Tribune : après l’ingratitude, place à la discrimination
Le président de la République effectue une visite d'État en France du 18 au 22 décembre. Qui mieux que nous, journalistes sénégalais de France, pour couvrir cet événement historique? C'est conscients de ce fait que nous avons entamé les démarches de demandes d'accréditation. Cette opération qui devait être une simple formalité s'est relevée être un parcours du combattant. L'ambassade du Sénégal en France et le service de communication de la présidence de la République se renvoyant la patate chaude. Ce n'est que le mercredi 14 décembre, vingt-quatre heures seulement avant la clôture des demandes d'accréditation, que Samba Mangane est venu spécialement de Lyon pour nous trouver le précieux sésame au Quai d'Orsay.
Ayant échoué dans sa première tentative de nous tenir à l'écart de la visite d'État que Macky Sall effectue chez "nous", l'ambassade du Sénégal en France trouve le fallacieux moyen de dresser un obstacle discriminatoire sur notre chemin en déclarant qu'elle ne pourrait assurer que le déplacement des journalistes venus du Sénégal pour couvrir le voyage de Macky Sall. Aucun moyen de transport n'est donc prévu pour nous alors que dans l’agenda de la visite, le président Sall fera le déplacement à Strasbourg et différents endroits de Paris. !
Quand la discrimination s'ajoute à l'ingratitude, le cocktail devient explosif. Depuis plus d'une décennie, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, nous nous efforçons de jouer notre partition dans la démocratisation de l'accès aux médias pour les Sénégalais résidant en France. Car pour nous, et c'est à juste raison, nos compatriotes de la diaspora doivent pouvoir s'exprimer dans la presse au même titre que les Sénégalais de Dakar, Thiès, Mbour, Fongolimbi, Boutoupa-Camaracounda....C’est dire qu’avant même les politiques, les journalistes sénégalais de France s’étaient résolument inscrits dans la perspective de faire de la diaspora, la quinzième région du Sénégal.
Sans prétention aucune, nous pouvons affirmer que l’objectif de démocratiser l’accès aux médias pour nos compatriotes résidant dans l’Hexagone est atteint. Car ils sont nombreux, les acteurs politiques, économiques et associatifs anonymes qui sont sortis de l'ombre grâce au travail de la presse sénégalaise de France.
Précisons, à toutes fins utiles, que ce ne sont pas uniquement les Sénégalais de France qui tirent profit de notre travail. Macky Sall (opposant), ministres, députés, directeurs, responsables politiques (opposition comme pouvoir) nous ont souvent sollicités pour bénéficier d'une couverture médiatique.
Pourtant, la presse sénégalaise de France ne bénéficie d'aucun soutien ! Ni financier ni matériel ! Pas un euro de l'aide à la presse, pas un centime pour la couverture des différentes campagnes électorales ! Nos demandes ont toujours été refusées en dépit du service public que nous assurons. Pire, aucun responsable politique en France (PDS hier, APR aujourd’hui) ne s'est fait notre avocat auprès des décideurs. De plus, malgré notre connaissance du terrain, aucun chef d’Etat sénégalais ne nous a accordé d'interview préférant les médias étrangers alors que nous faisons partie intégrante de la chaîne qui permet à la diaspora d’avoir une information par elle et pour elle.
Qu'à cela ne tienne, notre engagement au service des Sénégalais d'ici et d'ailleurs demeurera inaltérable. Informer juste et à temps est notre credo. Rien ne nous détournera de notre sacerdoce.
Cheikh FALL (Kemane Tv)
Abdoulaye CISSE (Sud Fm)
Thierno Diallo (Afrique Connection)
Cheikh Sidou SYLLA (Infos15)
Moussa DIOP (Le Soleil Diaspora)
Khaly Marame Ngouille Ndiaye (Dakar Matin)