France: Cinq "fake news" qui ont marqué la campagne présidentielle

20 - Avril - 2017

L'influence des fausses informations sur la présidentielle pourrait jouer "un rôle crucial" lors de l'élection, selon une étude. Retour sur cinq "fake news" qui se sont immiscées dans la campagne.

Un lien sur quatre (24,2%) partagés sur les réseaux sociaux au sujet de la présidentielle française provient de sources qui aident à promouvoir les "fake news". C'est le résultat de l'étude publiée par le consultant en réseaux sociaux Bakamo, qui a analysé près de huit millions de liens entre novembre 2016 et début avril 2017. "Une exposition accrue aux sites qui répandent des mensonges, des théories conspirationnistes, de la propagande pro-russe et des opinions racistes pourrait jouer un rôle crucial et finalement décisif" lors de l'élection, note ainsi son PDG Jonathan Deitch.

Selon "Les Décodeurs" du Monde, qui ont fait de la traque d'intox leur spécialité, les plus partagées concernent l'immigration, les médias, la sécurité et… Emmanuel Macron.

Des infirmières "françaises" agressées par un "migrant"

La vidéo a été vue plus de quinze millions de fois depuis le 18 mars. Relayée sur les réseaux proches de l’extrême droite française, elle montre un homme frapper deux infirmières dans un hôpital. Sur le groupe Facebook "SOS Racisme anti-blance", à l'origine de l'intox, il est écrit en description : "On les soigne et ils en sont reconnaissants, la preuve", avant qu'un autre contenu ne soit promu avec cette mention : "une autre vidéo pour vous faire découvrir la France". De partages en partages, les messages affirment que l'homme en question est "un migrant venu chercher la gratuité des soins".

En réalité, les images ont totalement été sorties de leur contexte. Elles ont en fait été tournées à Novgorod, en Russie, au mois de février. Selon la presse locale, l’homme, un Russe de 38 ans, était sous l’emprise de l’alcool et a été arrêté à la suite de cette agression.

Macron, le "candidat préféré de l'Arabie saoudite"

Si aucun candidat n'est épargné par la rumeur, Emmanuel Macron semble être la cible numéro un de ces "fake news". Certaines lui ont ainsi attribué le projet de créer une nouvelle taxe pour tous les propriétaires de logements en France, réunissant au total un peu plus de 100.000 partages. Une autre affirmait que la campagne du candidat était financée à plus de 30 % par l’Arabie saoudite. En l'occurrence, tout est parti d'un site créé spécialement pour l'occasion et imitant parfaitement le journal belge Le Soir. Dans un article daté du 25 février, l'ancien ministre de l'Économie est présenté comme "le candidat préféré de l'Arabie saoudite à l'élection présidentielle". De l’adresse URL, jusqu’à la signature de l’article faussement attribuée à l’Agence France Presse, les détails sont précis. L’intox s'appuyait même sur le prétendu témoignage d’un député socialiste belge, Philippe Close, qui s’était empressé de démentir.

Nicolas Vanderbiest, spécialiste des phénomènes d’influence sur les réseaux sociaux à l'université de Louvain-la-Neuve, en Belgique, s'est en fait rendu compte que des faux comptes Twitter avaient envoyé le faux article à la presse et aux journalistes. Parmi ces faux comptes, celui d'une prétendue "Lina Vincent", qui se présente comme journaliste mais relaie principalement des messages pro-russes, pro-iraniens et anti-saoudiens. Sa photo de profil a en réalité été volée dans un article de Var Matin. Mais la fausse information navigue jusqu'à être reprise par la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, qui la publie sur son compte Twitter, avant de finalement l'effacer.

D'autres rumeurs ont circulé à propos du candidat d'En Marche !, comme celles qui évoquent sa prétendue liaison avec le directeur de Radio France, Mathieu Gallet (une rumeur à laquelle il a publiquement répondu) ; qui assurent que sa déclaration de patrimoine est fausse ; ou qu’il n’a pas payé sa "pantoufle" (dédit que doit un haut fonctionnaire à l’État lorsqu’il choisit de travailler dans le privé) assez cher, etc.

Des rumeurs si persistantes qu'Emmanuel Macron a mis en place une cellule de riposte à son QG de campagne, supervisée par Sylvain Fort, chargé de la communication du candidat.

Un militant FN "employé de Canal+"

"Le fameux militant raciste et homophobe du documentaire de C8 est en vérité ingénieur du son pour Canal+ ! Lagache est une crapule !". L’accusation est lancée par Steeve Briois, le maire Front national d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais. Une dénonciation lancée à l'origine par un responsable des jeunes du parti frontiste, Cyril Martinez, capture d’écran à l'appui. En cause, le documentaire la Face cachée du Front national, diffusé en mars dernier sur C8. "Voilà le genre de manœuvres qui sont utilisées par les médias. C’est honteux et j’espère qu’ils vont être lourdement condamnés", avait même déclaré Marine Le Pen auprès de l'AFP.

Oui mais voilà, l'homme en question n'a jamais travaillé pour le groupe Canal+. La capture d’écran de son profil Facebook a simplement été modifiée pour y faire apparaître la mention "ingénieur du son à Canal+" et publiée sur un forum de discussion. Cyril Martinez, joint par Libération, avait fini par avouer son erreur : "J’ai eu le malheur de relayer cette source sur un forum Discord mais j’aurais dû attendre confirmation", avait-il expliqué.

François Fillon et l'annonce du suicide de sa femme

En pleine tourmente dans l'affaire des emplois fictifs soupçonnés de son épouse Penelope, François Fillon, en plein JT de 20H sur France 2 avait lâché, le 5 mars dernier : "On a annoncé le suicide de ma femme mercredi matin sur des chaînes de télévision". Or, une telle information n’a jamais été évoquée à la télévision ce jour-là, marqué par le report de sa visite au Salon de l’agriculture, en raison de l’annonce de sa convocation devant les juges. Seuls quelques journalistes ont fait état d'un possible événement "grave", "privé" ou "personnel" pour expliquer ce changement soudain dans l’agenda du candidat, comme le rappelle le Huffington Post.

Quelques jours plus tard sur Europe 1, François Fillon s'était défendu en pointant les réseaux sociaux : "Ce n'est pas moi qui l'ai inventé, c'est ma fille qui a découvert sur les réseaux sociaux qu'une ambulance était devant la maison pour emmener sa mère qui avait fait une tentative de suicide". "Vous pensez que quand on entend une nouvelle comme celle-là, on est dans une stratégie de campagne ? Franchement…".

E1

 

Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

20 - Juillet - 2026

Diomaye Faye sera le président de son nouveau parti

Le nouveau parti politique, issu de la coalition «Diomaye Président», sera lancé samedi prochain au King Fahd. Ce sont la date et le lieu choisis par le camp...

20 - Juillet - 2026

Cedeao: Bassirou Diomaye Faye plaide pour une organisation rénovée et plus solidaire

Le Président Bassirou Diomaye Faye a appelé, hier, les pays membres de la Cedeao à « bâtir un espace ouest-africain plus stable, plus sûr et plus...

20 - Juillet - 2026

Bassirou Diomaye Faye nouveau président de la CEDEAO

À l'invitation de Son Excellence Monsieur Julius Maada Bio, Président de la République de Sierra Leone et Président en exercice de la Conférence, le Chef de...

20 - Juillet - 2026

« Laisser Macky Sall se pavaner à Dakar, c'est narguer les familles des victimes », selon Daouda Ngom

La rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur Macky Sall continue de faire des vagues sur la scène politique sénégalaise....

20 - Juillet - 2026

Recomposition politique : Songué Diouf n'exclut pas une alliance entre l’APR, le PDS et le futur parti de Diomaye Faye

Le paysage politique sénégalais est en pleine recomposition. Invité de l'émission Rue Ménage, le professeur et philosophe Songué Diouf soutient que...