Face au pouvoir de Macky Sall : Abdoulaye Wade appelle à la résistance
«Il faut résister ». « Il faut savoir résister à l’oppression sinon les dictatures rampantes finissent toujours par s’installer de façon irréversible. » C’est l’appel que Me Abdoulaye Wade a lancé lors d’une conférence organisée, samedi 29 octobre, par la fédération Pds de France sur le thème : « l’Etat de la démocratie au Sénégal”.
Wade, un phénomène ! Le maître de cérémonie annonce son arrivée. Des centaines de militants surexcités sortent leur téléphone portable pour immortaliser l’instant. L’ambiance monte d’un cran avec la complicité du DJ. Fausse alerte ! Il ne s’agissait pas du président Wade. C’est plutôt l’arrivée des conférenciers en l’occurrence Me Amadou Sall, Mamadou Diop Decroix et Me Abdoulaye Tine. Le MC bat sa coulpe. L’assistance ne lui en tiendra pas rigueur en dépit de son impatience d’accueillir le prédécesseur de Macky Sall. Il fait chaud dans la salle, les organisateurs sont obligés d’ouvrir les fenêtres pour apporter un peu de fraîcheur. On attend Wade, mais il n’arrive toujours pas. Pour gagner du temps, on décide alors de commencer les travaux.
Me Amadou Sall est le premier à prendre la parole pour faire « l’état de la démocratie au Sénégal », thème de la conférence. La salle est pleine comme un œuf. « Cette forte mobilisation est la preuve de la capacité de réorganisation et de reconstruction du parti », se félicite Me Sall. Il est vrai que la fédération Pds de France a réussi sa manifestation en termes de mobilisation. Jamais, depuis 2012, un parti de l’opposition n’a fait mieux à Paris. C’est la renaissance du Pds en France.
Une demi-heure après le début de son réquisitoire contre le pouvoir, Amadou Sall est interrompu. Celui que tout le monde attendait vient de faire son apparition. L’ambiance est à son paroxysme, les « Sopi » et « Karim président » fusent de partout. Plusieurs militants veulent une photo du prédécesseur de Macky Sall. Difficile dans ces conditions de dégager le passage pour l’ancien couple présidentiel. Les préposés à la sécurité y arriveront, quand même. Après ce quart d’heure de folie, Me Sall peut continuer son exposé. Mamadou Diop Decroix et Me Abdoulaye Tine lui succéderont.
Tous les conférenciers ont déploré la régression de la démocratie sénégalaise depuis l’accession de Macky Sall au pouvoir, en 2012. Les preuves qu’ils ont brandies sont nombreuses : une centaine de responsables du Pds jetés en prison, manipulation de la justice, interdiction quasi systématique des marches de l’opposition et même celles de la société civile, volonté manifeste d’exclure l’opposition du processus électoral etc.
Que faire alors face au pouvoir de Macky Sall ? Pour Abdoulaye Wade, il ne suffit pas de se plaindre. Il faut savoir « résister à l’oppression ». « Il faut de la détermination. (…) On n'accède pas à la présidence avec un nœud papillon, ce n’est pas vrai ! Le combat politique, c’est cela, c’est un combat qu’il faut et [il faut] payé un prix. Vous savez l’histoire de la vie ou de la mort, ça dépend hein. Moi ce que mon père m’a appris, c’est que, ‘si quelqu’un porte atteinte à ton honneur, consacre ta vie là. Il ne faut pas dire, je vais et je reviens. Tu règles le problème là, au prix de ta vie.’ En tout cas moi, je ne me fais pas accepter n’importe quoi, ce n’est pas vrai. (…) Il faut résister ! Le droit à consacrer la résistance à l’oppression. (…) Il faut savoir résister à l’oppression sinon les dictatures rampantes finissent toujours par s’installer de manière irréversible », a argumenté l’ancien président de la République. Ce propos de Me Wade pourrait être interprété par ses détracteurs comme un appel au soulèvement. C’est sans doute pourquoi, il a tenu à précisé qu’il ne demandait pas à l’opposition de « créer du désordre ».
« On ne naît pas dictateur, on le devient, avait auparavant dit Mamadou Diop Decroix. Lorsqu’Abdoulaye Wade a fait de Macky Sall ce qu’il est devenu après Dieu, il ne pensait pas que ce Monsieur, caché dans son être, serait devenu un dictateur. Malheureusement, il s’est écarté des chemins rationnels pour s’engager dans des impasses. (…) C’est pourquoi la situation est très grave. Je ne suis pas un oiseau de mauvais augure, mais j’ai beaucoup appris dans l’histoire des nations, a poursuivi le coordinateur du Font Patriotique pour la Défense de la République (FPDR).
On va devant des difficultés, a-t-il prédit. Le président Sall sait que les prochaines élections ne lui seront pas favorables et il a décidé malgré tout de rester. Alors ce qu’il veut faire, c’est de gagner administrativement les élections et non de les gagner politiquement. (…) Alors c’est à nous de prendre nos responsabilités. Le bon Dieu ne descendra pas pour régler ces problèmes à notre place, a-t-il ajouté.
Nous sommes prêts, s’il est prêt à envoyer la troupe sur les populations, qui sont avec l’opposition, il n’a qu’à le faire. En tout cas nous descendrons dans la rue pour protéger nos libertés. Le peuple sénégalais n’a jamais accepté d’être piétiné y compris pendant la période esclavagiste. Aujourd’hui on pense qu’on peut réduire les Sénégalais au silence et faire ce qu’on veut. Ça ne passera pas ! » « Je pense que pour le Pds, et pour toutes les forces politiques et sociales de ce pays ainsi les mouvements citoyens, c’est l’heure du patriotisme qui a sonné. Qu’on s’organise (…) partout, qu’on décide de faire face et qu’on accepte les sacrifices, car ‘on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs’ », a appelé Diop Decroix sous un tonnerre d’applaudissements.
« Macky Sall a peur de Karim Wade »
Au cours de cette conférence, Me Amadou Sall a aussi expliqué les raisons pour lesquelles le président de la République cherche, selon lui, à détruire le Parti démocratique sénégalais. « Macky Sall a peur de Karim Wade. La première année de son emprisonnement, trois cents mille Sénégalais ont demandé à le rencontrer. La deuxième année, c’est monté à six cents mille et la troisième année à plus de neuf cent cinquante mille. C’est-à-dire que pendant qu’il est en prison, qu’il n’est pas libre de ses mouvements, qu’il ne communique pas, qu’il ne parle pas, qu’il n’agit pas, il y a neuf cent cinquante mille Sénégalais qui ont demandé à le rencontrer. Macky Sall, au premier tour, n’a pas eu plus de six cents mille voix. C’est cette peur qu’il suscite qui explique le fait que Macky Sall dise : ‘Je ne passerai pas non seulement une seule nuit au Sénégal avec un Karim Wade libre, mais en plus, il faut que je détruise Abdoulaye Wade et son parti’.
Wade rassure sur son état de santé
Récemment donné pour mort sur les réseaux sociaux, Abdoulaye Wade a profité de cette conférence pour rassurer ses militants sur son état de santé. « Je vais vous rassurer, je me porte bien. Le jour que je sentirai que mes forces m’abandonnent, je ne me ferai pas inviter parce que je saurai que j’ai accompli ma tâche. Mais ceux qui souhaitent ma mort sur Internet, qu’ils se rassurent. La plupart d’entre eux, je me pencherai sur leur tombe pour prier », a dit Abdoulaye Wade, copieusement applaudi par les nombreux militants présents dans la salle.
Cheikh Sidou SYLLA