AFFAIRE FARBA NGOM : QUAND LA LIBERTE PROVISOIRE DEVIENT UNE ILLUSION JUDICIAIRE

14 - Février - 2026

Il est des affaires qui dépassent les individus pour devenir des révélateurs de l’état réel d’une démocratie. L’affaire impliquant le député-maire des Agnams Monsieur Farba Ngom est de celles-là. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement le sort d’un homme politique, mais la crédibilité même de la justice sénégalaise face au pouvoir exécutif.
Rappelons les faits. L'honorable député Farba Ngom est poursuivi pour détournement de fonds publics, blanchiment de capitaux, enrichissement illicite et complicité. Des accusations lourdes, spectaculaires, mais qui posent une première question fondamentale : de quels fonds publics parle-t-on exactement ?
Car, en réalité, Monsieur Farba Ngom n’a jamais été ordonnateur de crédits publics nationaux, n’a jamais géré de budget d’État, et n’a jamais occupé de fonction administrative impliquant la manipulation directe de deniers publics. La seule structure publique qu’il ait dirigée est la mairie d’Agnam, laquelle n’a jamais été citée, ni inquiétée, ni même mentionnée dans ce dossier judiciaire.
Autrement dit, on poursuit un homme pour détournement de fonds publics sans identifier clairement l’institution publique lésée. Une anomalie juridique majeure, rarement soulignée dans le débat public.
Après presqu'un an de détention provisoire, la justice a pourtant confirmé sa liberté provisoire. Une décision lourde de sens, qui reconnaît implicitement que les conditions légales de son maintien en prison ne sont plus réunies. Et pourtant, dans les faits, rien ne change pour Farba Ngom. La liberté est proclamée, mais il demeure toujours en prison. La décision existe sur le papier, pas dans la réalité.
Nous sommes donc face à une situation absurde : un citoyen juridiquement éligible à la liberté, mais politiquement maintenu en détention.
Plus troublant encore : dans ce même dossier, le complice présumé, coaccusé des mêmes faits, a récemment bénéficié d’une mise en liberté sur décision de justice, sans appel du parquet. Une décision acceptée, exécutée, respectée que nous saluons.
Mais pour Farba Ngom, dans une parfaite rupture d’égalité devant la loi, le parquet a, lui, choisi de faire appel. Appel rejeté. Et malgré cela, la liberté provisoire reste bloquée dans les faits, contournée dans la pratique.
Deux coaccusés. Même dossier à peu près. Même juge.
L’un est libre. L’autre reste en prison????
C’est cela, le cœur du malaise : un traitement judiciaire différencié, difficilement justifiable sur le plan du droit, mais très lisible sur le plan politique.
Comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle séquence institutionnelle est enclenchée : la mise en place d’une commission parlementaire chargée d’examiner la levée de son immunité, sur saisine du Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Le motif invoqué : une supposée introduction et l'usage illégal de téléphone en milieu carcéral.
Un fait secondaire, presque anecdotique au regard de la gravité des charges initiales, mais qui surgit opportunément au moment précis où une issue judiciaire favorable se confirme. Le message est clair : quand un motif tombe, on en fabrique un autre.
Ce glissement permanent du cadre juridique est extrêmement dangereux. Il installe l’idée que la détention n’est plus la conséquence d’un risque pénal objectif, mais le résultat d’une volonté politique de neutralisation.
À cela s’ajoute un élément humain que nul État de droit ne devrait ignorer : l’état de santé de Farba Ngom, jugé incompatible avec une détention prolongée. Des certificats médicaux existent. Des alertes ont été formulées. Mais là encore, rien ne semble peser face à la logique du maintien sous écrou.
Lorsque dans une démocratie, la détention provisoire se prolonge sans justification claire, elle devient arbitraire voire un déni de justice.
L’affaire Farba Ngom pose donc une question simple, mais redoutable : la justice sénégalaise est-elle encore souveraine dans ses décisions, ou est-elle désormais contrainte de s’adapter aux rapports de force politiques ?
Ce débat dépasse les clivages partisans. Il concerne tous les citoyens. Car aujourd’hui c’est Farba Ngom. Demain, ce pourrait être n’importe quel acteur politique, n’importe quel opposant, n’importe quel citoyen devenu encombrant.
Une démocratie ne se mesure pas à la force de ses discours, mais à la capacité de ses institutions à résister à l’arbitraire. La liberté provisoire ne doit pas être un concept abstrait. Elle doit être un acte réel. Faute de quoi, ce n’est pas seulement un homme qui est privé de liberté, mais un principe fondamental de l’État de droit qui est, lui aussi, mis en détention.

Amadou Diallo Coordonnateur APR France

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