VIOL, SACRIFICES...ETAT DES LIEUX D’UN PHENOMENE TERRIFIANT

24 - Avril - 2018

Le phénomène terrifiant des meurtres, viols, prétendus sacrifices et enlèvements d’enfants qui a atteint son point culminant (espérons-le) entre février et mars 2018, semble prendre du recul. Même si le ministre de l’intérieur Aly Ngouille Ndiaye s’est voulu rassurant en annonçant que 1.000 individus liés à ces faits ont été interpellés en l’espace de cinq jours, les parents de Mariétou Doumbia et de fallou Ba à Mbao et Touba doivent avoir un pincement au cœur de savoir que le meurtrier de leurs enfants n’a toujours pas été alpagué. A keur kany de petit Mbao et l’école Derkelé 2, parents et enseignants ont redoublé de vigilance. Méfiants les élèves, «requièrent» la peine de mort contre les mis en cause. A Yeumbeul, un père de famille dont la fillette pleurait dans la rue a failli se faire lyncher tandis qu’à Rufisque, une élève, confrontée à de mauvais résultats scolaires, a simulé un enlèvement. Dr ndèye Awa Der Dièye, doctorante en pédopsychiatrie en service à l’hôpital d’enfant de Diamniadio préconise de ne pas réprimander les enfants qui ont été victimes d’enlèvement. etat des lieux.

ETABLISSEMENTS SCOLAIRES ET PARENTS D’ELEVES RENFORCENT LA VIGILANCE 10 H 30 MN.

C’est la récréation à l’école Keur Kany, sise à Petit Mbao. L’établissement qui a un préscolaire, un cycle moyen et un collège, a ouvert ses portes en 2009. Trois garçons, chemise bleu clair, pantalon bleu foncé, âgés d’environ 12 ans, versent de l’eau blanchie par la craie dans un trou devant l’établissement. Dès qu’on les aborde sur les enlèvements d’enfants, ils écarquillent les yeux et détalent. La leçon : «fuyez devant un inconnu» : a été bien apprise ! Sur indication de la tenancière de la cantine qui passe un essuie mouillé sur le comptoir, nous accédons au bureau de la directrice. Mme Ndiaye, née Awa Fall, explique : «Nous avons renforcé la surveillance. Et de plus en plus à la descente, les parents et proches de la famille viennent récupérer les élèves. Avant, les enfants rentraient en groupes, surtout ceux de la maternelle. Mais depuis que ces faits d’enlèvements et de meurtres ont commencé, les parents se chargent de venir prendre leurs enfants. A défaut, ce sont les employées de maison qui le font, même pour l’élémentaire. «Quant aux enfants, ils ont compris. Ils suivent les médias. J’ai reçu dans mon téléphone la photo de la fillette de Mbao qui a été tuée. Je leur ai montré l’image du corps mis dans un sac, ils ont bien compris. C’est affreux. Je ne comprends pas ce qui se passe. J’ai des frissons en y pensant. Je conseille aux parents de redoubler de vigilance et de prier pour que cela n’arrive pas à nos enfants. Pour la fillette de Mbao, qui est tout près, c’est son propre père qui l’a envoyée à 10 h du matin acheter du pain. Donc, où est la sécurité ? Seul Dieu peut nous aider. Ici, nous faisons de notre mieux. Pour ceux qui passent la journée, nous mangeons avec eux et les surveillons. Les enfants dont les parents ne viennent pas, nous les accompagnons jusqu’à ce qu’ils entrent dans leurs maisons. Les enseignants s’assurent qu’ils sont hors de danger, avant de partir». A notre sortie, quelques filles, occupées à grignoter des pop cornes, sandwichs et autres cacahouètes informent qu’elles viennent de faire un devoir sur les cas de disparitions et de meurtres d’enfants. «Ce que nous avons retenu, c’est qu’il ne faut avoir confiance en personne. Devant un inconnu, il faut fuir ou demander de l’aide. Les gens qui font cela doivent être arrêtés et rester en prison à vie», estiment les mineures.

«EN 1970, ON NOUS FAISAIT METTRE DES TISSUS DE COULEUR ROUGE POUR… »

«Si tu as la joie au cœur tape des mains, si tu as la joie au cœur dis merci…», scandent des élèves de l’école Derklé 2, située non loin du rond-point de Liberté 6. On est à quelques minutes de la pause de 13 h. Dès que la sonnerie retentit, les élèves se ruent vers le robinet sis à droite de l’entrée, pour étancher leur soif. Assise sur un banc de la cour, une maitresse demande à un garçon de tenir par la main l’enfant d’environ 7 ans qui emboîte le pas à son aîné. Djiby Fall, directeur de l’école, surnommé «doyen», estime qu’«il faut savoir bien analyser ce genre de phénomène, regarder l’information, vérifier sa véracité et sa fiabilité. A notre niveau, j’ai vu des enfants de Ci et Cp qui disent par exemple, qu’hier, quelqu’un avait garé son véhicule et s’apprêtait à les amener. Je ne peux pas dire si c’est vrai ou pas. En tout cas, des rumeurs circulent. Cela crée une psychose. Parfois aussi, la presse donne des fausses informations. Pour le cas de Touba, on avait soutenu au début qu’on a coupé la tête de Fallou. Après, les parents ont démenti. Nous avons vécu ce genre d’événement quand nous étions jeunes, avant 1970. En Mai et Juin, on disait qu’il y a des djinns, Maïmouna le plus souvent, qui prenaient possession de l’esprit des enfants. On nous faisait porter des bouts de tissus rouges pour dévier son prétendu pouvoir maléfique. Pour ce qui concerne ces récents événements, que ce soit vrai ou pas, il faut redoubler de vigilance. Les parents sont plus présents dans les écoles depuis quelques jours. Normalement, ce sont les parents qui doivent, chaque matin tenir la main de leurs enfants et les amener à l’école. A 13 h, ils doivent aussi venir les chercher». En classe, même si ce n’est pas inscrit dans le programme, les instituteurs donnent des leçons de prévention aux élèves».

QUELQUES TENTATIVES QUI ONT ECHOUE

Lors de sa conférence de presse tenue le mardi 20 mars 2018, le Directeur de la Sécurité publique (Dsp), le Commissaire Divisionnaire Abdoulaye Diop a révélé que quelques cas de tentative d’enlèvement à Thiés, Grand Yoff et Matam ont échoué. «L’As» a cherché à en savoir plus. D’après nos investigations, pour Grand-Yoff plus précisément à la Cité Millionnaire, une fille d’environ 9 ans a échappé à un rapt courant janvier 2018. Le second cas est survenu le 09 Mars aux alentours du collège Hyacinthe Thiandoum. La Direction générale de cet établissement a envoyé une lettre d’information au Commissariat de Grand-Yoff, sans déposer une plainte. Dans la correspondance, le responsable du collège relate qu’un de ses élèves a soutenu avoir échappé à un rapt. Les élèves étaient en groupe sur l’avenue qui mène à leur école lorsque qu’une 4X4 de couleur noire s’est garée. Un des passagers a voulu enlever l’un des élèves. Ces derniers qui ont reçu comme consigne de se déplacer en groupes et en cas de danger, de s’opposer et de crier, ont suivi ces recommandations. Le suspect a laissé tomber, rejoint la voiture et a disparu dans la nature comme par enchantement. En ce qui concerne Matam, notre interlocuteur joint au téléphone prend l’affaire avec des pincettes. Pour des faits qui auraient eu lieu le 17 mars 2018, au quartier Soubalo vers 15 h, la maman de l’enfant, âgé de 9 ans, ne s’est présentée devant les limiers qu’à 22 h 30. Quelques jours plus tard, elle est retournée voir les enquêteurs pour leur dire qu’elle a vu le suspect. Recoupements faits, il s’est trouvé que celui qu’elle a pointé du doigt n’était même pas dans la ville le jour des présumés faits.

Pour ce qui est de Thiès, en début Mars 2018, une fille de 2 ans, domiciliée à Hersent, a failli être enlevée en plein jour, par un individu qui a pris la poudre d’escampette. Le jeudi 26 Mars 2018, Idiatou Diallo, 25 ans, mère de trois enfants, a été arrêtée pour tentative d’enlèvement sur une fillette qui sortait de l’école Clémenceau 2, vers 8h30. Il est ressorti de l’enquête menée par la Sureté Urbaine (Su) de Dakar, qu’elle souffre de troubles d’humeur, mêlés à des accès maniaques. Elle a plusieurs fois exercé des violences sur certains de ses proches dont sa mère, son-ex époux et sa sœur. Sa mère, suivie depuis 15 ans par un spécialiste, est elle aussi sujette à des troubles psychiatriques. Idiatou Diallo séjourne en prison pour tentative d’enlèvement. Plus récemment, le 15 avril 2018, une fillette de 5 ans a failli être enlevée par Alioune Tine. Le mis en cause qui a la trentaine est domicilié à Liberté. Les faits se sont déroulés au quartier Grand Mbour.

L’As

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