Débat décisif de la primaire à gauche : pas de KO mais quel match !

26 - Janvier - 2017

Tout les oppose mais ce débat de l’entre-deux tours entre Hamon et Valls, s’il n’aura pas permis de les réconcilier, a été fair-play et de qualité.

Ils sont entrés sur le plateau du débat un peu comme sur un ring de boxe. Au lieu de peignoirs, les deux finalistes de la primaire de la gauche arborent des tenues quasi identiques. Costumes bleus, cravates bleues, chemises blanches… Face à eux, trois journalistes et, dans le champ de vision de chacun, leurs amis et soutiens politiques.


On s’attendait à des échanges agressifs, les heures précédant le débat la tension n’a cessé de monter entre eux. Au lieu de quoi Manuel Valls s’est efforcé de sourire, un peu mécaniquement tandis que Benoît Hamon, très à l’aise, a laissé venir son adversaire qui a d’emblée calmé le jeu : « Je veux dire mon plaisir d’être ici avec Benoît Hamon pour qui j’ai de l’amitié et du respect. » Valls poursuit, « ce n’est pas un débat personnel. C’est un débat historique, décisif pour la gauche », lâche-t-il, solennel.

 «Un débat historique»

De fait, un vrai débat s’installe entre les deux socialistes qui portent chacun des projets de société aux antipodes l’un de l’autre. Et qui, pour une fois, ont eu le temps de développer leurs idées sans que leurs prises de parole ne soient trop longues. Un vrai succès de ce point de vue.

 

 Très attendu depuis qu’il fait la course en tête, le député des Yvelines doit prouver qu’il peut tenir la distance dans un long échange télévisé face à un adversaire coriace et affûté. Il est le premier à interpeller directement son rival, avec le tutoiement en vigueur entre de vieux camarades de parti qui se connaissent par cœur. Tout de suite, on entre dans le vif du sujet avec l’économie.

 

«Je suis le candidat de la feuille de paie et je ne veux pas que mon ami Benoît Hamon soit le candidat de la feuille d’impôt»

MANUEL VALLS


Benoît Hamon défend avec éloquence son projet qui intègre l’idée d’une destruction partielle du travail par le numérique. Réplique de Manuel Valls : « Je ne crois pas à la raréfaction du travail. Attention au message d’abdication. »
Petite respiration lorsque Hamon s’adresse à celui qui fût son Premier ministre : « La grippe de Madame Bettencourt est remboursée de la même manière que la grippe de Monsieur Valls s’il tombait malade. » L’intéressé s’esclaffe : « C’est plutôt toi qui étais grippé ! » Allusion à la maladie qui a affaibli le candidat la semaine dernière.


Mais on retombe très vite dans le dur. Hamon est sommé par les journalistes d’expliquer comment il compte financer les 300 à 400 milliards que coûterait la mise en place du revenu universel, sa mesure phare (lire ci-contre). L’occasion pour Valls de lâcher son premier uppercut. « Je suis le candidat de la feuille de paie et je ne veux pas que mon ami Benoît Hamon soit le candidat de la feuille d’impôt », balance-t-il.


L’ex-Premier ministre reprend la main. Il insiste à plusieurs reprises sur la nécessité d’être crédible quand Benoît Hamon préfère dessiner les contours de ce « futur désirable » dont il rêve.


Les deux adversaires tentent d’effacer leurs « défauts ». Manuel Valls reconnaît que la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires a été une « erreur ». Benoît Hamon cherche à gommer son passé de frondeur en admettant que tout n’a pas été raté dans le quinquennat.


Mais décidément, tout les oppose. Sur la laïcité par exemple, au nom de la liberté des femmes, Valls défend une interprétation intransigeante de la loi de 1905. Pour Hamon, qui cite François Hollande, « la laïcité, ça n’est pas un dogme de plus. C’est l’art de vivre ensemble ».


Sur fond d’un étonnant camaïeu de rose et de bleu, les deux finalistes ont offert l’un des meilleurs débats politiques de ces derniers temps. Sans rien abdiquer, ni tomber dans le pugilat. Mais en n’étant d’accord sur rien ! Et dire qu’ils sont (encore) dans le même parti…

Leparisien

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