Députés de la diaspora : une mesure historique qui devrait transcender les clivages politiques (Par Cheikh Sidou SYLLA)

27 - Janvier - 2017

Quinze députés élus par les Sénégalais de l’extérieur feront leur entrée à l’Assemblée nationale à l’issue des prochaines élections législatives. Conséquence, le nombre de sièges passe de 150 à 165. Cette augmentation a été diversement accueillie par nos compatriotes. Moustapha Diakhaté, président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar, comme plusieurs souteneurs de Macky Sall, a salué la mesure : « Les Sénégalais qui sont à l’extérieur du Sénégal ont toujours déploré ne pas être représentés au niveau de l’Assemblée nationale, malgré l’importance de leur contribution par rapport au développement économique et social de notre pays », avait-il confié à RFI. « Depuis très longtemps, il y avait des députés qui étaient de la diaspora, qui siégeaient au niveau de l’Assemblée nationale. Mais en réalité, ils ne représentaient pas la diaspora parce que ce n’était pas des députés élus de la diaspora. Cette fois-ci, ce seront des députés élus, par les Sénégalais de la diaspora », avait-il ajouté. Pour d’autres, ce « clin d’œil » du pouvoir aux Sénégalais de la diaspora va crever le budget de l’Etat.
La lecture que j’en fais est différente. Le développement du Sénégal se fera avec tous ses fils, où qu’ils résident dans le monde. Et la contribution de la diaspora dans le combat acharné que notre pays mène contre le sous-développement ne doit pas se limiter aux seuls milliards de FCFA qu’elle transfère chaque année au Sénégal. Elle peut et doit aussi, c’est le plus important, apporter son expertise, son expérience ; et que sais-je encore ?
Mais la tâche ne sera pas une sinécure. Il y a deux ans, le sociologue des migrations, Mamadou Dème, avait tiré la sonnette d’alarme en révélant qu'en France, plusieurs jeunes issus de l’immigration refusaient de verser leurs cotisations pour renflouer les caisses villageoises. Il ajoutait qui si la situation n’évoluait dans le bons sens, dans les années à venir, les associations de migrants auraient d’énormes difficultés à collecter des fonds nécessaires pour construire des écoles, des postes de santé, des forages…dans leurs villages respectifs. Car plusieurs cotisants, disait-il, étaient dans l’antichambre de la retraite.
Ces jeunes nés et éduqués en Europe, en Amérique…ne sont pas des Sénégalais comme vous et moi. Ils sont culturellement différents de nous. Il faut donc les « endoctriner », les abreuver à la source de nos valeurs pour qu’ils ne coupent pas les ponts avec leur pays d’origine. Aussi important et nécessaire soit-il, le rôle des parents ne suffira pas pour atteindre cet objectif. Les pouvoirs publics doivent y contribuer largement.
En permettant aux Sénégalais de la diaspora d’élire leurs représentants à l’Assemblée nationale, Macky Sall et son gouvernement ont posé un acte historique qui devrait transcender les clivages politiques. Il doit être logé dans un arsenal de mesures devant encourager les Sénégalais éparpillés dans les quatre coins de la planète à contribuer, d’une manière ou d’une autre, à la construction de leur pays. Les historiens estiment de 50 à 150 millions d’hommes et de femmes valides arrachés au continent pendant la traite négrière, du XVIème siècle à la fin du XIXème siècle. « L’Afrique perd son sang par tous ses pores », disait l’explorateur allemand Comeron. Le Sénégal (comme les autres pays du continent) ne devrait-il pas prendre des mesures audacieuses pour ne pas perdre, une fois encore, une bonne partie de ses enfants les plus valides du fait, cette fois, de l’émigration ? Confier des postes de responsabilité aux Sénégalais de l’extérieur qui ont le profil de l’emploi sans tenir compte de leur coloration politique, organiser des concours de recrutement (hiérarchie A) dans la fonction publique dans les pays où réside une forte communauté sénégalaise etc., sont entre autres mesures que Macky Sall et son gouvernement devraient aussi  prendre pour inciter nos "têtes bien faites" de la diaspora à s'intéresser "aux affaires de la Cité".
Le jeu en vaut la chandelle ! Et le jour où on aura, au Sénégal, des magistrats, des administrateurs civils, des avocats, des députés descendants d’immigrés,  les contempteurs d'aujourd'hui comprendront alors la portée de l'acte que les tenants du pouvoir viennent de poser.


Cheikh Sidou SYLLA

 

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