES POUR RÉUSSIR LE « PROJET ». ( Par Mohamed GASSAMA )

C’est une lapalissade que de dire que le chemin qui conduit aux Législatives anticipées, du 17 novembre 2024, reste parsemé d’embûches, de traquenards et de...

04 - Octobre - 2024

POURQUOI IL FAUT REECRIRE CERTAINES DISPOSITIONS DE LA CONSTITUTION (PAR BIRAHIM CAMARA)

La baisse des tensions sociales et politiques au Sénégal exige la modification et la réécriture de certaines dispositions constitutionnelles. Parmi celles-ci : A) la...

03 - Octobre - 2024

Arrestations tous azimuts: Alioune Tine alerte le nouveau régime sur les risques de déception…

Les récentes arrestations pour diffusion de fausses nouvelles ont fait régir le droit-de-l’hommiste Alioune Tine. Il prévient le président Diomaye Faye sur les...

03 - Octobre - 2024

Le Référentiel de politique national de développement sera présenté le 14 OCTOBRE AU CICAD

Lors du Conseil des ministres de ce mercredi 02 octobre 2024, le président de la République s’est exprimé sur le document national de présentation et de...

03 - Octobre - 2024

Convocations et interpellations tous azimut : L’opposition monte au créneau et appelle à une manifestation pacifique

Face aux convocations d’opposants, de journalistes ou de chroniqueurs, l’Alliance pour la Transparence des élections (Atel) tire à boulets rouge sur le nouveau...