LA RADDHO « MINE » LE MACKY

08 - Septembre - 2018

La Raddho s’en va-t-en guerre contre Macky Sall et son régime. C’est le moins que l’on puisse dire après la sortie musclée de la réputée organisation de défense des droits de l’homme contre le mode de gouvernance politique du régime apériste. En conférence de presse organisée à Dakar hier, vendredi 7 septembre 2018, la Raddho a exprimé en effet ses vives préoccupations concernant les menaces qui pèsent sur les libertés publiques, le refus de l’autorité d’inscrire Karim Wade sur les listes électorales, la révocation du maire de Dakar, Khalifa Sall, l’absence de dialogue sur le processus électoral, et autre non-publication des rapports de l’Ofnac. Raison suffisante pour l’organisation de dénoncer sans ménagement, devant la presse, la régression des droits de l’homme au Sénégal.

La Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho) n’a pas été tendre avec le pouvoir de Macky Sall hier, vendredi 7 septembre 2018. En conférence de presse organisée à son siège, l’organisation droit-de-l’hommiste a mis à nu la gouvernance politique du régime en place qui s’emploie à poser de plus en en plus des actes en déphasage avec les fondamentaux de la démocratie. Sadikh Niass, le secrétaire général par intérim de la Raddho, n’a pas pour autant manqué de lister les divers griefs de son organisation contre le régime de Macky Sall. Ainsi en a-t-il été des interdictions systématiques de rassemblement au centre-ville de Dakar, du refus des autorités sénégalaises d’inscrire le citoyen Karim Wade sur les listes électorales, de la révocation du député- maire de Dakar de son poste d’édile de la capitale sénégalaise, voire des menaces qui pèsent sur les libertés avec le projet d’édiction, par les autorités d’une loi sur l’utilisation des techniques d’information et de communication (TIC).

«UNE SUSPENSION DU MAIRE DE DAKAR AURAIT SUFFI, EN ATTENDANT…»

Sur l’affaire Khalifa Sall et la caisse d’avance de la mairie de Dakar, la Raddho a vivement déploré non seulement le refus de la Cour d’appel de Dakar de tirer les conséquences de droit découlant de l’arrêt rendu public par la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), mais également la révocation du maire de Dakar qu’elle qualifie de « violation des droits de l’homme ». A ce titre, le secrétaire général par intérim, Sadikh Niass, soulignera : « la Raddho est très perplexe, quant à l’opportunité de la révocation de Khalifa Sall dans la mesure où une suspension du maire de Dakar en attendant l’issue de la procédure aurait suffi».

S’agissant des interdictions répétées des marches au centre-ville de Dakar et l’application systématique de l’arrêté Ousmane Ngom pour les justifier, la Raddho a tenu à préciser que la liberté de manifester est un droit constitutionnel qui doit être respecté . Selon Sadikh Niass d’ailleurs, « le dit arrêté est anticonstitutionnel et constitue une grave violation de la liberté de manifestation et d’expression. Il doit tout simplement être retiré de l’ordonnancement juridique du Sénégal » a-t-il ajouté.

INSCRIPTION DE KARIM : LE JEU TROUBLE DE LA COUR SUPREME

Par ailleurs, la Raddho a dénoncé dans son face-à-face avec la presse le refus par la Cour suprême de trancher le contentieux de l’inscription sur les listes électorales qui oppose le candidat déclaré du Pds, Karim Wade, à l’administration et qui risque, selon le secrétaire général par intérim de la Raddho, de jeter le doute sur l’impartialité de l’institution judiciaire. Aussi a-t-il dit : « Faut-il rappeler que l’une des fonctions de la justice est de résoudre les litiges entre parties en vue de sauvegarde de la paix sociale et politique dans le cas qui nous concerne ». Suffisant pour que la Raddho s’interroge ouvertement : « Si Karim Wade jouit encore de ses droits civiques et politiques, l’autorité a-t-elle le droit de le radier automatiquement des listes électorales, en vertu des articles L31 et L32 du Code électoral, sans qu’aucune juridiction n’ait à s’opposer ?».

DE LA RUPTURE DU DIALOGUE A LA VIOLATION DES DISPOSITIONS REGISSANT LA CENA

La rupture du dialogue entre les parties politiques sur les questions relatives à la préparation des prochaines échéances électorales fait partie également des préoccupations étalées par la Raddho. Ce qui a poussé son secrétaire général à relever : « La Raddho est très préoccupée par le climat tendu qui caractérise les rapports entre le pouvoir et l’opposition. La rupture du dialogue anéantit les espoirs d’attente sur l’essentiel et installe un climat de suspicion ». Dans la foulée, Sadikh Niass dénoncera la violation des dispositions légales régissant la Commission électorale nationale autonome (Cena), violées par l’autorité elle-même. Selon lui, « le mandat du président de la Cena (le magistrat Doudou Ndir-ndlr) a expiré depuis plusieurs mois, sans qu’il ne soit remplacé alors que l’élection présidentielle se tient dans six mois ». But not least. En ce qui concerne les menaces qui pèsent sur les libertés, la Raddho n’a pas manqué d’indexer le projet de loi visant à réglementer l’accès à Internet des citoyens, ce qui constitue selon l’organisation droit-de-l’hommiste un danger dans la mesure où cette loi peut menacer réellement la paix sociale. A titre de recommandations, la Raddho a «instruit» enfin les autorités gouvernementales de faire appliquer avec toute la diligence requise les décisions de juridiction internationales au Sénégal et les règles essentielles de droit à un procès équitable et de s’assurer que les autorités administratives respectent les droits fondamentaux des Sénégalais au rassemblement et à la manifestation. L’organisation appelle ainsi le pouvoir judiciaire au respect de la dignité humaine et de l’autorité qui s’attache aux arrêts des juridictions internationales, notamment ceux de la Cour de la justice de la Cedeao.

L’OFNAC ABSENT DES DEBATS DE LA CORRUPTION, SELON LA RADDHO

Dans son réquisitoire contre le Macky, la Raddho a tenu à rappeler aussi l’absence de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption sur le plan de la communication. « L’Ofnac est totalement absent des débats de la corruption. Depuis le remplacement de Mme Nafi Ngom par Mme Seynabou Ndiaye Diakhaté, aucun rapport n’a été publié alors que l’article 17 de la loi 2012-30 du 19 décembre 2021 oblige l’Ofnac à publier un rapport annuel d’activités », signale l’organisation des droits de l’homme.

AFFAIRE DU DOUBLE MEURTRE DE MEDINATOUL SALAM : La Raddho déplore la lenteur dans le jugement des mis en cause

La Raddho a également pointé du doigt hier, vendredi, la longue détention des personnes arrêtées dans le cadre de l’affaire dite de Medinatoul Salam qui avait entrainé le double meurtre de Bara Sow et Ababacar Diagne à Keur Samba Laobé. La Raddho a en effet déploré au cours de sa rencontre avec la presse l’inertie notée dans le jugement des 16 personnes mises en cause dans le cadre de l’affaire dite de Medinatoul Salam, relative au double meurtre de Bara Sow et Ababacar Diagne à Keur Samba Laobé. Les droits-de-l’hommistes disent regretter qu’après 6 années de privation de liberté, ces détenus restent toujours en prison alors que le principal « coupable » dans cette affaire a bénéficié d’une liberté provisoire. « 16 des personnes poursuivies depuis le 26 avril 2012 croupissent toujours en prison alors que l’accusé le plus célèbre vaque tranquillement à ses besoins et ceci malgré le fait que le dossier soit bouclé depuis longtemps». Pour autant, la Raddho a appelé au respect des règles élémentaires d’une bonne justice, notamment le traitement rapide des dossiers relatifs aux crimes afin d’éviter les longues détentions préventives.

SUD QUOTIDIEN

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