L'EDITO DU MONDE: Menaces sur le modèle sénégalais

12 - Mai - 2023
Soupçonné d’envisager une troisième candidature à la présidentielle, contre l’esprit de la Constitution, Macky Sall est pourtant bien placé pour évaluer les risques d’une telle entreprise, alors que domine au Sénégal le sentiment de l’affaiblissement des institutions démocratiques et des personnalités qui l’incarnent.
Le président du Sénégal, Macky Sall, joue-t-il avec un feu qui risque d’embraser la rue s’il va jusqu’au bout de l’intention que beaucoup lui prêtent, briguer un troisième mandat présidentiel en février 2024 ? Légalement, il semble qu’il puisse le faire. La Constitution prévoit certes que « nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ». Mais le ministre de la justice a, lui, déjà tranché en affirmant que « le premier mandat est celui allant de 2019 à 2024 ». Selon lui, la révision constitutionnelle de 2016 a remis les compteurs à zéro et donc « effacé » la première élection de M. Sall, en 2012.
La question déborde du débat feutré de constitutionnalistes. Les opposants au troisième mandat rappellent que le président Macky Sall s’était engagé, il y a plusieurs mois, à s’arrêter là où il en est. Depuis, il entretient une ambiguïté qui accrédite chaque jour davantage le scénario d’une nouvelle candidature. D’autant que les structures de la coalition présidentielle, Benno Bokk Yakaar (BBY), multiplient les manifestations « spontanées » de soutien à leur champion.
Le président Sall est pourtant bien placé pour évaluer les risques d’une telle entreprise. En 2012, il avait été élu en surfant habilement sur un large mouvement de rejet d’Abdoulaye Wade, qui avait écrit le même scénario : modification constitutionnelle, soustraction d’un de ses mandats, puis nouvelle candidature. Cette aventure avait déclenché des manifestations monstres, violemment réprimées. In fine, le « tout sauf Wade » l’avait emporté, au bénéfice de l’actuel chef de l’Etat.
 
Accusé d’instrumentaliser la justice
Comme son prédécesseur, Macky Sall souffre de l’usure du temps passé aux affaires. Soupçonné de vouloir aller contre l’esprit de la Constitution, il est accusé aussi par ses opposants d’instrumentaliser la justice à des fins politiques. De fait, de façon troublante, ses rivaux principaux ne peuvent ou risquent de ne pouvoir se présenter au scrutin de 2024. C’est le cas de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, condamné en 2018 pour détournement de fonds ; de Karim Wade, le fils de l’ancien président, exilé au Qatar après avoir été jugé en 2015 pour enrichissement illicite.
 
Dernier en date à subir les foudres des tribunaux, Ousmane Sonko a été condamné, lundi 8 mai, à six mois de prison avec sursis pour diffamation et injure publique. Il risque l’inéligibilité. A la différence des deux autres opposants, le maire de Ziguinchor, populaire auprès d’une jeunesse désœuvrée, agite la menace de la rue pour défendre son rêve présidentiel.
Qui peut tenter de calmer le jeu ? Sur le plan régional, l’autorité morale de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est à genoux, fauchée par les entorses démocratiques d’une partie de ses membres : coups d’Etat militaires au Mali, au Burkina Faso et en Guinée, troisième mandat controversé d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. La France, l’ancienne puissance coloniale, reste en retrait et les Etats-Unis semblent jouer la carte de la continuité.
Que les poursuites judiciaires contre les uns et les autres soient justifiées ou non importe peu aux opposants et à une grande partie de l’opinion publique qui dénoncent une justice sélective. Ce sentiment traduit l’affaiblissement des institutions démocratiques sénégalaises et des personnalités qui l’incarnent. Au premier rang desquelles figure Macky Sall, qui devrait pourtant être le garant de la stabilité de ce pays si prompt à vanter son modèle démocratique.
 
Le Monde
Commentaires
0 commentaire
Laisser un commentaire
Recopiez les lettres afficher ci-dessous : Image de Contrôle

Autres actualités

26 - Septembre - 2026

RES PUBLICA SUPRA OMNIA

En décidant que notre pays allait soutenir la candidature du Président Macky Sall au poste de SG/ONU, Le Président Bassirou Diomaye pose un acte qui mérite une...

25 - Septembre - 2026

Diomaye sur la candidature de Macky Sall : « Les jeux restent ouverts »

Malgré leur passé d’adversaires politiques, Bassirou Diomaye Faye apporte un soutien appuyé à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire...

25 - Septembre - 2026

Accusé de « trahison » par des membres de Pastef, Diomaye Faye répond : « La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment »

Interpellé sur les accusations de « trahison » formulées à son encontre par certains membres de Pastef, notamment à propos de sa politique économique...

25 - Septembre - 2026

Assemblée nationale : Diomaye prédit que Sonko et sa majorité ne bloqueront pas la loi de finance rectificative

La loi de finance rectificative ne sera pas bloquée par la majorité parlementaire. C'est la conviction du chef de l'Etat, qui s'est exprimé au micro de la Rfi et de France 24,...

25 - Septembre - 2026

SONKO ET DIOMAYE : DEUX BERGERS CONDUISANT LE TROUPEAU POLITIQUE VERS LA TRANSHUMANCE

Dans les annales politiques récentes, Ousmane Sonko s’était particulièrement illustré par des analyses qui faisaient de lui un homme de situation. Il avait...