Le cas Ahmed Aidara : drôle de maire et revueur de presse politique
Le Sénégal est parfois confronté à de curieux paradoxes. Des situations qui devraient susciter l’étonnement finissent par être banalisées, tandis que l’anormalité s’installe progressivement dans la vie publique.
En pensant à la ville de Guédiawaye, beaucoup se demandent si le rôle d’un maire peut se réduire à une présence médiatique et à des commentaires politiques. Ahmed Aidara s’est fait connaître du grand public grâce à ses revues de presse, marquées par un ton théâtral, une forte expressivité et une capacité certaine à retenir l’attention.
Cette notoriété médiatique lui a ensuite permis d’accéder à la mairie, dans un contexte politique où les critiques contre Aliou Sall étaient devenues récurrentes. Le slogan relatif aux « 4 millions de francs CFA » avait alors largement alimenté le débat public et contribué à installer une atmosphère de défiance autour de la gestion municipale précédente.
*Une ville en attente*
Mais une fois élu, un maire doit changer de registre. La campagne électorale et la revue de presse appartiennent au temps de la conquête politique. La gestion municipale exige, quant à elle, de la disponibilité, de la méthode, de la planification et une présence constante auprès des populations.
Guédiawaye, l’une des grandes villes du Sénégal, fait face à d’importants défis : l’assainissement, l’état des routes, l’emploi des jeunes, la sécurité, l’aménagement urbain et l’accès aux services de base. Ses habitants sont donc en droit d’attendre de leur maire des résultats concrets et une action visible sur le terrain.
La question n’est pas de nier à Ahmed Aidara son talent d’animateur ou de commentateur. Elle est de savoir si cette compétence médiatique suffit à exercer efficacement les responsabilités d’un exécutif municipal.
*La politique ne remplace pas la gestion*
Un maire ne peut pas gouverner durablement depuis les plateaux de télévision. Il doit rendre compte de ses projets, de son budget, de ses réalisations et de ses priorités. Il doit également expliquer les retards, reconnaître les difficultés et proposer des solutions.
La communication peut accompagner l’action publique, mais elle ne peut pas s’y substituer. Une ville ne se développe pas avec des slogans, des sarcasmes ou des revues de presse ; elle se transforme avec des programmes financés, des travaux suivis et une administration performante.
Les Guédiawayois méritent donc un débat sérieux sur le bilan municipal : quels projets ont été réalisés ? Quels engagements ont été tenus ? Quels résultats sont mesurables ? Quelles difficultés empêchent l’exécutif local d’avancer ?
*L’exigence de responsabilité*
Dans un pays où la parole bruyante est parfois mieux récompensée que le travail discret, l’exemple d’Ahmed Aidara pose une question plus large : faut-il être omniprésent dans les médias pour réussir en politique ?
La réponse devrait être non. La République doit valoriser la compétence, la disponibilité et l’efficacité, plutôt que la seule capacité à occuper l’espace médiatique.
Ahmed Aidara peut continuer à commenter l’actualité s’il le souhaite. Mais comme maire, il est surtout attendu sur la gestion de Guédiawaye, la défense de ses habitants et la transformation de leur cadre de vie.
Les citoyens ne demandent pas seulement à être divertis. Ils veulent être administrés, protégés et servis.
KMNGN