Bassirou Sène: je félicite le président de la République qui « a permis de renouer avec les visites d’Etat après tant d’années de disette »
L’ambassadeur du Sénégal en France, Bassirou Sène, tire un bilan positif de la visite d’Etat que le président de la République a effectuée en France du 18 au 22 décembre. Il le félicite d’avoir « permis [au Sénégal] de renouer avec les visites d’Etat après tant d’années de disette ». A l’en croire, la relation historique qu’entretient nos deux pays s’est fortement renforcée à l’issue du séjour de Macky Sall. L’ambassadeur du Sénégal en France, qui a été élevé à la dignité d’Officier dans l’Ordre National du Lion, s’est aussi prononcé sur la polémique liée à l’accueil du président Sall par Annick Giraldin, ministre qui occupe le quinzième rang dans l’ordre protocolaire du gouvernement français.
Infos15 : Le président de la République a effectué une visite d’Etat en France du 18 au 22 décembre. Quel bilan vous en tirez ?
Bassirou Sène : A la suite de Monsieur le président de la République, je veux dire toute ma satisfaction pour le bon déroulement de cette visite d’Etat. Mais aussi pour les résultats engrangés. Le premier est le renforcement évident des relations d’amitié et de fraternité qui lient la République française au Sénégal. Les liens d’amitié qui lient Monsieur le président de la République à son ami et frère Monsieur François Hollande. C’était une visité d’Etat, cela signifie que ce sont deux Etats qui se rencontrent contrairement aux autres visites. Ici, on a donné la priorité aux institutions. Le président a été reçu à l’Elysée par son homologue, au Sénat par Monsieur Larcher (président du Sénat, Ndlr) et son bureau ; il lui a même offert un déjeuner avec échanges de toasts. Il y a eu la visite à la mairie, laquelle fait partie des institutions fortes de la République française parce que beaucoup de choses se sont déroulées dans cette enceinte pour la libération de la France. Ensuite, il a été à l’Assemblée nationale. A chaque fois, il a eu des échanges sur les relations bilatérales et la coopération multilatérale. C’étaient des échanges extrêmement fructueux qui ont abordé l’ensemble des questions majeures qui intéressent les deux Etats.
Le mardi 20 décembre était la journée phare de la visite du chef de l’Etat. Elle a été sanctionnée par un dîner d’Etat avec la participation des opérateurs économiques sénégalais, des hommes politiques et des amis de la République du Sénégal. C’était aussi un moment de partage et d’échange où une vision commune s’est dégagée sur les questions majeures concernant l’économie, la diplomatie, la culture etc.
Nous devons nous en réjouir. Au cours de cette même journée, sept accords ont été signés dont le plus important à notre sens, est celui qui va permettre la construction du Train Express Régional (TER) qui va relier Dakar à Diamniadio, mais aussi toutes les villes satellites de Dakar. Le TER va permettre la fluidité du transport entre Dakar et l’aéroport qui va bientôt démarrer ses activités. D’autres accords ont été signés sur l’environnement, l’école, la formation professionnelle etc. Si vous totalisez l’ensemble de ces accords plus les échanges et les mots partagés entre les hautes autorités, vous vous rendrez compte qu’à l’issue de cette visite d’Etat, la relation entre la France et le Sénégal s’est renforcée et a projeté des perspectives extrêmement intéressantes pour les années à venir pour la diaspora, pour les étudiants, pour les populations et pour l’économie sénégalaise dont les performances ont été saluées à tout point de vue. On est à 6,7% de taux de croissance, avec la perspective du pétrole et du gaz, les espoirs sont encore réaffirmés. Toutes choses qui montrent que cette visite, il fallait la faire. Elle a été faite dans les règles de l’art avec le faste et les honneurs de la République ? Nous en sommes très satisfait et félicitons à travers votre micro Monsieur le président de la République qui a permis de renouer avec les visites d’Etat après tant d’années de disette. Il a permis à la République du Sénégal de rayonner sur le sol français et à l’échelle du monde avec notre présence au Conseil de sécurité.
Pourquoi, selon vous, la France a-t-elle invité Macky Sall en visite d’Etat ?
Plusieurs raisons expliquent le choix porté sur Monsieur le président de la République. Le Sénégal est un pays démocratique, stable qui s’investit dans le règlement des conflits, notre pays montre la voie en tant que président du NEPAD. C’est le président qui porte la voix sur les grandes questions économiques et migratoires ; sur le changement climatique et sur la francophonie. C’est la voix du président qu’on entend au G8, au G20 et tous les fora internationaux. Et il le fait avec l’engagement, la détermination, mais surtout la compétence qui caractérise sa personnalité. En sus de cela, il y a que le président de la République est en train d’incarner une nouvelle gestion de la Cité. Avec un écart par rapport au rapport extrêmement étroit qui existe entre le pouvoir et les hommes politiques observé ailleurs.
Vous savez que dans certains pays, les Constitutions sont manipulées pour se maintenir au pouvoir. Lui a introduit un changement constitutionnel qui fixe désormais à deux, le nombre de mandats au Sénégal. Cela veut dire que le rapport au pouvoir observé ailleurs, qui est sources de tensions, de bain de sang et de morts, ne peut pas prévaloir au Sénégal parce que le Constitution est verrouillée. Ce sont des exemples comme ceux-là que la France a voulu projeter à l’Afrique et au reste du monde pour dire que le Sénégal est un exemple à suivre. Il y a aussi l’amitié qui lie les deux chefs d’Etat. Moi je pense que ce sont là quelques raisons qui expliquent l’invitation du président de la République.
Certains Sénégalais ont estimé que c’est un ministre de seconde zone qui a accueilli le président de la République, en l’occurrence Annick Giraldin.
C’est méconnaître le protocole républicain en France. Vous savez que dans ce pays, quand le président de la République se déplace avec un cortège, on bloque la circulation. Certains citoyens peuvent même penser que c’est une violation de leurs droits. Les cortèges qui bloquent la circulation, peut-être qu’il y a une ambulance qui devait transporter un malade, peut-être qu’il y a quelqu’un qui avait un rendez-vous urgent. Le cortège peut être source de blocage. (...) Ensuite, pour une visite d’Etat, l’accueil est l’affaire du ministère des Affaires étrangères. Pour les trois visites d’Etat qui ont précédé celle du président Macky Sall, à savoir celles des présidents Sud africain, malien et nigérien, aucun de ces chefs d’Etat n’a été accueilli par un ministre. Certains ont été accueillis par le directeur du protocole, d’autres par les ambassadeurs des deux pays. Avec le président de la République, Macky Sall, c’est un ministre de la République, qui a été ministre de la Coopération et qui s’était illustré comme particulièrement proche du Sénégal. C’est également un ministre disponible à chaque fois que les intérêts de notre pays ont été mis en jeu. Cette proximité avec le Sénégal nous semble être une raison pour son choix. Ensuite, il faut se dire qu’aujourd’hui, on est dans une période de campagne des primaires de la gauche. Et plusieurs membres du gouvernement sont dans leur bastion pour mobiliser leurs militants. Donc on comprend que Madame Giraldin, qui est reconnue comme proche du président Hollande, puisse être choisie pour accueillir de président Macky Sall. Vous avez vu la suite, pour aller à la mairie, le président de la République a été accompagné par Ségolène Royal. Aux Invalides, par le Premier ministre Bernard Cazeneuve ; à l’académie des sciences, par le président Hollande. Et dès le lendemain de son arrivée, pour aller à Strasbourg, il a été accompagné par le ministre des Infrastructures, qui a été d’ailleurs décoré. Donc où est le problème ? Si c’est une question de notoriété de la représentation, je pense que le Sénégal a été particulièrement bien servi. Voyez donc que c’est un faux débat. C’est une règle protocolaire en France, le président de la République accueille toujours son hôte sur le perron de l’Elysée. Avoir donc Mme Giraldin est une marque de considération de plus pour le président Macky Sall.
Vous avez été décoré par le chef de l’Etat. Quelle est pour vous, la signification de cette distinction ?
Vous me voyez rire parce que je suis très satisfait de cette décoration. Je suis élevé à la dignité d’Officier dans l’Ordre National du Lion. C’est un peu une reconnaissance de la République pour notre modeste contribution à l’effort de développement économique, social et de promotion de notre diplomatie. Je suis profondément républicain, je crois à mon pays, je suis prêt à tout pour mon pays, peut-être que c’est cela qui a été aussi valorisé.
Recueillis par Cheikh Sidou SYLLA