« LÀ OÙ IL N’Y A PAS DE GRANDE VISION, LE PEUPLE PÉRIT » (Par Ben Yahya SY)

10 - Mars - 2026

Franklin Delano Roosevelt, homme d’État américain (1882-1945)

Les lampions se sont éteints sur l’AG de la coalition Diomaye Président le 07 mars, veille de la journée des Droits des Femmes, à l’hôtel King Fahd Palace de Dakar.

Cette rencontre nous permet de revenir sur celle faite dans la conclusion des évènements de décembre 1962 entre Senghor et Dia.

Beaucoup « d’observateurs » avaient voulu établir une certaine ressemblance entre les deux trajectoires par euphorie ou méconnaissance de l’histoire politique récente de notre pays et que nous avions dénoncé avec véhémence.

La rencontre de la coalition Diomaye Président a permis de clarifier la ligne de fracture entre le Président et son premier ministre et cette ligne existait depuis la nomination de Sonko à la Primature. Ce dernier, fort de son statut de président de Pastef, n’avait pas intégré que par notre Constitution, c’est le Président de la république qui « détermine la politique de la Nation » et que certains domaines comme les Affaires étrangères, la Sécurité, la Défense, l’Économie et les Finances, découlent de son pouvoir régalien et que lui malgré sa mainmise sur le parti, demeure un fusible qui peut sauter à tout moment.

Depuis son installation à la Primature, Sonko n’a pas arrêté de s’attaquer violemment au Président, à l’institution judiciaire provocant un remaniement ministériel en faisant entrer au gouvernement son avocat et en mutant la vice-présidente du Pastef au ministère de la Justice, Garde des Sceaux alors qu’elle a lamentablement échoué aux Affaires étrangères.

Ce duo-tandem que d’aucuns ont voulu comparer au couple Dia-Senghor, n’en est vraiment pas un car le fauteuil présidentiel est jaloux de ses prérogatives et aussi nous ne sommes plus sous le règne du parti-état mais plutôt une démocratie mûre et surtout multi plurielle avec des citoyens conscients de l’importance et du poids de la carte d’électeur.

À la fin de cette AG, deux camps se font face et une décision doit impérativement tomber à savoir soit le premier ministre devenu subitement un agriculteur du samedi démissionne ou le Président le dégomme en prenant ses responsabilités pleines et entières car le Sénégal ne peut pas se payer le luxe d’une campagne électorale jusqu’en 2029.

Pendant ce temps, les Sénégalais souffrent au plan économique malgré les baisses annoncées, la situation est compliquée au niveau de l’enseignement supérieur avec un risque d’année blanche depuis les douloureux évènements au campus social de l’UCAD avec la mort de l’étudiant Abdoulaye BA et la catastrophique sortie de premier ministre en compagnie du ministre de l’Intérieur et de l’enseignement supérieur, et l’ébullition en cours avec les menaces du G7 regroupant les principaux syndicats.

Sur le plan international, les négociations avec le Fmi sont au point mort alors que la restructuration semble être le remède du moindre mal vu que le pays ne peut pas continuer à siphonner le marché financier de l’UEMOA et la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de SG de l’ONU a fini de montrer les limites d’une diplomatie sans diplomates et un sabotage systémique organisé depuis la Primature.

Le Sénégal, ce grand petit pays, ne peut pas se payer une querelle d’enfants gâtés dans une cour de récréation d’une école maternelle au vu de la situation vécue. Le Président qui a la latitude de « nommer à toutes les fonctions civile et militaire », doit en vérité se séparer de son premier ministre qui en réalité n’avait rien à faire à ce poste car ayant toujours eu une posture d’opposant, oubliant que c’est son camp qui est au pouvoir.

En comparaison à décembre 1962, il convient de souligner que nous sommes plus à l’ère de la primauté du parti sur l’Etat avec les grandes orientations validées en Conseil national du parti et non en Conseil des ministres et à l’Assemblée nationale.
Sur un autre registre, le Président de la République n’est plus un titre honorifique, mais une Institution, Gardien de la Constitution, élue au suffrage universel pour un mandat de 5 ans et qui ne doit rendre compte qu’au peuple souverain et non pas à un supposé faiseur de roi. Les tenants de la ligne opposée à celle-ci, veulent volontairement fermer les yeux sur la réalité ou falsifier sciemment l’Histoire.

L’opposition doit savoir tirer son épingle du jeu en refusant de ne pas se laisser divertir par cet antagonisme pro vs contre jusqu’en 2029. Elle doit mettre le curseur sur les sujets essentiels à l’instar de la question de l’année blanche qui menace notre système éducatif car en ne voulant pas résoudre la question des bourses des étudiants en Master, l’actuel Gouvernement envenime la situation et la Présidence en ne montant pas au créneau, est dans une complicité assimilable à une non-assistance à un secteur en danger. Une option insupportable à tous ceux qui chérissent le Sénégal.

Il appert « chaque fois que les visions divergent et que les querelles politiciennes prennent le dessus, ce sont parfois les ambitions collectives qui en paient le prix » et à plus forte raison un « projet » qui n’a été au finish qu’une grosse anarque politique.

 

Ben Yahya SY

Analyste politique et Expert en Diplomatie économique

sybenyahya@hotmail.com

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