TENSION DANS LE KASSA: RISQUES D’AFFRONTEMENTS ENTRE LES HABITANTS DE DIAKENE-DIOLA ET D’ESSAOUT A CAUSE DE CHAMPS D’ANACARDIERS
La tension monte entre les habitants des villages de Diakène Diola et d’Essaout, dans le département d’Oussouye. Si rien n’est fait dans un court délai, les deux villages risquent de s’affronter et mettre en péril la paix sociale dans cette contrée qui a beaucoup souffert du conflit casamançais. La propriété des champs d’anacardiers est à l’origine de cette tension qui dure plus de deux semaines et qui risque d’embraser toute cette zone. Selon des explications de Edgard Bassène, un professeur au CEM de Bouguitingo et originaire de Diakène qui a fait l’objet d’une violente attaque de jeunes d’Essaout, tout a commencé le dimanche 6 mai courant, quand ce groupe de jeunes a envahi ces anacardiers qui se trouve aux alentours des maisons de Diakène et commencé à semer le désordre en cueillant même des pommes vertes et prendre la noix et jeter le reste par terre. Cela a provoqué des bagarres entre eux et les femmes du village de Diakène, trouvées sur les lieux, offusquées par ce pillage, renseigne Edgard Bassène qui indique qu’alerté par sa femme qui faisait partie du groupe de femmes qui se sont battues avec ‘’les envahisseurs’’, il est intervenu pour tenter de protéger ces dernières et surtout mettre fin aux échauffourées. Mais il fut agressé, à son tour, par les envahisseurs qui ne s’’en limiteront pas là, puisqu’ils replieront dans leur village d’origine, pour revenir plus armés (ils avaient des coupe-coupe, des gourdins, des épées, d’arcs et de flèches) et avec des renforts (des vieux de leur village) et feront une descente musclée dans son domicile, sis à la forêt des anacardiers, raconte t-il. Se sentant en danger de mort, et sur insistance de sa femme, il se réfugiera dans un coin du plafond de la maison et refusera de sortir de sa cachette, malgré les injonctions répétées des assaillants qui menaçaient de le tuer, c’est du moins sa version. Ces derniers déterminés dans leur logique de régler son compte, se rabattront sur sa chienne dont ils trancheront la gorge et puis ils s’en prendront à ces deux jeunes filles jumelles qu’ils menaçaient d’enlever si toutefois, il continuait de se cacher. Mais avant ça, ils ont saccagé tous les objets qui se trouvaient dans ce salon, notamment ses photos de souvenirs. Touché par les cris des deux gamines, Edgard se décidera de sortir de sa cachette et venir faire face aux agresseurs qui lâcheront aussitôt ces filles pour se ruer sur lui. Et bonjour le calvaire ! En fait, le pauvre Edgard Bassène sera trainé manu militari par les agresseurs jusqu’au village d’Essaout, distant de plusieurs kilomètres, par ces derniers au rang desquels figuraient d’anciens élèves à lui. Il y passera une journée horrible entre leurs mains, du moins si on se fie à son récit.
‘’Quand ils m’ont pris, ils m’ont amené de force jusqu’au village d’Essaout en me faisant subir toutes sortes de maltraitances. Ils m’ont donné des coups de bâtons partout, d’autres me piquaient ou me me donnaient des coups de poing. Certains ont voulu m’asséner des coups de coupe-coupe, heureusement que certains de mes bourreaux s’y opposaient. Arrivé au à Essaout, ils m’ont placé à la place publique du village au pied d’un manguier et c’est vers 17h qu’ils m’ont relâché. Après, un certain Léopold Diatta, surveillant dans mon école m’a amené chez lui et appliquer de la glace sur ma tête et sur le cou pour éviter que le sang ne se coagule suite aux sévices que j’ai subis. C’est après que je suis rentré mais non satisfaites de tout ce que j’ai subi, des femmes du village m’ont suivi pour tenter de me jeter un mauvais sort, mais je suis parti sans me préoccuper d’elles, je ne me suis même pas retourné pour les regarder. A mon arrivé dans mon village, j’ai trouvé sur place le sous-préfet de Loudia-Ouoloff et le chef de la brigade de gendarmerie d’Oussouye, accompagnés du chef de mon village. Ils m’ont amené dans un coin pour me poser des questions sur ce qui s’est passé, puis ils ont essayé de désamorcer la crise en sensibilisant les habitants du village. Et quand ils sont partis, nous avons poursuivi la réunion. Le sous-préfet a promis de régler le problème mais jusque-là, rien n’a été fait puisque les jeunes d’Essaout continuent de nous envahir tous les jours. Ils récoltent les anacardiers situés à environ dix mètres de chez moi’’.
Et de rendre grâce au Seigneur pour avoir permis d’éviter un bain de sang certain ce jour-là. ‘’Je rends grâce au Seigneur car quand les gens de Essaout sont arrivés dans une logique de guerre, s’ils avaient trouvé sur place des gens de mon village, ils allaient y laissaient des cadavres’’.
Aux dires de Bassène, l’affaire a été portée au niveau du procureur de la république, dès le lendemain de cet incident mais jusque-là, il n’y a pas eu de suite et les jeunes d’Essaout continuent de les envahir en venant récolter leurs anacardiers y compris ceux situés à dix mètres de leurs maisons. Il pointe un également un doigt sur le sous-préfet de Cabrousse qu’il accuse de ne rien faire pour stopper les jeunes d’Essaout. A l’en croire, tout se passe comme si ce dernier semble prendre fait et cause pour ses administrés. ‘’Et à chaque fois qu’ils viennent, nous alertons la gendarmerie d’Oussouye, mais on nous dit de ne pas réagir en attendant que l’enquête en cours se termine et on ne retient pas les jeunes d’Essaout. Finalement, nous nous demandons si nous sommes des Sénégalais à part entière ou si les gens d’Essaout sont plus sénégalais que nous ? Le préfet de Cabrousse aussi ne fait rien pour arrêter leur agissement’’.
Il soutient que ces anacardiers ont été plantés par leurs papas et qu’eux continuent de planter. Pour prouver leur appartenance de ces anacardiers, il montre une délibération, délivrée par la mairie de Oukout en date du 28 novembre 2017 et portant le numéro 06-N°28/2017/C/Ouk, lui affectant la parcelle à l’origine du conflit. Cette délibération a été approuvée par Mbacké Diawara, sous-préfet de Loudia Ouoloff le 29 décembre de la même année sous le numéro 0143/ALO/56.
Du côté d’Essaout, les populations balayent toutes ces accusations d’un revers de main, arguant qu'ils sont en légitime défense. Selon elles, si Edgard Bassène a été kidnappé et trainé de force jusqu’à Essaout c’est en représailles d’une situation similaire qu’un des leurs a subie des habitants de Diakène qui l’ont tabassé avant de le conduire à la place publique du village. En conclusion, ils indiquent que c’est donc 1-1 entre les deux villages, soulignant qu’ils ne se laisseront pas faire dans cette affaire.
Mamadou Alpha Diallo (Infos15.com)