Sénégal: le mirage européen fascine toujours

26 - Avril - 2017

Tambacounda, grande ville de l'Est, attire chaque année des milliers de candidats à l'émigration. Prêts à braver le Sahara, les bandits et la Méditerranée, motivés par ceux qui ont « réussi ».

« Des émigrants ? J'en emmène des dizaines par jour au départ de Tambacounda », assure Boubacar, en montrant la route vers Kidira et la frontière du Mali. À 41 ans, ce taxi-moto vit en partie grâce à l'émigration. « J'ai trois frères en Europe, deux soeurs aux États-Unis. Ils m'envoient de l'argent. »

La diaspora sénégalaise déclare rapatrier un million d'euros chaque année. Deux fois le montant que le pays reçoit en aide publique au développement. Cheikh, 25 ans, pointe une photo sur son smartphone. « Voilà trois amis de mon village émigrés à Paris. » Un selfie les montre devant le métro. « Mon père vit aussi en France. Il s'en sort mieux qu'ici. » Les rejoindre ? Cheikh s'y refuse. « Plutôt mourir pauvre au Sénégal que dans le Sahara. » L'électricien trime sur des chantiers à Dakar, quand beaucoup rêvent d'Europe.

« Je n'ai pas le choix »

« Dans les villages, tous les jeunes ne pensent qu'à aller en Europe, relève Gabriel, un Français de 27 ans qui travaille à Boundou. La diaspora finance dispensaires, écoles, forages... Elle se construit surtout des villas, offre des cadeaux aux proches. Cette image de réussite pousse les autres à partir. »A fortiori dans une région où un jeune sur trois est sans travail.

Ousmane, 28 ans, a conduit des clients toute la nuit sur son scooter. Il raconte : « A la mort de mon père, je suis devenu chef de famille. Deux fois, j'ai émigré. » Coût total : 3 000 €. En vain. Rapatrié d'Italie en 2007, il a retenté sa chance en 2012, avant d'être arrêté en Libye et expulsé. Il peut s'estimer heureux d'être en vie. « Le Sahara est un cimetière à ciel ouvert... » Aussi dangereux que la Méditerranée. Pas de quoi le refroidir. « Je repartirai. Je n'ai pas le choix. »

Abdoulaye Thiam, 26 ans, anime l'ONG italienne Vis, qui lutte contre l'émigration à la source. « À Goudiry, on essaye de former des agriculteurs. On devrait donner un travail à 250 jeunes. » Un bon début.

De son côté, Moussa Cissé, enseignant à Netebulu, enrage : « J'essaye de développer des cultures pour employer des jeunes. Mais je manque de fonds. L'État ne suit pas. »

Ouest France

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