A L L O C U T I O N DE MONSIEUR LE PRESIDENT OUSMANE TANOR DIENG A L’OCCASION DE L’OUVERTURE DE LA 1ère SESSION ORDINAIRE DE L’ANNEE 2017

13 - Mars - 2017

M. le Ministre du Travail, du Dialogue social,
des Organisations professionnelles
& des Relations avec les Institutions,
Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers,

Notre première session ordinaire de l’année 2017 qui s’ouvre aujourd’hui, peut être considérée comme celle marquant le démarrage effectif des activités du Haut Conseil des Collectivités territoriales. Elle doit donc constituer, pour nous, une occasion idéale de nous approprier nos missions de veille, d’écoute, d’analyse et de proposition de nouvelles stratégies de développement territorial.

En décidant, le 20 mars 2016, de faire figurer la réforme de la décentralisation et la territorialisation des politiques publiques, parmi les quinze points soumis au référendum, le Président de la République M. Macky SALL a mesuré à sa juste valeur l’impérieuse nécessité pour notre pays de s’engager résolument dans la gouvernance locale et le développement territorial.

En choisissant cette option en rupture avec les politiques antérieures, il est conscient que le chemin pour y arriver ne serait pas de tout repos. Inverser des tendances favorables au centralisme et à une gouvernance top-down est en effet un pari sur l’avenir mais aussi sur nos capacités à surmonter tous les obstacles qui entravent l’évolution de notre pays vers le développement et le progrès social.

Son intime conviction est que le Sénégal ne saurait s’engager dans la voie de l’émergence si des pans entiers de notre pays se trouvent écartés du processus de développement par le simple fait qu’ils ne sont ni de Dakar, la capitale, ni des grandes capitales régionales.

En choisissant cette option d’un nouveau projet de société fondé sur la justice et l’équitéterritoriale dans la répartition des pouvoirs, des compétences et des ressources, il a pensé à nous qui, par nos initiatives, nos idées et nos conseils, pourrons accompagner et encadrer le processus.

Une innovation majeure comme celle-là ne saurait être menée sans des hommes et des femmes de qualité, expérimentés et compétents, capables de nous permettre d’accélérer la cadence des réformes territoriales, nécessaires à la mise en œuvre concrète des politiques publiques et en particulier du Plan Sénégal Emergent.

C’est pour engager cette innovation majeure dans la gouvernance locale et dans le développement territorial qu’il a institué, comme il nous l’avait révélé, à l’installation de notre assemblée, le Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT).

Le HCCT, en tant qu’assemblée consultative qui a pour mission d’étudier et de donner un avis motivé sur les politiques de décentralisation, d’aménagement et de développement du territoire, constitue, à mes yeux, le maillon qui manquait assurément à la chaine de réformes sur la décentralisation.

Le Président de la République et la majorité des citoyens qui nous ont fait confiance pour accompagner l’acte III de la décentralisation attendent de nous que nous croisions nos regards à travers des réflexions nourries en vue de formuler des réponses pertinentes et opportunes aux interpellations des territoires. Comme en atteste, au demeurant, la composition de notre assemblée où tous les profils, toutes les compétences et toutes les trajectoires se retrouvent pour mettre en synergie leurs savoirs et leurs savoir-faire dans une approche à la fois inclusive, participative et multisectorielle.

Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers, Chers collègues,

La composition de notre Institution, émanation de la diversité de nos origines, de nos terroirs et de nos parcours personnels et professionnels respectifs, nous renseigne, en effet, sur la nécessité de nous accorder sur certaines réalités inhérentes à notre fonction de haut conseiller pour avoir le minimum de convergence sur la conduite commune à adopter pour le bon fonctionnement de notre Institution.

A cet égard, il est important de rappeler les principales missions du HCCT :

• participer au suivi de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques de décentralisation, de développement et d’aménagement du territoire ;

• concourir au renforcement du dialogue entre l’Etat et les acteurs territoriaux;

• promouvoir le développement des bonnes pratiques dans la gestion des collectivités territoriales ;

• étudier les moyens à mettre en œuvre pour le développement des territoires et le bon fonctionnement des collectivités territoriales ;

• recevoir et examiner les rapports sur le contrôle de légalité, sur le fonctionnement des collectivités territoriales et l’état de la coopération décentralisée ;

• élaborer un rapport annuel destiné au Président de la République ;

• participer à l’évaluation des politiques de décentralisation, de développement et d’aménagement du territoire ;

• donner, de façon autonome, un avis et des recommandations sur toutes les questions liées à nos domaines de compétences.

Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers,

L’office de la prise en charge de ces missions doit se baser sur des valeurs essentielles telles que la rigueur, la compétence, la transparence, la perspicacité et l’efficacité dans le travail. C’est par ces vertus que nous accompagnerons le Chef de l’Etat et son gouvernement dans leur ambition qui est à la fois de créer un cadre politique et juridique favorable au renforcement de la décentralisation, à la promotion de la gouvernance territoriale, de mieux asseoir une responsabilisation des acteurs locaux et des élus dans l’exécution des projets de développement territorial, et d’ancrer la décentralisation et de l’aménagement du territoire dans le Programme Sénégal Emergent (PSE).

Certes, le Sénégal dispose d’atouts et de forces non négligeables pour promouvoir son développement territorial et mettre en valeur ses ressources humaines et naturelles.

Cependant, les collectivités territoriales sont encore confrontées à de multiples difficultés.Un découpage administratif avec plusieurs anomalies, de fortes disparités démographiques et socio-économiques, une hiérarchie urbaine marquée par la macrocéphalie, une imprécision dans les critères de création des Collectivités Territoriales et des limites territoriales. A ceux-là s’ajoutent les faiblesses dans l’exercice des contrôles, dans la gestion des compétences transférées, des ressources financières et humaines des collectivités territoriales.

On le sait, la force d’une institution réside, avant tout, dans l'engagement des femmes et des hommes qui l'animent. Vos expériences diverses et votre disponibilité sont, j’en suis convaincu, des gages pour faire du Haut conseil une institution forte, efficace, dynamique et utile dans la construction d'un nouveau modèle de gouvernance territoriale, solidement adossée aux besoins des populations.

C’est donc en considération de toutes ces questions, que la Conférence des Présidents nous propose d’adopter, pour cette première session, une démarche prudente et progressive qui, à terme, nous permettrad’être plus performants.

A cet effet, l’ordre du jour proposé comprend :

1. un atelier de mise à niveau de l’ensemble des Hauts Conseillers pour renforcer nos capacités sur les missions de l’Etat dans un contexte de décentralisation et sur les missions, l’organisation et le fonctionnement du Haut Conseil. Cette activité, outre, qu’elle nous permettra d’avoir une vision claire et commune de ce qui est attendu de nous, sera l’occasion également pour discuter et partager sur les voies et moyens qui nous permettront de satisfaire les attentes des autorités publiques ;

2. la compréhension de nos missions et de notre méthodologie de travail peut nous servir à identifier les axes sur lesquels devrait porter notre réflexion au cours de cette année et de celles à venir. C’est pourquoi, le deuxième point de notre ordre du jour va porter sur l’élaboration, de manière concertée et consensuelle d’un plan stratégique sur la durée de notre mandat. Ce plan stratégique devrait être bâti autour d’une vision commune déclinée en axes regroupant des activités à dérouler sur la base de nos domaines de compétences. L’élaboration de ce plan stratégique doit se faire avec une attention toute particulière car à l’heure du bilan, les résultats obtenus seront à l’image de la pertinence des thèmes retenus et du respect par chacun d’entre nous du code de conduite dégagé pour encore une fois, une coproduction de qualité ;

3. Après avoir partagé ensemble nos missions et notre fonctionnement, après avoir arrêté notre programme de travail, arrive le moment de la mise en œuvre en confrontant quelques activités choisies dans le plan stratégique à la réalité de nos missions et de notre méthodologie de travail. A cet effet, le troisième point de l’ordre du jour porte, pour coller à la réalité du moment, sur la contribution à l’amélioration de l’Acte 3 de la décentralisation en vue de donner la position de notre Institution sur cette thématique majeurede réforme qualitative de l’Etat sénégalais.

Par l’Acte 3 et la création du HCCT, le Président Macky SALL confirme son option fondamentale de changement de paradigme dans la mutation du rôle de l’Etat pour impulser le développement, non plus à partir du centre administratif comme cela s’est fait jusqu’ici, mais à partir de la périphérie économique, des territoires viables porteurs du développement. Avec cette réforme majeure, la révolution managériale de l’Etat aura lieu.Il s’agit, pour le Sénégal et les Sénégalais, de substituer à l’ordre ancien un ordre nouveau nonobstant les discordances possibles, les résistances potentielles ou les conflits prévisibles qui seront régulés par le dialogue harmonieux des territoires.

Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers,

Se projeter dans le temps et dans l’espace est la caractéristique essentielle qui permet à une nation de se fonder, de se développer et de se pérenniser. Mieux, c’est dans l’approche de gestion de son territoire qu’elle développe son génie tout en façonnant le cadre de sa production économique et de sa reproduction sociale.

Voilà pourquoi l’ancrage constitutionnel du Haut Conseil des Collectivités territoriales, instance de concertation, de négociation et d’évaluation des politiques publiques locales, est assurément un acte important de confiance en la décentralisation.

Parce que nous représentons un large éventail de522 Communes, 42 Départements départementaux et 5 villes disposant, en vertu du principe constitutionnel de libre administration, de latitudes considérables d’auto-organisation de leur territoire, nous sommes en mesure, plus que d’autres d’appréhender les enjeux mais également de saisir les nombreuses opportunités qui s’offrent aux collectivités territoriales.

Je suis d’ailleurs convaincu que les liens de confiance entre les Collectivités territoriales et le HCCT tels qu’ils se sont manifestés au moment de l’élection des Hauts Conseillers et lors de l’installation de l’institution vont s’accentuer.

Les Sénégalais attendent de nous que nous soyons des acteurs essentiels de cette grande espérance en ouvrant des passerelles entre l’Etat et les Collectivités territoriales, entre les élus locaux et les acteurs à la base.

Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers, j’engage le puiné des institutions de la Républiquedu Sénégal, je veux nommer le Haut Conseil des Collectivités territoriales, à travailler pour faire de l’aménagement et du développement territorial plus qu’un instrument du pouvoir central, un outil de planification ascendante mis à la disposition des pouvoirs locaux.

Je vous exhorte donc à être en première ligne face aux préoccupations des élus locaux, en première ligne pour accompagner le gouvernement dans son ambition de territorialisation des politiques publiques.

L’enjeu, c’est de nous mobiliser, pour préparer les mutations.

J’espère que cette transformation qualitative sera engagée très rapidement pour notre pays.

Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers,

Les Institutions qui réussissent le mieux dans la compétition mondiale sont celles qui sont capables de fédérer tous les acteurs dans un même projet. Cela vaut pour le dialogue social, cela vaut également pour la concertation. Le dialogue et la concertation préparent les succès de demain. Il est impératif qu’on continue de donner l'image de gens respectables qui s’écoutent, qui dialoguent et qui tirent le débat vers le haut. Il y a suffisamment d'enjeux complexes autour de nous qui nous commandent des débats de haut niveau.

Je sais la complexité de notre pays, sa diversité, ses contradictions. Je sais aussi les difficultés qui nous guettent. Soyons à la hauteur de ce qu’attendent nos compatriotes, de ce qu’ils vivent, des enjeux du pays qui nous attend au tournant et surtout de notre réputation démocratique en Afrique et dans le monde.

Le Haut Conseil des Collectivités territoriales va bien au-delà de nous-mêmes. De par sa diversité, de par ses couleurs, de par ses valeurs, il est appelé à jouer un rôle particulier dans notre pays. C’est donc notre responsabilité de travailler ensemble au-delà des appartenances partisanes car nous sommes tous les serviteurs de la République et elle nous appelle plus que jamais, la République, à la défendre et à la promouvoir, bien avant nos formations politiques respectives.

Je me réjouis de la disponibilité et de l’engagement dont nous faisons, admirablement, montre depuis notre installation. C’est la preuve que nous avons conscience de la mission dont nous avons été investis et de notre volonté à nous en acquitter avec conscience, rigueur et abnégation.

Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers, Chers collègues,

Des échos me sont parvenus de vos travaux en commissions en plus de de ce que j’ai pu constater lors de mes visites à l’occasion de certaines réunions. J’en ai noté, avec une grande satisfaction, la pertinence de l’approche méthodologique fondée sur la recherche du consensus de manière dynamique pour laquelle vous avez opté avec conviction et engagement. Et je me réjouis, depuis le début de notre session en cours, surtout de la qualité et de la rigueur du travail produit par la Conférence des présidents, les commissions et l’administration du HCCT. Votre dynamisme dans l’accomplissement de notre mission républicaine commune, tant du point de vue individuel que collectif au service du rayonnement du Haut Conseil, me rassure et augure de lendemains prometteurs pour la décentralisation et le développement territorial. Or donc, gardons le cap, renforçons le rythme et la cohésion, maintenons la méthode et les résultats n’en seront que bien meilleurs. Je vous y invite à nouveau.

Je vous remercie, Mesdames, Messieurs les Hauts Conseillers, de votre aimable attention./-

 

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