ÉDITO-LE PATRIOTISME NE SE MESURE PAS A LA SOUMISSION A UN CHEF, FUT-IL OUSMANE SONKO
« Quand on n’est pas en phase avec Ousmane Sonko, on se fait insulter et attaquer verbalement », a déclaré l’homme d’affaires Amir Abo, qui dresse un portrait sévère du pastefien à travers des révélations saisissantes sur Ousmane Sonko.
Dans le débat politique sénégalais, une question revient avec insistance : peut-on encore choisir librement son camp sans être aussitôt insulté, catalogué ou disqualifié ? Lorsqu’un citoyen, un intellectuel, un journaliste ou un responsable public refuse de se soumettre à une ligne politique, il est souvent accusé de trahison, de reniement ou de manque de loyauté. Cette logique d’exclusion révèle une dérive inquiétante du débat démocratique.
Le parti Pastef, porté par Ousmane Sonko, a longtemps incarné pour beaucoup une promesse de rupture, de rectitude morale et de refondation républicaine. Mais l’exercice du pouvoir a progressivement mis en lumière un autre visage : celui d’un mouvement où la parole publique se durcit, où la nuance s’efface, et où l’insulte devient parfois un instrument de disqualification politique. Ce décalage entre le discours fondateur et la pratique du pouvoir alimente aujourd’hui de fortes désillusions.
La rupture ne se limite plus aux opposants traditionnels. Elle touche aussi des alliés d’hier, des figures publiques, des journalistes, des agents de l’État ou des syndicats qui refusent désormais de s’aligner sans réserve. Dès lors, le simple fait de prendre ses distances avec Pastef suffit parfois à être rangé dans le camp des « traîtres » ou des « vendus ». Or, dans une République mature, l’insoumission ne devrait pas être confondue avec la trahison.
Le vrai problème est là : lorsqu’un leadership politique exige l’adhésion totale, il finit par confondre discipline partisane et vérité républicaine. Il transforme la contradiction en offense et le désaccord en crime moral. Dans ce climat, la démocratie se rétrécit, car la liberté de choisir, de critiquer et de rompre avec un projet politique devient suspecte.
Il faut pourtant le rappeler : nul n’est obligé de rester fidèle à une idée, à un homme ou à un parti lorsqu’il estime que les promesses initiales ont été trahies. Le droit de se désolidariser d’un pouvoir, même lorsqu’il fut jadis soutenu avec ferveur, fait partie des exigences élémentaires de la vie démocratique. Être libre, c’est aussi pouvoir dire non.
Au fond, la vraie question n’est pas de savoir qui sont les traîtres ou les « crasseux ». Elle est de savoir si le Sénégal accepte encore un espace politique où l’on peut diverger sans être humilié, où l’on peut critiquer sans être voué aux gémonies, et où le patriotisme ne se mesure pas à la soumission à un chef. C’est à cette aune que se jugera la maturité de notre démocratie.
KMNGN